Assimilation de données pour la réduction et la calibration de modèles de transport turbulent pour la fusion par confinement magnétique
Auteur / Autrice : | Louis Lamérand |
Direction : | Didier Auroux, Francesca Rapetti |
Type : | Thèse de doctorat |
Discipline(s) : | Mathématiques |
Date : | Soutenance le 11/12/2024 |
Etablissement(s) : | Université Côte d'Azur |
Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences fondamentales et appliquées |
Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire J.-A. Dieudonné (Nice) |
Jury : | Président / Présidente : Eric Serre |
Examinateurs / Examinatrices : Didier Auroux, Francesca Rapetti, Eric Serre, Guido Ciraolo, Arthur Vidard, Florence Marcotte | |
Rapporteurs / Rapporteuses : Guido Ciraolo, Arthur Vidard |
Résumé
Dans le modèle de réacteur de fusion expérimental le plus avancé, le tokamak, la matière réactive est chauffée sous l'état de plasma à la température très élevée nécessaire pour que la réaction de fusion se produise spontanément, et est maintenue à distance des murs de la machine par un champ magnétique intense. Pour pouvoir produire et contrôler une prochaine génération de réacteurs performants énergétiquement et qui ne risquent pas d'être endommagés par un trop grand flux de matière échappant au confinement, la simulation numérique est un outil fondamental. Malheureusement, du fait de la complexité du système, il est impossible de simuler le tokamak complet avec un modèle très précis en un temps raisonnable. De ce fait, afin d'être assez rapide pour être utilisés pour des simulations multiphysiques du tokamak complet ou pour trouver des points de fonctionnement optimaux, les modèles dit ''de transport'' simplifient notamment la résolution des turbulences du plasma. En effet, une large part du transport de matière et d'énergie dans le plasma est due à des fluctuations turbulentes à différentes échelles de temps et d'espace, dont le calcul exact avec un solveur numérique demanderait une grille de discrétisation très précise, augmentant d'autant le temps de calcul. L'approche choisie pour les codes de transport, similairement aux équations Reynolds-Averaged Navier-Stokes de mécanique des fluides neutres, est de simplifier les turbulences en considérant des équations sur des variables moyennées sur les échelles de temps et d'espace des fluctuations, puis de modéliser l'effet des turbulences par des termes diffusifs dans les équations moyennées. De par la nature de cette simplification, il est impossible d'obtenir analytiquement une loi de fermeture exacte pour les valeurs des coefficients de diffusion associés à ces nouveaux termes, et ils sont généralement pris constants ou choisis manuellement pour correspondre à des expériences. Bien que l'ajout récent d'un modèle ''k-epsilon'' au code de transport SolEdge3X pour estimer ses coefficients de diffusion ait permis de recréer des comportements typiques du plasma de tokamak, il reste des paramètres non identifiés. Ainsi, SolEdge3X pourrait grandement bénéficier d'une procédure de calibration efficace qui adapterait ses différents paramètres pour reproduire précisément des observations d'expériences ou des données générées par des modèles de plasma plus précis. Pour cela, l'assimilation de données, et tout particulièrement les méthodes variationnelles, apparaissent comme une direction très prometteuse. Suivant l'approche de l'assimilation de données variationnelle, la calibration d'un système d'EDP dépendant d'un ensemble de paramètres est formulé comme un problème d'optimisation où la fonction coût est calculée comme une distance entre la trajectoire générée par la résolution du système pour un certain jeu de paramètres et les données venant d'expériences. En utilisant la méthode du gradient adjoint, il est alors possible d'obtenir le gradient de la fonction coût en fonction des paramètres pour l'utiliser dans des algorithmes de minimisation très efficace, de type quasi-Newton, qui peuvent rapidement obtenir l'ensemble de paramètres pour lesquels le coût est minimal, même pour des problèmes de très grande dimension. Dans ce manuscrit, une méthode d'assimilation de données variationnelle est testée sur une version simplifiée d'un modèle k-epsilon pour un code de transport pour plasma. L'objectif est de montrer le potentiel de cette méthode pour identifier les paramètres qui permettraient à un code de transport de reproduire précisément les résultats d'expériences sur de vrais tokamaks. Un intérêt particulier est accordé aux techniques pour adapter la procédure de calibration au problème donné, notamment le choix et l'implémentation de différentes stratégies de régularisation, qui pourraient aussi être reproduites pour améliorer l'identification de paramètres dans d'autres contextes.