Détection de la diffusion cohérente élastique neutrino-noyau avec l'expérience RICOCHET à l'Institut Laue-Langevin : bruits de fond et sensibilité
Auteur / Autrice : | Guillaume Chemin |
Direction : | Jacob Lamblin |
Type : | Thèse de doctorat |
Discipline(s) : | Physique subatomique et astroparticules |
Date : | Soutenance le 16/12/2024 |
Etablissement(s) : | Université Grenoble Alpes |
Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale physique (Grenoble, Isère, France ; 1991-....) |
Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie (Grenoble, Isère, France ; 2003-....) |
Jury : | Président / Présidente : Johann Collot |
Examinateurs / Examinatrices : Christine Marquet, Aurélie Bonhomme, Guillaume Pignol | |
Rapporteurs / Rapporteuses : David Lhuillier, Frédéric Yermia |
Mots clés
Résumé
La diffusion cohérente élastique neutrino-noyau est un processus du Modèle Standard de la physique des particules dans lequel un neutrino de faible énergie interagit avec un noyau atomique dans son ensemble via l'échange d'un boson Z, médiateur neutre de l'interaction faible. Cette interaction induit un recul du noyau diffusé à des énergies très faibles, de l'ordre du keV. Une déformation du spectre en énergie de recul serait la signature de physique au-delà du modèle standard, comme par exemple, l'existence d'un nouveau boson d'interaction.L'expérience RICOCHET vise à mesurer avec précision la diffusion cohérente des antineutrinos émis par le réacteur de recherche de l'Institut Laue-Langevin (ILL) avec un ensemble de calorimètres cryogéniques semi-conducteurs et supraconducteurs. L'ensemble des détecteurs est protégé du bruit de fond ambiant par des blindages passifs, comportant plusieurs couches de différents matériaux pour arrêter les rayonnements gammas et neutrons, et un blindage actif, le veto muon, permettant de rejeter les événements induits par les muons. Après plusieurs années de préparation, l'expérience a commencé à prendre ses premières données début 2024 afin de valider le dispositif expérimental.Les travaux de cette thèse ont porté sur trois aspects de l'expérience. Une première partie des travaux a concerné la simulation et l'estimation des bruits de fond de l'expérience, en l'occurrence les bruits de fond d'origine cosmogénique et réactogénique. Dans un premier temps, il a fallu concevoir la géométrie optimale du veto muon permettant de minimiser le bruit de fond cosmogénique tout en limitant le temps mort induit. Une fois la géométrie définie, les taux d'événements cosmogéniques et réactogéniques dans le veto muon et leur répartition spatiale ont pu être prédits et confrontés aux premières mesures sur site. Par ailleurs, les taux d'événements de bruit de fond ont également pu être estimés, avec différents critères de sélection. Ainsi, il a été possible de quantifier l'impact du veto muon sur la réduction du bruit de fond cosmogénique. Au final, les taux d'événements de bruit de fond résiduels et le temps mort induit par le veto muon apparaissent suffisamment faibles pour envisager la détection de la diffusion cohérente des neutrinos.La deuxième partie des travaux a consisté à caractériser le veto muon de l'expérience, notamment pour en vérifier les performances. Pour cela, une série de mesures a été effectuée afin de caractériser individuellement chacun des panneaux scintillateurs composant le veto muon. Ces mesures ont permis de déterminer la réponse des scintillateurs et d'effectuer un étalonnage en énergie, ainsi que de déterminer l'efficacité de détection des muons. Globalement, l'efficacité de tous les panneaux est supérieure à 95%, ce qui est conforme au cahier des charges. Ensuite, la partie supérieure du veto muon a pu être testée sur le site de l'ILL afin, notamment, de mesurer les flux cosmogéniques et réactogéniques. Les taux mesurés ainsi que leur répartition spatiale est en très bon accord avec la simulation, ce qui permet de valider le programme de simulation utilisé.Enfin, la dernière partie des travaux a porté sur l'estimation de la sensibilité de l'expérience à la diffusion cohérente des neutrinos et aux différents canaux de nouvelle physique. Pour cela, une méthode statistique basée sur un ratio de vraisemblance profilé a été développée. Elle utilise les sections efficaces théoriques, les résultats de la simulation ainsi que les performances mesurées ou attendues des détecteurs, pour quantifier la sensibilité en fonction du nombre de jours de données. Il apparaît que RICOCHET peut atteindre une sensibilité de 5 sigmas avec un cycle réacteur de 50 jours. Enfin, pour chacun des canaux de nouvelle physique, la sensibilité après 300 jours d'acquisition a été comparée aux autres expériences démontrant que RICOCHET se place parmi les projets les plus compétitifs.