Thèse en cours

La révélation du droit naturel par le droit international : des droits de l'humanité au droit de la nature

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Auteur / Autrice : Raphaël Vianna Blancheton
Direction : Nathalie Ros
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Droit Public
Date : Inscription en doctorat le 02/02/2022
Etablissement(s) : Tours
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences de la Société : Territoires, Économie et Droit (Centre-Val de Loire ; 2018-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Institut de Recherche Juridique Interdisciplinaire François-Rabelais (Tours)

Résumé

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Depuis l'aube de l'humanité, le droit naturel imprime sa marque sur le droit positif de toutes les sociétés humaines, se révélant ainsi à elles ; l'intensité de la révélation varie naturellement selon le domaine du droit positif dans lequel elle s'opère. Le droit positif étant fait par et pour les humains, il est normal que ce soit dans les domaines qui les touchent directement que cette révélation soit la plus flagrante, la plus rapide et la plus nécessaire. L'une des raisons de la propagation rapide de la vision libérale issue de l'esprit des lumières tient ainsi à leurs tentatives de révéler les « droits naturels, inaliénables et sacrés » de l'Homme dans la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Le droit naturel est autant un moyen qu'un but. Il lie le “devoir être” du droit positif au “devoir devenir” du vivant. En recherchant la règle à mettre en place, l'humanité avance dans sa propre évolution ; grâce à sa capacité à s'unir et à développer de l'intelligence collective dans l'édiction de leurs normes de régulations sociales, les sociétés humaines se sont étendues jusqu'à rendre nécessaire l'apparition d'États, puis de la société internationale. De Sun Tzu à Hugo Grotius en passant par Francisco de Vitoria, les relations internationales et le droit international appelé à les régir se développent dans la recherche d'un équilibre entre paix et guerre. Néanmoins, les avancées technologiques rendent les conflits armées trop dangereux pour la pérennité du vivant ; suite au contexte géopolitique de l'Europe du XVIIème, le droit naturel dût s'exprimer par la naissance du droit international classique issu des traités de Westphalie signés en 1648. La guerre poussa ensuite le droit naturel à s'exprimer encore plus sur le terrain d'une paix internationale ; de la première guerre mondiale naquît ainsi la Société des Nations et de la seconde l'Organisation des Nations Unies. Liée à la nécessité de la paix entre hommes sur terre mais également au respect des droits naturels des sociétés humaines ayant pu s'émanciper de la colonisation, la Convention de Vienne sur le droit des traités adoptée le 23 mai 1969 continue de révéler le droit naturel en consacrant le Jus Cogens, des règles impératives de droit international “acceptées et reconnues par la communauté internationale des États dans son ensemble” et applicables à l'ensemble de la communauté internationale même sans textes. Ces règles fondamentales trouvent d'abord à s'appliquer aux Etats et à minima aux Organisations Intergouvernementales, depuis la Convention de Vienne sur le droit des traités entre Etats et organisations internationales ou entre organisations internationales de 1986. Bien qu'il demeure encore quelques incertitudes quant à l'application de ces règles aux autres acteurs potentiels du droit international, comme les organisations non gouvernementales et les sociétés économiques transnationales, le Jus Cogens -en tant que valeur fondamentale de la communauté internationale humaine- doit pour être réellement effectif s'imposer à tous les sujets de droit international et même aux acteurs, dès lors qu'ils sont en lien avec l'humain et sa protection via les droits de l'Homme, comme en témoigne la jurisprudence internationale et notamment interaméricaine. Le Jus Cogens peut même trouver à viser les individus directement, si leurs actes ont interféré avec la communauté internationale, à l'instar de la piraterie. Actuellement, les risques de guerre d'importance mondiale semblent plus éloignés. L'Humanité et le vivant doivent affronter un nouveau défi, autre que les conflits entre humains afin de survivre et d'évoluer : celui de la protection de l'environnement. Depuis les années 1960, le droit international s'élargit ainsi pour répondre aux problématiques environnementales et conditionne de plus en plus la manière dont les législateurs nationaux et les acteurs transnationaux doivent se comporter, illustrant ainsi la formule du « Penser global, agir local », employée par René DUBOS en 1972. L'humanité commence à percevoir que l'environnement sur terre est un tout, et que tous les éléments y sont en inter-relations. Ainsi logiquement, après les droits de l'humain appréhendé individuellement ou en tant que composante d'une nation, c'est désormais également par la question environnementale que se révèle le droit naturel, en particulier au niveau international. La capacité de l'humanité à percevoir la direction à prendre, par le logos ou par le mythos, lui a laissé penser qu'elle était la seule à pouvoir édicter des règles ; cela se révèle dans une protection nationale et internationale de l'environnement très anthropocentrée. Ainsi la protection de l'environnement vise d'abord, non pas à protéger la nature pour une valeur per se mais à réduire l'impact de l'humain sur elle, assurer une économie durable par la préservation de la biodiversité ou encore continuer l'appropriation du vivant et de ses ressources par le colonialisme vert et bleu. Détachée de la nature, la protection de la nature est peu effective et c'est là que la révélation progressive du droit naturel par le droit international prend tout son sens : en s'écartant peu à peu de l'anthropocentrisme du droit, le droit international et le droit naturel gagnent en effectivité et permettent de mieux saisir les besoins, intérêts et droits de la nature et du vivant afin d'en d'assurer leur protection.