Rôle du récepteur LRP-1 dans la régulation du métabolisme cellulaire de lignées tumorales mammaires triples négatives et conséquences sur l'efficacité d'une immunothérapie anti-CD160
| Auteur / Autrice : | Maxence Mocquery-corre |
| Direction : | Jérôme Devy |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Aspects moléculaires et cellulaires de la biologie |
| Date : | Inscription en doctorat le 02/10/2023 |
| Etablissement(s) : | Reims |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Ecole doctorale Sciences Fondamentales et Santé |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Matrice Extra-cellulaire et DYnamique Cellulaire |
| Equipe de recherche : Equipe Protéolyse et Cancer-MEDYC |
Mots clés
Résumé
Avec 2 millions de nouveaux cas et six cent mille décès par an dans le monde, le cancer du sein représente 24% des cancers féminins, ce qui en fait le cancer le plus fréquent, mais également la première cause de mortalité par cancer chez la femme (Bray et al. 2018). En France, ce cancer touche environ 54 000 personnes par an et est responsable de plus de 11 900 décès annuel (Ferlay et al. 2015). Néanmoins, l'incidence se stabilise tandis que le taux de survie augmente (Lauby-Secretan, Loomis, and Straif 2015), grâce aux campagnes de dépistage, et à l'augmentation de l'efficacité des traitements. Le cancer du sein est une pathologie hétérogène dont la classification moléculaire (présence/absence des récepteurs hormonaux (ER/PR) et du récepteur 2 du facteur de croissance épidermique (HER2)) constitue maintenant le standard de référence pour sa caractérisation complète et les technologies OMICs sous-jacentes permettent d'affiner les diagnostics et les pronostics (Parise and Caggiano 2014). Le cancer du sein triple négatif (CSTN), représente environ 15 % des cancers du sein (environ 9 000 personnes chaque année). Il s'agit d'un cancer très agressif, avec une survie globale médiane de 14,5 mois et un taux de survie à 5 ans de 11 % (pour les CSTN métastatiques qui représentent 20% des cas) (Riggio, Varley, and Welm 2021). Ces tumeurs sont peu différenciées et elles n'expriment ni les récepteurs hormonaux, ni le HER2, et ne répondent ni à l'hormonothérapie ni aux thérapies ciblées. Le traitement prédominant pour la plupart des CSTN (en particulier pour les patients BRCA1/2 non mutés) est la chimiothérapie (cisplatine, carboplatine, inhibiteurs de PARP) (Bianchini et al. 2022), mais les réponses sont souvent de courte durée. Par conséquent, la mise en place de nouvelles solutions thérapeutiques, incluant l'immunothérapie, est une priorité de santé publique (Keenan and Tolaney 2020). Les résultats récents de combinaisons thérapeutiques avec une immunothérapie (IT) ciblant les inhibiteurs de point de contrôle du système immunitaire (ICI) sont prometteurs. Le pembrolizumab (anti-PD-L1), associé à une chimiothérapie, est préconisé comme traitement de première ligne du CSTN, localement récurrent, non résécable ou métastatique, pour les tumeurs exprimant PD-L1 avec un CPS ≥ 10 (Combined Positive Score). Pour les patientes ayant un CSTN métastatique en échec thérapeutique après deux lignes de traitement systémique ou plus (dont au moins une au stade avancé), un traitement conjuguant immunothérapie et chimiothérapie vient d'être autorisé : le sacituzumab govitecan (conjugué d'anticorps monoclonal ciblant la protéine Trop-2 et d'inhibiteur de topoisomérase) (Jabbarzadeh Kaboli et al. 2022). Le CD160 fait partie de la superfamille des immunoglobulines : son expression est limitée à certains sous-types leucocytaires, tels que les cellules tueuses naturelles (NK, NKT et ILC1) et les cellules T gamma delta (gdT). Le CD160 est décrit pour ses fonctions ambivalentes d'inhibition et d'activation du système immunitaire (Piotrowska et al. 2021). Dans les NK, le CD160 promeut la production d'IFN-γ et contrôle le métabolisme glucidique (Sun et al. 2022). Concernant les lymphocytes T, des résultats contradictoires ont été rapportés, soit CD160 peut se comporter comme un récepteur activateur des lymphocytes T CD8+ (Tan et al. 2018), soit il sert de point de contrôle du système immunitaire (ICI, Immune Checkpoint Inhibitor) en se liant à HVEM (Herpes Virus Entry Mediator, un membre de la famille des récepteurs au TNF). On recense deux isoformes principales (CD160GPI et CD160TM) et une forme soluble de CD160 (sCD160), provenant du clivage du CD160GPI par des phospholipases ou des métalloprotéases matricielles (MMPs) et présentant une action immunosuppressive (Gauci et al. 2022). Nos résultats préliminaires montrent, pour la première fois, une expression des CD160TM, GPI et soluble dans les différents cancers du sein et en particulier dans le CSTN. Ces résultats proviennent de l'utilisation de plusieurs anticorps murins monoclonaux dirigés contre les différentes isoformes de CD160 (CD160TM, CD160 GPI) ou contre la forme soluble sCD160. Ces anticorps font actuellement l'objet de dépôts de brevets pour lesquels l'unité MEDYC, l'unité INSERM U976 et l'institut Godinot sont co-inventrices (EP22305265.5 ANTI-CD160 TRANSMEMBRANE ISOFORM ANTIBODIES, Potteaux S, Devy J, Bensussan A et al., 9/03/2022 et EP22306800.8, MONOCLONAL ANTIBODIES TARGETING ALL CD160 FORMS, Potteaux S, Devy J, Bensussan A et al., 7/12/2022). Nous avons également pu tester leur efficacité thérapeutique dans un modèle murin orthotopique de xénogreffe de lignées cellulaires de CSTN (lignée BT-20) in vivo. Ces résultats fournissent la preuve de concept du succès potentiel d'une immunothérapie anti-CD160 dans le cancer du sein. LRP-1 (Low density lipoprotein receptor-related protein 1) est un récepteur ubiquitaire, multi-fonctionnel, membre de la famille des LDL-récepteurs, impliqué dans l'épuration endocytaire et la clairance de nombreuses macromolécules de la matrice extracellulaire, de lipoprotéines et de protéinases. LRP-1 peut être bénéfique ou délétère selon le type de cancer et le stade d'avancement de la maladie. Dans le CSTN, LRP-1 est fortement exprimé (Catasus et al. 2011); il peut être régulé par l'hypoxie (Woodley et al. 2009; Xue et al. 2022). Il a récemment été montré que LRP-1 contrôlait l'angiogenèse pro-tumorale et favorisait la migration des cellules tumorales qui l'expriment (Berquand et al. 2019; Campion et al. 2021). D'un point de vue mécanistique, nous montrons i) par des expériences de biotinylation des protéines membranaires, que l'inhibition de LRP-1 (stratégie shRNA) augmente la quantité de CD160 disponible à la surface des cellules tumorales, ii) par des expériences d'immunoprécipitation, que le récepteur LRP-1, interagit avec le récepteur CD160. Le lien entre LRP-1 et CD160 n'avait jamais été mis en évidence auparavant. Ces données suggèrent alors que l'expression de LRP-1 par les cellules tumorales, pourrait contrôler l'efficacité́ de la thérapie anti-CD160 dans le CSTN. LRP-1 peut réprimer le promoteur de l'IFN-γ et activer la signalisation JAK/STAT-1 par l'intermédiaire de PAI-1. Nos expériences ont révélé que l'acidité pouvait affecter la transduction du signal médiée par HIF-1. Aucune étude ne s'est encore intéressée à l'implication du récepteur LRP-1 dans le métabolisme cellulaire. Par conséquent, nous prévoyons d'étudier le rôle de LRP-1 en tant que modulateur du microenvironnement tumoral (acidose) mais également de son rôle dans l'expression et la régulation de CPI des patients atteints de cancer du sein (TNBC). En outre, nous visons également à moduler certains paramètres du microenvironnement tumoral (oxygénation, pH, lactate ) et à étudier les conséquences sur l'efficacité d'immunothérapies anti-tumorales. Les résultats obtenus pourraient placer le récepteur LRP-1 comme une nouvelle cible thérapeutique pour l'amélioration des stratégies anti-CPI dans le cancer du sein triple négatif.