Thèse en cours

Risques climatiques par-delà les frontières : vers une évaluation de l'exposition nationale des chaînes d'approvisionnement

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Auteur / Autrice : Adrien Delahais
Direction : Vincent Viguie
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Sciences économiques
Date : Inscription en doctorat le 01/09/2022
Etablissement(s) : Marne-la-vallée, ENPC
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Ville, Transports et Territoires
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre international de recherche sur l'environnement et le développement

Résumé

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Le changement climatique exerce déjà des effets tangibles sur les sociétés et les économies, et ces effets devraient s'intensifier au cours des prochaines décennies. Concevoir des politiques d'adaptation efficaces nécessite non seulement de comprendre la nature des impacts futurs du changement climatique, mais aussi d'en quantifier les coûts économiques potentiels. Or, ces connaissances demeurent incomplètes. Cette thèse examine dans quelle mesure les connaissances quantitatives actuelles sur les impacts du changement climatique en France — et leurs dimensions transfrontalières — sont suffisamment complètes pour éclairer les stratégies d'adaptation. La première partie de la thèse (Chapitre 1) s'intéresse au coût économique des impacts du changement climatique en France. L'évaluation de ces coûts est essentielle pour orienter les décisions sur les priorités et les montants à investir dans l'adaptation : les estimations de coûts permettent de hiérarchiser les actions, d'arbitrer entre adaptation et autres objectifs de politique publique, et d'évaluer les implications macroéconomiques à long terme. Le Chapitre 1 passe en revue et synthétise les évaluations quantitatives des impacts climatiques contenues dans les documents de politique d'adaptation produits en France. Malgré une abondante littérature institutionnelle, l'analyse montre que de nombreuses catégories d'impacts restent partiellement quantifiées, et encore plus rarement monétisées. Lorsqu'elles sont agrégées, les estimations disponibles aboutissent à un ordre de grandeur globalement cohérent avec les valeurs issues de la littérature macroéconomique, mais nettement inférieur aux évaluations économétriques mondiales les plus récentes. Cet écart met en évidence des lacunes méthodologiques et informationnelles — en particulier concernant les risques climatiques transfrontaliers, largement absents des évaluations institutionnelles alors qu'ils contribuent probablement de manière significative aux coûts totaux du changement climatique. En s'appuyant sur ce constat, la seconde partie de la thèse (Chapitres 2 et 3) porte sur les risques climatiques transfrontaliers transmis par le commerce international. Ces risques surviennent lorsque des impacts climatiques à l'étranger se propagent à d'autres pays via des chaînes d'approvisionnement interconnectées, le commerce, les migrations ou les flux financiers. Dans une économie mondialisée, ces effets indirects peuvent représenter une part substantielle du coût total du changement climatique. Des événements récents — tels que les sécheresses perturbant les marchés alimentaires mondiaux ou la pénurie d'eau dans le canal de Panama — montrent que le commerce constitue un canal majeur de propagation des événements extrêmes. Pourtant, seuls quelques pays ont intégré de manière systématique ces dimensions transfrontalières dans leurs évaluations nationales des risques climatiques. Le Chapitre 2 développe un cadre quantitatif pour mesurer l'exposition des pays aux risques climatiques transfrontaliers liés au commerce. L'approche combine des tables input–output multirégionales avec des indices de risque climatique nationaux tels que ND-GAIN ou INFORM Climate Change, reposant ainsi sur des données publiques. Ce cadre permet une évaluation systématique et comparable de l'exposition indirecte de chaque pays aux risques climatiques via le commerce international, tous secteurs confondus. L'analyse révèle une forte hétérogénéité entre pays : si les économies développées tendent à être moins exposées via leurs importations, plusieurs pays en développement ou les moins avancés présentent une double vulnérabilité — à la fois directe, face aux impacts climatiques locaux, et indirecte, en raison de leur dépendance vis-à-vis de partenaires plus exposés au risque climatique. Cette double exposition souligne une forme d'inégalité mondiale dans la vulnérabilité aux impacts climatiques directs et transfrontaliers, renforçant la nécessité de financer l'adaptation dans les pays du Sud et de diversifier les échanges commerciaux. Le Chapitre 3 explore dans quelle mesure ajuster le niveau d'intégration d'un pays au commerce international peut constituer une forme d'adaptation efficace face aux événements climatiques extrêmes. En combinant une base de données mondiale d'événements de crues, un modèle de propagation des impacts input–output (ARIO) et un algorithme de projection des échanges et du PIB futurs (SPIN), le chapitre évalue les arbitrages entre ouverture et protectionnisme dans un contexte de multiplication des extrêmes climatiques. Les résultats montrent que l'ouverture commerciale aide les pays touchés par les inondations à lisser leur consommation en la découplant de leur production locale, réduisant ainsi les pertes de bien-être. Cependant, elle accroît l'exposition d'autres pays, qui deviennent plus dépendants de partenaires affectés. Si cette dynamique crée à la fois des gagnants et des perdants, le bien-être global s'en trouve amélioré, les gains des pays les plus touchés compensant les pertes ailleurs. À l'inverse, isoler les économies fortement exposées aggraverait considérablement leur situation — suggérant que le repli commercial pourrait constituer une forme de maladaptation à l'échelle mondiale.