Greffe, transplantation, acclimatation : transformations du végétal dans la littérature française de la Renaissance
| Auteur / Autrice : | Claire Varin d'ainvelle |
| Direction : | Violaine Giacomotto-Charra |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Littératures française, francophone et comparées |
| Date : | Inscription en doctorat le 13/07/2022 |
| Etablissement(s) : | Bordeaux 3 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Montaigne-Humanités |
| Partenaire(s) de recherche : | Equipe de recherche : Plurielles |
Mots clés
Résumé
La greffe, la transplantation ou encore l'acclimatation, pratiques horticoles répandues dès l'Antiquité, suscitent un nouvel intérêt à la Renaissance, où les traités antiques sont réédités, traduits, commentés (Mattioli, Vettori), et où de nouveaux livres paraissent, qui restituent savoirs et usages anciens (Crescenzi, Gorgole de Corne...), ou qui les mettent à l'épreuve de l'expérience (Serres, Mizauld, Estienne...). La mise en livre et la circulation des savoirs botaniques par des phénomènes de citations, d'emprunts, de traductions ou d'échos, donne lieu à une diversité de formes textuelles, qui va des ouvrages de botanique (Fuchs, Gesner, Daleschamps...) à la « poésie des champs » (Gauchet, Rapin...). Il s'agit d'examiner ces phénomènes de translatio et de transplantatio, d'interroger les relations entre le monde matériel et les représentations symboliques qui en sont faites, et de resituer historiquement le rapport de l'homme à son environnement naturel, notamment au prisme de l'histoire naturelle (Della Porta, Belon du Mans). Les techniques de transformation végétale, qui supposent de saisir et de reproduire par l'art les formes de la nature, sont perçues soit comme une innovation, soit comme une transgression : une valeur morale, spirituelle voire politique leur est conférée (Cardan, Aldrovandi, Gallo traduit par Belleforest...). Signes tangibles de la mutabilité de la nature, ces singularités botaniques font l'objet d'un important discours métaphorique. Dans le discours des poéticiens (Du Bellay, Peletier du Mans, Vauquelin de la Fresnaie) mais aussi de médecins (Du Chesne) et d'autres érudits (Montaigne, Thevet ou Léry), la sollicitation du paradigme végétal contribue à la description du fait linguistique, littéraire ou poétique. Le développement d'un métalangage végétal renvoie ainsi aux interactions entre évolution linguistique, apparition de nouveaux supports écrits et transformation des pratiques scientifiques. L'écriture prend pour modèle la greffe, et le texte traduit par sa mobilité les formes changeantes de la plante. Le lexique horticole devient un véritable outil stylistique, et le discours agricole et horticole revêt un sens figuré, se métaphorisant pour devenir métalittéraire. Geste technique, modèle d'écriture ou objet d'investigation, la greffe témoigne des préoccupations humanistes relatives aux échanges de savoirs et d'objets.