Souffrance psychologique et création littéraire : une recherche‑création sur les dynamiques de l'écriture
| Auteur / Autrice : | Manolo Onnis |
| Direction : | Laurence Dahan-gaida, Elena Bovo |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Langues, littératures et civilisations romanes : Espagnol, Italien |
| Date : | Inscription en doctorat le 02/11/2022 |
| Etablissement(s) : | Besançon, Université Marie et Louis Pasteur |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Lettres, Communication, Langues, Arts |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre de Recherches Interdisciplinaires et Transculturelles |
| Equipe de recherche : LITTÉRATURE ET LITTÉRATURE COMPARÉE |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
Depuis l'Antiquité - de la conception platonicienne du mania créatrice à la thèse, popularisée par K. R. Jamison (1993), d'un continuum entre souffrance psychologique et génie artistique - la littérature occidentale n'a cessé de lier désarroi intime et production esthétique. Au XXème siècle, cette corrélation se complexifie sous l'influence de la psychiatrie : d'abord biomédicale et coercitive (électro‑convulsivothérapie, internements massifs), elle est ensuite mise en débat par les courants dits d'« antipsychiatrie » italiens (Basaglia, Antonucci, Arieti), qui réévaluent le statut du « malade mental » et l'importance du contexte socio‑culturel dans la compréhension de la souffrance. Ma recherche‑création interroge cette constellation à travers l'étude comparée de trois poétesses italiennes du XXème siècle - Alda Merini, Amelia Rosselli et Antonia Pozzi - dont les oeuvres articulent, chacune à sa manière, les discours psychiatriques de leur temps et l'expérience de la douleur psychique. Je mets en lumière : les modalités textuelles de la souffrance (anaphores obsessionnelles, montages et cut‑ups, trouées de non‑sens, jurons et extases mystiques) ; la topique de l'institution asilaire en contraste avec la position critique, dominée par le paradigme basaglien ; les échos entre formes poétiques et théories de l'imagination active jungienne, qui confèrent à l'image (onirique ou symbolique) une fonction médiatrice entre trauma et parole. Ces analyses nourrissent la composante créative de la thèse : l'élaboration d'un livre objet - texte littéraire de facture bilingue (italien/français) - qui retrace, sous forme palimpsestique, les phases d'une trajectoire de souffrance psychologique : surgissement du malaise, crise, confrontation institutionnelle, puis chemin vers une possible « guérison » ou, à tout le moins, vers une appropriation consciente de la vulnérabilité. Les choix esthétiques retenus (morphèmes fragmentés, structures répétitives, polyphonie interlinguistique) s'inspirent directement des procédés récurrents repérés chez Merini, Rosselli et Pozzi, tout en les ré‑agencant dans une perspective de recherche‑création : la pratique artistique devient ici laboratoire critique, et réciproquement.