La responsabilité civile à l'épreuve des usages de l'intelligence artificielle
| Auteur / Autrice : | Selma kubra Demir |
| Direction : | Sophie Hocquet-berg, Sophie Dumas-lavenac |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Droit privé et sciences criminelles |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/10/2023 |
| Etablissement(s) : | Université de Lorraine |
| Ecole(s) doctorale(s) : | SJPEG - SCIENCES JURIDIQUES, POLITIQUES, ECONOMIQUES ET DE GESTION |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Institut François GENY |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
L'intelligence artificielle est-elle une révolution du XXIe siècle ou celui-ci est-il marqué par la révolution de l'intelligence artificielle ? Cette dernière décennie a été fortement imprégnée par la transformation de la perception collective du monde qui nous entoure. Santé, finance, mobilité ou justice, plus aucun secteur n'échappe à l'expansion de l'intelligence artificielle se substituant alors petit à petit à l'intelligence humaine. Aujourd'hui, si les algorithmes sont de plus en plus sophistiqués afin d'optimiser les choix des individus, comme toute invention néanmoins, par leurs décisions ou leurs actions, les systèmes d'intelligence artificielle peuvent être à l'origine de dommages variés. Ils peuvent être corporels dans le cadre d'un traitement médical ou en cas d'accident causé par un véhicule autonome, matériels lorsqu'une transaction financière est opérée par un logiciel doté d'une intelligence artificielle, ou encore moraux en considération des biais discriminatoires présents dans les systèmes d'intelligence artificielle. Tel est le cas par exemple en ce qui concerne le système de reconnaissance faciale Rekognition d'Amazon désavantageant les candidatures des femmes à l'embauche. Ces différents usages de l'intelligence artificielle portent aujourd'hui atteinte aux droits fondamentaux et appellent nécessairement une régulation juridique au regard des principes éthiques de l'intelligence artificielle forgés par les différents acteurs, que ce soit les juges ou les praticiens et imposent des devoirs éthiques à une pluralité de débiteurs, à savoir les concepteurs, programmeurs ou utilisateurs. Dans ce contexte, la responsabilité civile de chacune des personnes intervenant dans le processus d'élaboration de l'intelligence artificielle doit pouvoir être engagée. Cependant, une difficulté majeure se pose. En effet, la spécificité de cette nouvelle technologie tient à son autonomie, à sa totale émancipation vis-à-vis de son concepteur, elle échappe à son créateur conduisant même ce dernier à ne plus avoir de contrôle sur l'élaboration des règles que suit l'intelligence artificielle. Cette dernière détient alors une liberté décisionnelle permettant de distinguer l'action humaine de l'action de la machine. À qui imputer la responsabilité du dommage découlant du fonctionnement autonome de l'intelligence artificielle ? En réalité, compte tenu de l'opacité des systèmes d'intelligence artificielle, il s'avère parfois difficile de déterminer la cause exacte du dommage. Est-il dû à un dysfonctionnement de l'intelligence artificielle ou à son utilisation fautive ? Qu'en est-il lorsqu'il est causé par un simple choix opéré par le logiciel. L'hypothèse relative à l'utilisation fautive de l'intelligence artificielle est particulièrement problématique puisqu'elle amène à une réflexion liée à la mise en place d'une éthique de 'l'utilisation de l'intelligence artificielle'. Admettons qu'un système d'intelligence artificielle soit considéré comme présentant des biais algorithmiques, que ces derniers aient été prouvés, mais qu'il n'y ait pas eu de contentieux en la matière. L'utilisation de ce logiciel peut-elle être considérée comme fautive de sorte à engager la responsabilité de l'utilisateur ? Face à l'élaboration de ces systèmes d'intelligence artificielle, l'attente quant à sa sécurité est naturellement d'une ampleur bien plus importante, ce qui rend ainsi le dommage moins acceptable et conduira à un risque de sur-sollicitation de la responsabilité civile. Le régime juridique actuel, créé spécifiquement pour l'humain, est-il alors suffisamment armé pour appréhender toutes ces difficultés ? Peut-on véritablement se contenter d'une adaptation des règles existantes ou doit-on en créer de nouvelles ? Cette thèse permettra ainsi de répondre aux problématiques nouvelles soulevées par l'intelligence artificielle grâce à l'étude qui sera faite des différents fondements de la responsabilité civile tout en explorant les sciences voisines.