Eau Bordeaux Métropole : une régie en train de se faire. Sociohistoire des recompositions d'un service urbain en réseaux
| Auteur / Autrice : | Colin Brown |
| Direction : | Kévin Caillaud |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Sociologie |
| Date : | Inscription en doctorat le 18/10/2022 |
| Etablissement(s) : | Bordeaux |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Sociétés, Politique, Santé Publique |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Environnement, Territoires en Transition, Infrastructures, Sociétés |
Résumé
En 2020, le conseil de Bordeaux Métropole décide de rejoindre les rangs des métropoles et grandes agglomérations françaises, de plus en plus nombreuses, qui abandonnent des délégations de service public plus ou moins anciennes pour gérer leurs services d'eau potable et d'assainissement en gestion publique. En vertu de cette décision de changement du mode de gestion, la Régie de l'Eau de Bordeaux Métropole (REBM) doit être créée en tant que satellite autonome (établissement public) et rendue opérationnelle pour assumer le rôle d'opérateur du service d'eau potable au 1er janvier 2023. Cette thèse propose une analyse sociohistorique de ce processus, en s'attachant à ses dimensions politiques, techniques et organisationnelles, afin d'éclairer les dynamiques de recomposition du service public local de l'eau et des modalités de son pilotage. Ce processus est analysé plus précisément au travers de quatre séquences ou segments de son histoire : (i) la remise en cause de la gestion déléguée entre les années 1990 et 2020 ; (ii) la gestion et opérationnalisation du projet de préfiguration de la REBM ; (iii) la redéfinition du mode de gouvernance entre Bordeaux Métropole et sa nouvelle régie ; et (iv) la structuration d'un nouvel ordre professionnel et organisationnel à l'échelle du service. Cette thèse est réalisée dans le cadre d'une convention industrielle de formation par la recherche (Cifre), co-financée par la REBM en collaboration avec l'INRAE. Ce contexte, en favorisant l'immersion sur le terrain, est propice à l'utilisation de méthodes socio-ethnographiques qui permettent de suivre finement l'action ici, le passage en régie en train de se faire. Ainsi, cette thèse souligne que la mise en uvre de cette politique publique mérite d'être abordée comme un processus d'innovation, où l'implantation de la nouveauté qu'elle représente est conditionnée par l'enrôlement de coalitions d'acteurs et continuellement réajustée en fonction des appropriations et hybridations qu'ils en font. La capacité de ce passage en gestion publique de représenter un changement de paradigme est notamment mise en tension par la coexistence d'autres paradigmes sur les plans politico-administrative (le nouveau management public, par exemple), professionnel (l'idéal managérial, notamment), et organisationnel (les ordres locaux). Ces derniers s'expriment tant à travers les schémas cognitifs des acteurs politiques et administratifs de la mise en uvre, que sur les instruments de gouvernement mis en place pour structurer la régie dans son fonctionnement quotidien comme dans son pilotage. Il en ressort que les paradigmes concurrents imposent d'autres significations du caractère « public » de cette politique que celle originellement envisagée par ses protagonistes, centrée sur des dimensions éthique et symbolique de l'eau conçue en tant que bien commun. In fine, l'investissement du registre rationnel moderne du « public » contribue à contenir le statut de l'eau dans une perspective principalement gestionnaire.