Prise de décision interprétable dans des environnements complexes pilotés par des événements : un cadre hybride d'apprentissage par renforcement et de logique temporelle
| Auteur / Autrice : | Ivelina Stoyanova |
| Direction : | David Filliat |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Informatique, données, IA |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/11/2022 |
| Etablissement(s) : | Institut polytechnique de Paris |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale de l'Institut polytechnique de Paris |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : U2IS - Unité d'Informatique et d'Ingénierie des Systèmes |
| Equipe de recherche : SAR - Systèmes Autonomes et Robotique |
Mots clés
Résumé
Le cur de métier d'entreprises de sécurité peut porter sur la conception et le déploiement de systèmes complexes, fournissant une aide à la décision pour des utilisateurs opérationnels. À haut niveau, cette aide repose sur une analyse automatisée de la situation, c'est-à-dire une prise en compte des objets, leurs propriétés, attributs et relations, dans un traitement visant à répondre à des fonctions ou objectifs précis. Dans un contexte de surveillance, tel que la protection d'infrastructure ou l'aide à la personne, la situation est rendue par un ensemble de détections ou d'activations capteurs sous la forme d'événements. Ces événements doivent alors être contextualisés pour que leur interprétation automatisée soit la plus proche possible de la situation de laquelle ils témoignent. Une technique utilisée est le traitement d'événements complexes (CEP, Complex Event Processing) qui vise à retrouver des motifs d'événements significatifs dans un flux continu et déclencher les actions appropriées. On distingue un événement simple, une détection réalisée par un capteur (ou toutes sources externes au moteur de traitement), d'un événement complexe, résultat d'une inférence initiée par l'identification d'un motif d'événements. Un motif est une formule de logique mathématique (standard et temporelle) construite sur la base des types d'événements, leur contenu informatif et leur placement temporel. La reconnaissance de situation d'intérêt est alors réalisée par l'activation de règles de traitement d'événements pour lesquelles la prémisse est la forme logique à retrouver dans le flux des événements et la conclusion est l'action appropriée. Or, l'élaboration d'une base de règles exhaustive, correcte et interprétable est un exercice difficile à faire à la main. Le succès relativement récent des méthodes d'apprentissage automatique, supervisées ou semi-supervisées, ainsi que les modèles d'attention, permet d'envisager une solution à ce problème. Cependant, en plus du fait qu'il faudrait des ensembles d'apprentissages en volumétrie suffisante, le problème que l'on cherche à résoudre n'est pas un problème de classification ou de séparation de données. Car si l'objectif est d'associer une situation à un motif d'événements (problème de classification), il faut aussi prendre en considération l'effet de cette association (au travers de l'action appliquée en cas de reconnaissance). Cela correspond davantage à définir une interaction avec un environnement. L'apprentissage correspondant est l'apprentissage par renforcement (RL, Reinforcement Learning), durant lequel l'agent apprenant doit construire une politique de décision, optimisant une fonction de gain global. Cette politique lui permet de choisir l'action appropriée à appliquer selon l'état de l'environnement qui lui est donné. Les algorithmes de RL les plus efficaces aujourd'hui reposent sur des modèles de réseaux de neurones de plus en plus volumineux rendant difficile l'interprétabilité et l'explicabilité de la politique de décision apprise, deux composantes primordiales dans l'usage industriel de ces algorithmes. D'autant plus que la Commission Européenne discute d'obligations légales vis-à-vis des fournisseurs de solution intégrant ce type de technologie (certificat de validité, preuve de fonctionnement, etc.). Sur le plan de la modélisation, l'intégration d'événements dans l'apprentissage par renforcement a un impact sur le modèle Markovien sous-jacent. En effet, si l'on représente l'état de l'environnement par l'arrivée d'un nouvel événement, alors, compte-tenu du fait qu'une activité déclenche plusieurs événements successivement, la décision associée à sa reconnaissance dépend alors des états précédents. En effet, chaque état est le même que le précédant incrémenté d'un nouvel événement. De plus, dans une modélisation Markovienne, l'action caractérise la transition d'état. Or, la réalisation d'une activité et la reconnaissance d'une activité sont deux taches indépendantes, puisque le fait qu'elle ait lieu n'implique pas qu'on l'identifie, et à l'inverse, le fait qu'elle soit reconnue n'implique pas nécessairement que l'activité s'arrête. En revanche, il est possible de définir un état de l'environnement, par exemple en terme du nombre d'activité en cours ou déjà reconnues, et des transitions d'états réalisées sur la base de l'identification d'une ou plusieurs activités par l'agent apprenant. Les événements perçus caractérisent alors un contexte, nécessairement lié au temps, permettant d'appliquer telle ou telle action, que l'agent doit apprendre à identifier pour maximiser son gain global. Mais alors, les méthodes exploitant les dimensions d'état pour définir des prémisses de règles de décision ne peuvent pas s'appliquer, puisque c'est le contexte défini par les événements et non pas l'état qui indique la possibilité d'utiliser telle ou telle action. Il s'agit donc d'enrichir l'état caché en prenant compte du contexte, dans une démarche d'abstraction temporelle des évènements perçus. L'apprentissage par renforcement d'une politique de décision interprétable, impliquant une dynamique d'environnement partiellement observée au travers de la diffusion d'événements, nécessite donc de redéfinir le modèle Markovien sous-jacent, pour lequel les transitions sont réalisées par des actions conditionnées par un certain contexte de l'environnement.