Thèse en cours

'L'interaction active des enfants avec le monde environnant' dans Émile ou l'éducation de Jean-Jacques Rousseau

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Auteur / Autrice : Nadia Ghazlavi
Direction : Odile Richard
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Langues et littératures mention Langues et littératures française et francophone
Date : Inscription en doctorat le 18/12/2020
Etablissement(s) : Limoges
Ecole(s) doctorale(s) : Littératures, Sciences de l'Homme et de la Société
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Espaces Humains et Interactions Culturelles

Résumé

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Cette recherche, qui porte sur la pensée éducative de Jean-Jacques Rousseau, s'intitule «L'interaction active des enfants avec le monde environnant dans Émile ou De l'éducation de Jean-Jacques Rousseau». Elle vise à interroger les fondements affectifs, intellectuels et philosophiques d'une pédagogie en rupture, à travers une analyse croisée de Émile, Les Confessions, Les Conversations d'Emilie et des témoignages contemporains, notamment les Correspondances littéraires de Grimm. 1. Chapitre I : un socle biographique, affectif et intellectuel consolidé. Il s'attache à analyser les fondements existentiels et relationnels de la pensée éducative de Rousseau, en examinant notamment l'influence de ses expériences personnelles, ses lectures formatrices, et ses relations avec certaines figures majeures de son époque. Ce travail articule cinq axes principaux : • Le traumatisme fondateur de la perte maternelle, qui inaugure une pensée de la fragilité enfantine et de la nécessité de protection. • La figure ambivalente du père, à la fois passeur de culture et source d'abandon, donnant lieu à une tension entre éveil intellectuel et carence affective. • L'influence décisive de Madame de Warens, qui offre un modèle d'''éducation douce'' mais révélateur aussi des mécanismes de dépendance affective. • L'errance scolaire et l'apprentissage autodidacte par la lecture, vécus comme une double exclusion institutionnelle et une libération intellectuelle, ouvrant à une critique de l'école traditionnelle. • La construction dialectique de la pensée de Rousseau au contact de Diderot et de Madame d'Épinay, qui jouent un rôle clé dans l'élaboration de ses idées éducatives : Diderot, par son rationalisme et sa confiance dans l'éducation dirigée par la raison, représente un contre-modèle qui pousse Rousseau à théoriser l'« éducation négative » et la préservation de la spontanéité enfantine. Madame d'Épinay, mécène bienveillante mais incarnant les codes de la société mondaine, inspire à Rousseau le rejet des artifices sociaux dans l'éducation et renforce sa quête d'un retour à la nature. Ce chapitre, nourri de références croisées (Confessions, Émile, Les Conversations d'Emilie, correspondances littéraires de Grimm), m'a permis de poser les hypothèses centrales de la thèse : à savoir que la pédagogie rousseauiste est le produit d'une histoire intime faite de ruptures, de conflits, et de projections utopiques. 2. Chapitre II : en cours de structuration thématique Le deuxième chapitre, actuellement en cours de préparation, a pour objectif d'explorer les concepts pédagogiques fondamentaux chez Rousseau, à travers une lecture croisée de Émile et d'approches théoriques modernes (constructivisme, phénoménologie, sciences cognitives). Je structure ce chapitre autour de cinq thématiques majeures : • La primauté de l'émotion dans la formation morale et le développement affectif de l'enfant. • Le rôle de l'objet éducatif comme médiateur de l'expérience sensorielle et du jugement. • L'apprentissage par l'expérience, qui fonde l'autonomie du jugement et refuse la passivité scolaire. • La conscience de soi à travers l'objet réfléchissant, ou comment l'enfant se découvre en interaction avec le monde. • L'éducation naturelle comme idéal de formation d'un être moral, libre, et autonome. Je suis en train de relire mes notes, sélectionner mes références critiques (notamment sur Piaget, Merleau-Ponty, Montessori et …) et organiser mes sous-parties de manière à croiser l'analyse philosophique avec des apports contemporains sur l'éducation par l'expérience. 3. Perspectives de recherche pour la suite Le troisième chapitre, déjà esquissé, portera sur la réception historique et contemporaine de la pédagogie de Rousseau. Il proposera une lecture comparative entre : • Les critiques de ses contemporains, tels que Voltaire, Helvétius ou encore Diderot, qui soulignent les limites de sa pensée éducative. • Les prolongements pédagogiques modernes, notamment dans les approches Montessori, Freinet, Dewey, ou les écoles en nature. • La métaphore du Pygmalion, analysée comme figure problématique de l'éducation façonnant. • Les limites actuelles de la mise en œuvre des principes rousseauistes, notamment dans les sociétés hypermodernes, marquées par la technicisation, la normalisation émotionnelle ou les inégalités éducatives persistantes. Enfin, je prévois une ouverture interdisciplinaire en conclusion, en mettant en dialogue Rousseau avec les courants actuels de l'éducation émotionnelle, de la pleine conscience en milieu scolaire, ou encore de l'apprentissage auto-dirigé. Ce travail, à la croisée entre littérature, philosophie et sciences de l'éducation, vise à réactualiser la pensée de Rousseau dans une perspective critique, en tenant compte à la fois de sa richesse théorique et de ses tensions internes. Il ambitionne de proposer une lecture originale de l'éducation comme acte à la fois affectif, politique et existentiel.