Autoroutes de la métropolisation : permanences et évolutions au prisme du territoire bordelais
| Auteur / Autrice : | Manon Espinasse |
| Direction : | Nacima Baron |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Aménagement de l'espace, Urbanisme |
| Date : | Inscription en doctorat le 01/05/2022 |
| Etablissement(s) : | Université Gustave Eiffel |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Ville, Transports et Territoires |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : LVMT - Laboratoire Ville Mobilité Transport |
Résumé
Les infrastructures autoroutières sont jugées indispensables au fonctionnement de nos sociétés et économies contemporaines. Parce qu'elles traversent les époques, les valeurs et les attentes sociales (Roseau, 2022), elles font l'objet d'interventions continues réparation, adaptation, régénération ou transformation qui assurent leur permanence dans les territoires. Cette thèse interroge les modalités de cette permanence au regard des politiques publiques de territoire et notamment de « transition » en analysant l'évolution d'un système autoroute-territoire, entendu comme l'ensemble des relations matérielles, institutionnelles et symboliques qui se tissent entre les infrastructures autoroutières et les territoires qu'elles traversent et desservent. Elle propose une histoire urbaine de ce système, de la seconde moitié du XXe siècle à 2025. Au croisement des science and technology studies, des infrastructure studies et de la discipline architecturale, la recherche mobilise notamment des travaux sur les temporalités des infrastructures (Moss, 2024) et sur les transitions sociotechniques. Trois hypothèses structurent la recherche : le système autoroute-territoire demeure principalement organisé par les logiques autoroutières ; les politiques contemporaines de transition prolongent davantage la trajectoire engagée depuis les années 1960 qu'elles ne constituent une rupture ; enfin, les discours et les représentations contribuent à produire des imaginaires qui participent à la reproduction de ce système. Réalisée au sein du Laboratoire Ville Mobilité Transport et de l'Observatoire de la condition suburbaine, cette recherche s'inscrit en grande partie dans le cadre d'une convention CIFRE menée au sein de Bordeaux Métropole. Elle mobilise une approche croisant l'analyse des politiques publiques, des discours et des images, à partir d'un corpus composé de documents de planification, d'archives et d'entretiens. Le terrain métropolitain bordelais et sa rocade sont abordés comme une configuration révélatrice de mécanismes plus généraux de l'évolution des infrastructures routières dans les espaces métropolitains. La première partie empirique montre comment l'autoroute s'est constituée comme « guide » de la planification entre 1950 et 1995 et participe à la métropolisation bordelaise. La seconde analyse les transformations de l'autoroute depuis les années 1990 jusqu'à 2025 comme un processus de reconfiguration plutôt que de rupture. L'ensemble met en évidence la constitution d'une sphère autoroutière, structurée autour d'un régime de congestion (Gopakumar, 2020). Les résultats montrent que le système autoroute-territoire est structuré par cette sphère autoroutière produisant une coévolution (Leheis-Guillot, 2011) asymétrique avec le territoire, les logiques autoroutières orientant davantage les trajectoires territoriales que l'inverse. Ils mettent également en évidence un paradigme de production matérielle et immatérielle continue de l'autoroute dans lequel les actions environnementales s'intègrent principalement aux dispositifs existants. Par exemple, une voie réservée aux transports en commun et des aménagements réglementaires environnementaux sont réalisés dans le cadre d'un élargissement à 2x3 voies. Plus largement, les paradigmes successifs du développement, de la ville durable puis de la transition correspondent moins à des ruptures qu'à des formes renouvelées de légitimation de l'autoroute. Enfin, la thèse propose la notion de diversification de l'autoroute pour qualifier l'élargissement progressif des fonctions attribuées à l'infrastructure (énergétiques, écologiques ou foncières). Cette diversification constitue l'un des mécanismes contemporains de la reproduction de l'autoroute. Au-delà du cas bordelais, cette thèse propose un cadre d'analyse contribuant au renouvellement de clés de lecture des infrastructures et territoires dans le temps long.