Inégalités économiques et justice environnementale

par Camille Salesse

Projet de thèse en Sciences économiques

Sous la direction de Brice Magdalou.

Thèses en préparation à Montpellier , dans le cadre de École doctorale Economie Gestion de Montpellier (2015-.... ; Montpellier) , en partenariat avec CEE-M - CENTRE D'ÉCONOMIE DE L'ENVIRONNEMENT (laboratoire) depuis le 01-10-2021 .


  • Résumé

    La maîtrise du réchauffement climatique et la limitation des dégradations environnementales liées aux activités de production et aux modes de vie contemporains apparaissent, sans aucun doute, comme l'enjeu majeur auquel l'humanité sera confrontée dans les siècles à venir. Si les conséquences du réchauffement climatique sont d'ores et déjà effectives dans certaines régions du monde (multiplication de phénomènes climatiques extrêmes de type ouragans, sécheresses prolongées, etc.), les conséquences à plus long terme, comme la possible montée du niveau général des mers et des océans, laissent entrevoir des mutations profondes qui remettront très certainement en question les modes de vie actuels. En parallèle, le contexte économique de la plupart des pays occidentaux ne cesse de se dégrader, en raison de crises liées à la conjoncture (crise des subprimes puis crise des dettes souveraines de 2008 à 2013, pandémie de la Covid-19 depuis 2020) mais également sur fond de difficultés structurelles (augmentation du niveau général des dettes publiques, niveaux élevés du chômage avec un risque d'aggravation lié à la robotisation croissante de l'activité économique, besoin de financement accru des systèmes de protection sociale face au vieillissement des populations, etc.). Ces difficultés économiques se traduisent notamment par une augmentation des inégalités sociales, quelles soient très marquées comme aux États-Unis depuis les années 1980, ou plus modérées comme en Europe, mais avec une tendance générale commune à la hausse. L'interaction entre les dégradations environnementales et les inégalités sociales reste cependant un sujet peu traité dans la littérature économique. Parmi les faits qui semblent robustes, l'impact en terme de santé des nuisances environnementales, comme la pollution de l'air, semble significativement plus élevé chez les individus issus des classes populaires, en raison à la fois d'une exposition plus grande et d'une sensibilité plus importante (Deguen et Zmirou-Navier, 2010). Cette surexposition des plus défavorisés peut s'expliquer par un double phénomène. D'une part certaines industries, notamment les plus polluantes, vont chercher à s'implanter à proximité d'une main-d'œuvre dont le coût est le plus faible. D'autre part, en raison des prix différenciés du logement, les plus défavorisés vont être contraints de choisir des lieux d'habitation accessibles pour leur budget, ce qui sous-entend parfois une qualité moindre, notamment en termes d'exposition aux risques environnementaux (Banzhaf et al., 2019). Ce sujet d'étude, qu'il convient d'appeler aujourd'hui « justice environnementale » (Laurent, 2009), devient un thème de recherche à part entière notamment porté par l'Organisation Mondiale de la Santé (2010) qui appelle à inventer de nouvelles réponses politiques à cet enjeu mondial. Ce projet de doctorat vise à contribuer à la littérature émergente sur la justice environnementale. Si la majorité des études empiriques se sont focalisées sur la pollution de l'air, l'idée serait ici d'étudier l'exposition aux risques environnementaux au sens large. Dans un premier temps, il serait possible de prendre en considération d'autres sources de pollution comme par exemple celles des sols et des eaux (en raison de la présence de pesticides en lien avec la production agricole, par exemple). Les risques environnementaux pourraient également être appréhendés sous l'angle de la proximité géographique des habitations à des zones à risque : sites de production potentiellement dangereux (entreprises Seveso), régions sensibles aux phénomènes de submersion marines, etc. Quels que soient les risques environnementaux étudiés, le périmètre de l'étude se limitera à la France afin de privilégier l'exploitation de données longitudinales fines permettant d'identifier les groupes socio-économiques à risque et d'observer l'évolution des risques environnementaux présents sur le territoire. En ce qui concerne les inégalités sociales, là-encore il n'est pas prévu de se limiter aux seules conséquences en termes de santé. Les inégalités de patrimoine, ou de revenu, seront des dimensions privilégiées. Il est prévu que cette thèse se décompose en trois chapitres distincts, chacun ayant vocation à faire l'objet d'un article publié. Dans un premier chapitre il est attendu que le (la) doctorant(e) étudie le lien qu'il peut exister entre exposition à certains risques environnementaux et inégalités économiques et/ou inégalités en termes de santé. Cela implique de définir au préalable un cadre d'étude spécifique, avec le choix des risques sur lesquels porte l'étude. Cela nécessite aussi de choisir la méthodologie à mettre en œuvre pour évaluer ou mesurer, d'une part l'exposition au(x) risque(s), et d'autre part les inégalités étudiées. Après avoir décrit un panorama du lien entre exposition à des risques environnementaux et inégalités économiques, le deuxième chapitre pourrait se focaliser sur l'élaboration de politiques publiques à mettre en œuvre afin de compenser ces inégalités, ex ante pour amoindrir l'impact attendu de la pollution sur certains territoires ou groupes à risque identifiés, ou ex post pour redistribuer en faveur des individus faisant face à un risque environnemental avéré. Ces politiques peuvent prendre la forme de différentes mesures, allant de simples systèmes de compensation locaux à des politiques redistributives de plus grande échelle. Enfin, le dernier chapitre pourrait s'intéresser aux préférences des individus face à de tels enjeux. D'une part il pourrait être intéressant de voir comment de telles inégalités sont perçues. D'autre part, l'acceptabilité des politiques publiques décrites dans le chapitre précédent pourrait également être analysée, dans l'objectif d'en caractériser plus finement les contours. Ce dernier chapitre empirique impliquerait l'élaboration de données de sondage (survey experiment) et leur exploitation avec les outils économétriques modernes (quadratic voting, voir Chen et al. 2019 par exemple). -----------------

  • Titre traduit

    Economic inequalities and environmental justice


  • Résumé

    Controlling global warming and limiting environmental degradation linked to production activities and contemporary lifestyles appear, without any doubt, as the major challenge that humanity will face in the centuries to come. If the consequences of global warming are already effective in certain regions of the world (multiplication of extreme climatic phenomena such as hurricanes, prolonged droughts, etc.), the longer-term consequences, such as the possible rise in general sea level, suggest profound changes that will undoubtedly call into question current lifestyles. At the same time, the economic context of most Western countries continues to deteriorate, due to economic crises (subprime crisis then sovereign debt crisis from 2008 to 2013, Covid-19 pandemic since 2020) but also related to structural difficulties (increase in the general level of public debts, high levels of unemployment with a risk of aggravation linked to the growing robotization of economic activity, increased need for financing social protection systems in the face of aging populations ,…). These economic difficulties are reflected by an increase in social inequalities, with a general upward trend all around the world (even if more pronounced in the United States since the 1980s, as compared to Europe). The interaction between environmental degradation and social inequalities, however, remains a subject that is little covered in the economic literature. Among the facts that appear to be robust, the health impact of environmental nuisances, such as air pollution, appears to be significantly higher for individuals from the working classes, due to both greater exposure and of greater sensitivity (Deguen and Zmirou-Navier, 2010). The overexposure of the most disadvantaged can be explained by a double phenomenon. On the one hand, some industries, especially the most polluting ones, will seek to locate near a labor force whose cost is the lowest. On the other hand, because of the differentiated prices of housing, the most disadvantaged will be forced to choose more affordable places, which sometimes implies lower quality, especially in terms of exposure to environmental risks (Banzhaf et al., 2019). This subject of study, which today should be called “environmental justice” (Laurent, 2009), is becoming a research topic in its own right, notably carried by the World Health Organization (2010) which calls for new political responses to this global issue. This doctoral project aims at contributing to the emerging literature on environmental justice. While the majority of empirical studies have focused on air pollution, the idea here would be to study exposure to environmental risks in the broad sense. As a first step, it would be possible to take into account other sources of pollution, such as those of soil and water (due to the presence of pesticides in connection with agricultural production, for example). Environmental risks could also be understood from the perspective of the geographical proximity of dwellings to risky areas: potentially dangerous production sites (Seveso companies), regions sensitive to marine submersion phenomena, etc. Whatever the environmental risks studied, the scope of this PhD thesis will be limited to France in order to favor the use of detailed longitudinal data, making it possible to identify the vulnerable socio-economic groups and to observe the evolution of territorial environmental risks. As far as social inequalities are concerned, here again it is not intended to be limited to the only health consequences. Inequalities in wealth, or income, will be privileged dimensions. It is expected that this PhD thesis will be split into three distinct chapters, each intended to be the subject of a published article. In a first chapter, the doctoral student is expected to study the link that may exist between exposure to some environmental risks and economic inequalities and/or inequalities in terms of health. This implies defining beforehand a specific framework, with the choice of some risks to investigate. This also requires choosing the methodology to be implemented to assess or measure, on the one hand, the risk(s) exposure and, on the other hand, the investigated inequalities. After an overview of the link between exposure to environmental risks and economic inequalities, the second chapter could focus on the implementation of public policies to compensate for these inequalities, ex ante to reduce the expected impact of the pollution in certain areas or identified vulnerable groups, or ex post to redistribute in favor of individuals facing a proven environmental risk. These policies can take the form of a variety of measures, ranging from simple local compensation systems to larger scale redistributive policies. Finally, the last chapter could look at the preferences of individuals in the face of such environmental and redistributive issues. On the one hand, it might be interesting to see how such inequalities are perceived. On the other hand, the acceptability of the public policies described in the previous chapter could also be analyzed, with the aim of characterizing their outlines more precisely. This last empirical chapter would involve the development of survey data (survey experiment) and the use of modern econometric tools (quadratic voting, see Chen et al. 2019 for example).