Thèse en cours

Numériser l’école ? : entre politiques publiques, marché et appropriation, une socio-économie du numérique en éducation

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Auteur / Autrice : Alienor Petiot
Direction : Genevieve Vidal
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Sciences de l'information et de la communication
Date : Inscription en doctorat le 28/02/2022
Etablissement(s) : Paris 13
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Érasme (Villetaneuse, Seine-Saint-Denis)

Résumé

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Ce travail de thèse analyse la transformation socio-économique de la filière de l’édition scolaire dans sa transition vers le numérique, au sein du système éducatif français contemporain (2015-2025). Le travail porte sur la structuration d’une offre éditoriale de ressources pédagogiques numériques (RPN), caractérisée par la généralisation de formats numériques ou hybrides (manuels enrichis, banques de ressources et/ou d’exercices interactifs), la consolidation d’une infrastructure institutionnelle d’accès (ENT/médiacentres, GAR), et par la montée en puissance de logiques d’intermédiation. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de marché institutionnalisé : dépendant économiquement de la commande publique et fortement régulé par les réformes curriculaires et les cadrages stratégiques, techniques et réglementaires. La thèse défendue est que la numérisation de la filière ne se limite pas à un changement de format de la production éditoriale, mais contribue à structurer un régime d'intermédiation multi-niveaux où se superposent et s'entrelacent des médiations institutionnelles, marchandes et infrastructurelles-organisationnelles. De cet enchevêtrement procèdent trois effets structurants quant à la distribution des pouvoirs économiques, décisionnels et symboliques au sein de la filière, engendrant des dépendances nouvelles. D’abord, du côté de la production éditoriale, la numérisation fragmente l’offre par la prolifération des formats et la complexification des modèles économiques (passage de la vente d’exemplaires imprimés à la contractualisation d’abonnements), parfois dans une logique d’offre hybride papier. Ces conditions favorisent la montée en puissance de l'intermédiation marchande : les acteurs contrôlant la mise en visibilité et en accès technique des RPN (catalogage, distribution, agrégation, intégration) se positionnent comme des gatekeepers de la circulation des ressources jusque dans les établissements, engendrant une dépendance technique et commerciale des éditeurs à leur égard. Ensuite, l’acquisition décentralisée des ressources pédagogiques en France produit une forte hétérogénéité territoriale s’agissant de l’équipement des établissements en terminaux et en ressources. Elle change également l’objet des transactions, passant de l'acquisition de manuels scolaires à la contractualisation de services numériques (hébergement, agrégation, intégration). Ces mutations instaurent des dépendances contractuelles et commerciales situées : collectivités et établissements sont liés aux prestataires lauréats des marchés publics locaux pour l'accès aux ressources, tandis que les éditeurs dépendent de ces mêmes intermédiaires pour atteindre les marchés scolaires territorialisés. Enfin, à l’échelle des établissements, la superposition des dépendances techniques, commerciales et contractuelles, couplées à la logique d’acquisition décentralisée, redéfinissent les conditions concrètes de l’autonomie organisationnelle et professionnelle. Confrontés à des infrastructures sélectionnées par la collectivité et à des catalogues administrés par des tiers, les acteurs de terrain (directions, référents numériques, enseignants, professeurs-documentalistes) doivent arbitrer entre prescriptions institutionnelles et contraintes matérielles, et disposent de marges réduites pour la constitution de leur panoplie pédagogique locale. L’autonomie professionnelle et organisationnelle se reconfigure alors autour de tactiques d’ajustement face aux dispositifs en place (adhésion sélective, contournement, résistance), inégalement réalisables selon les ressources locales disponibles. La méthodologie de recherche repose sur une triangulation des sources visant à restituer la complexité et l'enchevêtrement des médiations. Elle combine d’abord une analyse documentaire des cadres institutionnels (stratégies numériques nationales, textes réglementaires, appels d’offres et cahiers des charges, contrats-cadres, consultations publiques) qui fixent les termes de la délégation aux industriels. Elle intègre ensuite une immersion professionnelle de trois ans au sein de la maison d’édition Hachette Éducation (contrat CIFRE), complétée par une enquête externe auprès d’acteurs de la filière (entretiens et corpus documentaires) ainsi que par l’observation de salons professionnels, de manière à saisir les logiques marchandes au-delà du seul cas de l’entreprise d’accueil. Enfin, le volet local mobilise 29 entretiens semi-directifs conduits dans 6 régions françaises auprès d’enseignants et de chefs d’établissement du second degré, et des observations in situ dans 6 établissements visant à saisir les modalités de circulation des RPN à l’échelle des établissements ainsi que les tactiques d’ajustement des acteurs de terrain.