Thèse en cours

Un homme qui détestait les femmes - Sade : écrire le féminin en terrain misogyne

FR  |  
EN
AttentionLa soutenance a eu lieu le 05/06/2026. Le document qui a justifié du diplôme est en cours de traitement par l'établissement de soutenance.
Auteur / Autrice : Leila Chevalley
Direction : Marc Hersant
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Littérature et civilisation françaises
Date : Inscription en doctorat le 14/10/2022
Soutenance le 05/06/2026
Etablissement(s) : Paris 3
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Littérature française et comparée (Paris ; 1992-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Formes et idées de la Renaissance aux Lumières (2005-... ; Paris)

Résumé

FR  |  
EN

Bien qu’elle polarise depuis longtemps les lectures, la question de la femme, chez Sade, n’a jamais été véritablement affrontée pour elle-même. Figures centrales de la narration, corps livrés à l’usage, cibles privilégiées des longues dissertations théoriques qui scandent le dispositif libertin : les femmes ne traversent pas l’œuvre, elles la font. La diversité des figures féminines est toutefois rabattue sur une alternative tenace, opposant un Sade bourreau des femmes à un Sade paradoxalement libérateur – alternative dont l’horizon demeure les grands textes obscènes et le partage devenu canonique entre victime et libertine, Justine et Juliette. Cette recherche, qui s’appuie sur l’examen de l’ensemble du corpus (romans, contes, nouvelles, théâtre, poèmes, écrits politiques et correspondance), se propose de déplacer le cadre habituel de la discussion. Que l’œuvre soit traversée par une violence sexiste massive ne fait guère de doute. Mais ce constat, loin de clore l’analyse, en constitue le point de départ : il invite à interroger le geste déconcertant d’une écriture qui ne cesse de nier ce qu’elle fait pourtant proliférer. Rapportée à l’épaisseur des discours et des imaginaires dont hérite le XVIIIᵉ siècle et qu’il reconfigure – mise en dialogue, aussi, avec les études contemporaines du genre –, la fiction sadienne apparaît comme élaborant une étonnante anthropologie du féminin – produite, contre toute attente, par la langue même de la misogynie. En prétendant réduire la femme à un défaut ou à une monstruosité, celle-ci fait du féminin le principe d’intelligibilité du vivant – mesure de l’écart et matrice d’organisation des corps, des récits et des rapports de pouvoir –, dans un monde où la virilité cesse d’être un repère stable pour devenir une performance fragile, toujours travaillée par ce qu’elle prétend dominer.