Thèse en cours

Un retour à la nature. Le naturisme libertaire dans l'Europe de la seconde industrialisation (France, Royaume-Uni, Espagne, Allemagne, Suisse. Années 1880 - années 1930)

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Thomas Coste
Direction : Frank Georgi
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Histoire des arts
Date : Inscription en doctorat le 30/09/2021
Etablissement(s) : université Paris-Saclay
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Sciences sociales et humanités (Versailles ; 2020-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Institutions et Dynamiques Historiques de l'Economie et de la Société
Référent : Université d'Évry-Val-d'Essonne (1991-....)

Résumé

FR  |  
EN

La prise de conscience croissante de l'importance des enjeux écologiques et climatiques a, ces dernières années, stimulé les travaux sur l'histoire environnementale, qui apparaît comme domaine émergent. Parallèlement, la crise de la représentation démocratique, l'aspiration diffuse à des formes de démocratie directe et de participation, dans la cité, l'économie, les organisations et les mouvements sociaux, ont, encore timidement, récemment relancé l'intérêt pour une histoire renouvelée des idées et pratiques se réclamant de l'anarchisme, parent pauvre des études sur le 'mouvement ouvrier'. Au croisement de ces deux historiographies, quelques historiens (François Jarrige, Arnaud Baubérot pour la France), à la suite de chercheurs militants, ont commencé à (re)découvrir l'existence et l'activité de courants se revendiquant à la fois de l'anarchisme et du retour à la nature porté par les milieux dits 'naturistes'. Au Royaume-Un (Back to the Land, Back to Nature), en Allemagne (Lebensreform) et dans une moindre mesure en France et en Espagne, le naturisme apparaît comme l'ancêtre des mouvements écologistes contemporains. Il prône le retour à la nature, allant de pratiques de médecines naturelles à l'adoption d'un régime alimentaire végétarien voire végétalien, en passant par la création de communautés où leurs membres entendent vivre en phase avec la nature. Ce mouvement émerge comme une réponse à la seconde industrialisation dans les pays occidentaux, portée par un capitalisme triomphant qui remodèle aussi bien les solidarités communautaires traditionnelles que les paysages. En parallèle, les premières études historiques révèlent que le mouvement anarchiste, qui apparaît parallèlement dans les années 1880, est particulièrement perméable aux théories naturistes. En effet, contre l'idée d'une révolution inéluctable portée par les lois de l'histoire et de l'économie, la 'nature' apparaît alors pour certains d'entre eux comme un concept émancipateur face aux structures capitalistes et étatiques qui, en plus de contraindre à une vie morne et laborieuse, détruisent les conditions de vie sur Terre. Ces 'anarchistes naturiens', 'naturiens libertaires', 'naturistes libertaires' ou 'naturistes socialistes antiautoritaires', théoriciens, militants , un peu mieux étudiés dans le cas français, existent, sous des noms divers, dans différents pays européens. Ils développent des critiques du capitalisme, de la civilisation industrielle, de la science et de l'État, élaborent des utopies, créent et font vivre des 'colonies libertaires', des communautés, des 'milieux libres', cellules de base de la société future . Affaiblis, ces courants ne disparaissent pas au même rythme au lendemain de la Grande Guerre. Idées et expériences circulent, et le 'naturisme libertaire' est encore bien vivant dans l'Espagne des années 1930. Malgré une forte hétérogénéité idéologique et nationale, ces 'précurseurs de la décroissance' (F. Jarrige) possèdent suffisamment de traits communs pour qu'il soit possible d'étudier, à l'échelle européenne, leurs idées, leurs réseaux, leurs rêves, leurs pratiques et leurs réalisations. Les sources, dispersées dans plusieurs pays, mais riches, existent pour une approche transnationale de ce courant.