Apprendre en mouvement ou trouver leur propre voie ? Une étude multimodale et longitudinale des événements de mouvement en néerlandais langue seconde
| Auteur / Autrice : | Christina Piot |
| Direction : | Maarten Lemmens, Julien Perez |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Sciences du langage : linguistique et phonétique générales |
| Etablissement(s) : | Université de Lille (2022-....) en cotutelle avec Université de Liège |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences de l'homme et de la société |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Savoirs, Textes, langages |
| Jury : | Examinateurs / Examinatrices : Maarten Lemmens, Julien Perrez, Gale Stam, Marianne Gullberg, Dejan Stosic, Germain Simons |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Marianne Gullberg, Dejan Stosic |
Mots clés
Résumé
Les différences typologiques entre les langues à cadre verbal et les langues à cadre satellitaire, identifiées par Talmy (2000), se reflètent également dans les gestes produits en accompagnement de la parole (gestes co-verbaux), comme l'ont montré plusieurs études (par ex. Kita & Özyürek 2003 ; McNeill & Duncan 2000 ; Stam 2006, 2010, 2018 ; Ünal, Mamus & Özyürek 2023). L'Hypothèse de l'Interface prédit que les composantes sémantiques encodées gestuellement (par exemple, manière vs trajectoire) refléteront la façon dont l'information est structurée dans la parole (Kita & Özyürek 2003). D'autres études ont montré que les gestes représentant la trajectoire s'alignent sur différentes unités linguistiques dans les langues à cadre verbal et à cadre satellite (par exemple, Stam 2006, 2010, 2018). Les gestes accompagnant la parole devraient donc être pris en compte lors de l'étude des schémas de pensée liés au langage (thinking-for-speaking) (par ex. Stam 2018). Dans ce contexte, la présente étude s'intéresse à la manière dont les mouvements sont exprimés dans la parole et dans les gestes co-verbaux par des locuteur·ices L1 du français, des locuteur·ices L1 du néerlandais et des apprenant·es francophones en immersion néerlandais (CLIL). L'étude comporte également une dimension longitudinale : les apprenant·es ont répété l'expérience deux ans plus tard, ce qui nous permet d'examiner l'évolution de leur schéma de pensées pour parler par rapport à l'évolution de leur niveau linguistique. Une tâche d'élicitation a été menée auprès de 15 locuteur·ices L1 du français, 14 locuteur·ices L1 néerlandais, et 12 apprenant·es L2 du néerlandais, qui ont narré des scènes de Tweet Zoo (1957). À l'aide de taxonomies établies (par ex. Cadierno & Ruiz 2006 ; Kopecka 2006 ; Özçalışkan & Slobin 1999), nous avons identifié les composantes sémantiques (manière et trajectoire) encodées dans les verbes et les satellites. Les gestes ont été classés comme iconiques, battements, déictiques ou pragmatiques (Kendon 2004 ; McNeill 1992). Les gestes iconiques et déictiques ont été analysés plus en détail pour les composantes du mouvement qu'ils transmettaient. Enfin, nous avons examiné les combinaisons de composantes sémantiques entre la parole et le geste, et avons analysé la synchronisation geste-parole selon Stam (2006). Les résultats de la présente étude montrent que même si les locuteur·ices néerlandophones se focalisent sur la manière dans leurs descriptions orales, il·elles ont tendance à produire des gestes de trajectoire uniquement quand il·elles décrivent des mouvements autopropulsés (self-propelled). Ces résultats vont à l'encontre de l'Hypothèse de l'Interface qui prédisait des gestes fusionnés (manière et trajectoire ensemble). Les locuteur·ices francophones ont tendance à se focaliser sur la trajectoire aussi bien dans la parole que dans les gestes. Les différences au niveau gestuel entre les deux langues résident dans l'alignement entre les gestes et la parole: les locuteur·ices francophones ont tendance à produire les gestes de trajectoire en même temps que le verbe tandis que les locuteur·ices néerlandophones les produisent en même temps que le satellite. En ce qui concerne les apprenant·es, il·elles semblent conscient·es du caractère ''manière'' du néerlandais mais il est difficile pour elleux d'exprimer les mouvements comme les locuteur·ices L1: en effet, les verbes complexes sont très peu fréquents dans les données et il·elles n'ont pas tendance à accumuler les composantes sémantiques dans la parole. Au niveau gestuel, les apprenant·es ont leur propre comportement: il·elles ont tendance à produire plus de gestes non-référentiels (pragmatiques et battements) et plus de gestes référentiels (ici iconiques et déictiques) par phrase. Les apprenant·es produisent également plus de gestes de manière que les locuteur·ices L1. En somme, nous pouvons parler d'un système intergestuel tout comme les apprenant·es ont une interlangue (Selinker 1972).