Devoir réduire ses déchets : quand un effort environnemental quotidien devient une économie morale. La réception dune politique locale zéro déchet en Gironde.
| Auteur / Autrice : | Maxence Mautray |
| Direction : | Olivier Chadoin |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Sociologie |
| Date : | Inscription en doctorat le Soutenance le 07/07/2026 |
| Etablissement(s) : | Bordeaux |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sociétés, politique, santé publique (Talence, Gironde ; 2011-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Centre Émile Durkheim - Science politique et sociologie comparatives (Pessac, Gironde) |
| Jury : | Président / Présidente : Valérie DELDRèVE |
| Examinateurs / Examinatrices : Olivier Chadoin, Rémi Barbier, Delphine Corteel, Agnès Jeanjean, Baptiste Monsaingeon | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Rémi Barbier, Delphine Corteel |
Mots clés
Résumé
Cette thèse étudie la réception dune politique locale « zéro déchet », menée depuis 2019 par un service public des déchets ménagers dans un territoire rural et périurbain de Gironde. Dans un contexte de montée en puissance des politiques environnementales, qui investissent de plus en plus les pratiques ordinaires des individus, elle interroge la manière dont la mise en uvre de cette politique transforme le quotidien des habitants. Sappuyant sur une méthodologie mixte (entretiens, observations ethnographiques, questionnaire, documents institutionnels et presse locale), elle montre que la mise à contribution de la population par linstitution produit un effort environnemental au quotidien, ouvre un espace de comparaison entre les individus et suscite, en conséquence, des controverses et des sentiments dinjustice. Lenquête, menée pendant trois ans en immersion au sein du service public concerné, montre que la réforme engage une écologisation du quotidien qui ne peut être réduite à une question de gestes ou de motivation individuelle. La routinisation des pratiques de réduction des déchets (achat en vrac, compostage, réemploi, etc.) dépend étroitement des contraintes pesant sur les modes de vie (économiques, temporelles, organisationnelles) et des conditions matérielles dexistence. La mise à contribution de la population, à travers la diffusion de prescriptions zéro déchet, mais aussi la transformation du service (arrêt de la collecte en porte-à-porte, tarification incitative), génère un effort environnemental inégalement réparti. Cette injonction saccompagne de la diffusion dun cadre normatif incitant les individus à évaluer leurs pratiques. En labsence dindicateurs concrets sur la quantité de déchets produits, souvre un espace de comparaison sociale, donnant lieu à la formation dune économie morale du zéro déchet, au sein de laquelle les individus se situent, ajustent leur engagement et portent des jugements ordinaires sur les pratiques dautrui, y compris sans adhésion explicite à la démarche. Lorsque cette mise à contribution sincarne dans des transformations concrètes du service public, notamment le passage de la collecte en porte-à-porte à lapport volontaire, elle suscite des formes de politisation plus visibles. La réforme devient alors un objet de controverse, mobilisant habitants, élus et institutions, et circulant entre différentes arènes (médiatiques, politiques, judiciaires). Elle conduit les individus à évaluer la légitimité du dispositif à laune de leffort quil requiert et des principes qui le justifient, donnant lieu à des sentiments dinjustice et à des critiques portant à la fois sur ses modalités concrètes et sur les fondements normatifs de laction publique environnementale. Cette recherche montre que le déchet constitue un analyseur privilégié des transformations contemporaines de laction publique environnementale. À partir de ses effets les plus ordinaires, elle met au jour les mécanismes par lesquels les politiques environnementales reconfigurent la vie quotidienne, produisent des normes et rendent visibles des inégalités requalifiées dans un registre écologique. Elle montre ainsi que ces politiques ne se contentent pas dencadrer les comportements, mais déplacent les frontières du juste et de linjuste au cur de la vie ordinaire.