Thèse en cours

Écologies du faire. Réinventer et produire les alternatives techniques dans le mouvement low-tech

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Auteur / Autrice : Aurélien Béranger
Direction : Michaël VicenteSébastien Broca
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Philosophie, épistémologie, histoire des sciences et des techniques
Date : Inscription en doctorat le 01/12/2020
Etablissement(s) : Compiègne
Ecole(s) doctorale(s) : Sciences pour l'ingénieur
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Connaissance, organisation et systèmes techniques

Résumé

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Cette thèse, à la croisée des sciences de l'information et de la communication et de la sociologie des sciences et des techniques, analyse comment le mouvement low-tech remet au goût du jour la perspective des alternatives techniques. Apparue dans l'espace public en 2007 sous la plume du journaliste Kris De Decker et popularisée en France au cours de la décennie 2010, la notion de low-tech formule une critique écologique et sociale du développement technologique contemporain. Porteuse d'une contre-promesse de sobriété, de soutenabilité et de démocratisation des sciences et techniques, elle s'oppose à l'imaginaire solutionniste high-tech et s'incarne dans un mouvement social structuré autour de pratiques matérielles. L'enquête, menée entre 2021 et 2025, repose sur une ethnographie multi-située combinant observations participantes, une centaine d'entretiens et analyse de corpus médiatiques et documentaires. Elle montre que le renouvellement des alternatives techniques s'opère à travers trois dynamiques : la réactualisation de la contre-promesse qu'elles constituent, la structuration d'un mouvement social orienté-technologie et la mise en œuvre des ces choses low-tech dans une logique préfigurative, ici et maintenant. En se concentrant sur la fabrique des objets low-tech, cette thèse propose un pas de côté par rapport aux études classiques de la sociologie des techniques, souvent centrées sur l'innovation, les usages ou plus récemment la maintenance. L'hypothèse est que l'analyse du moment productif éclaire de manière nouvelle les formes d'innovation, d'appropriation et de réparation propres à la low-tech. Influencé par les mouvements techno-utopistes du faire et du libre, le mouvement low-tech remet en cause les divisions du travail entre expert·es et profanes dans le développement techno-scientifique. Selon cette perspective politique spécifique, il s'agit plus, pour les individus et structures collectives s'inscrivant dans le mouvement, de « faire faire » que d'internaliser la prise en charge de l'entièreté de la production, en construisant des écologies du faire – configurations matérielles, sociales et documentaires favorisant la participation technique. Ces écologies soutiennent une co-production technologique où les individus s'impliquent directement dans la fabrication et la transformation des artefacts. La thèse met en lumière les formes et limites de cette co-production, ainsi que les reconfigurations de l'expertise qu'elle implique. Elle donne à voir les reconfigurations de l'expertise et comment, suivant la recherche de sobriété et de soutenabilité, les acteurices réalisent conjointement l'appropriabilité technique des systèmes low-tech tout au long de leur cycle de vie et un travail de médiation culturelle pour donner de l'autonomie aux individus. Elle offre ainsi une perspective critique sur la matérialisation des promesses idéalisées de la low-tech.