Thèse soutenue

Face aux pressions combinées de l’anthropisation et des contraintes climatiques : ajustements comportementaux du chevreuil en milieu agricole

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Auteur / Autrice : Noa Rigoudy
Direction : Simon Chamaillé-Jammes, Nicolas Morellet
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Biologie et écologie évolutives
Date : Soutenance le 21/11/2024
Etablissement(s) : Université de Montpellier (2022-....)
Ecole(s) doctorale(s) : École Doctorale GAIA Biodiversité, agriculture, alimentation, environnement, terre, eau (Montpellier ; 2015-...)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (Montpellier)
Jury : Président / Présidente : Vincent Devictor
Examinateurs / Examinatrices : Lise Myriam Aubry
Rapporteurs / Rapporteuses : Anne Loison, Nathalie Pettorelli
DOI : 10.70675/569d35c7zbd6az4105zb626zfa184a89aae1

Résumé

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L’anthropisation des milieux et le changement climatique sont reconnus comme des forces majeures dans le devenir des espèces terrestres, pouvant exercer des pressions combinées sur les populations animales sauvages vivant en milieux anthropisés. Dans ce contexte, la plasticité comportementale est avancée comme un des principaux mécanismes par lesquels les individus peuvent répondre à des changements environnementaux rapides et simultanés. Cependant, elle peut se révéler insuffisante quand de multiples pressions anthropiques, comme la perte d’habitats semi-naturels ou la hausse des températures, coïncident avec de fortes contraintes d’histoire de vie. Au cours de cette thèse, nous examinons les impacts de l’agriculture, de la hausse des températures et des évènements de sécheresse sur la capacité d’ajustement comportemental du chevreuil d’Europe (Capreolus capreolus) à différents moments de son histoire de vie. Ce travail combine des analyses de données longitudinales de traits d’histoire de vie, de données spatiales télémétriques (GPS, VHF) et de données observationnelles terrain, issues d’un suivi à long-terme sur une population de chevreuils sauvages vivant dans un paysage rural hétérogène en France. Dans une première partie, nous montrons que la forte plasticité comportementale des chevreuils leur permet de s’ajuster aux variations du paysage des ressources et des risques provoquées par les activités agricoles humaines. Ces ajustements semblent reposer sur des phénomènes de complémentation et de substitution paysagères entre les cultures agricoles (maïs, blé, prairies artificielles), les milieux semi-naturels d’origine anthropique (haies) et les milieux semi-naturels forestiers (bois). Ainsi, les chevreuils compensent le manque d’habitat refuge forestier, fourni par les bois et les haies, par l’utilisation des cultures agricoles hautes de jour, telles que le maïs. La plasticité comportementale permet également aux chevreuils de pallier les variations dans leurs besoins énergétiques liés à la lactation ainsi que les conditions climatiques délétères, comme la hausse des températures estivales et les périodes sèches, dont les effets dépendent de la disponibilité en habitats forestiers dans le paysage local des individus. De manière similaire, nous montrons que l’effet délétère des sécheresses saisonnières sur la masse hivernale des faons, préalablement observé en milieu forestier, est modulé par l’accès aux différentes cultures agricoles et selon la période à laquelle se produit l’épisode de sécheresse. L’ensemble de nos résultats suggèrent donc que les réponses des individus et des populations aux changements environnementaux multiples dépendent du paysage agricole local ainsi que des variations temporelles des besoins internes des individus, liées à la phénologie de croissance ou de reproduction. Nos travaux appuient l’importance de la prise en compte de l’histoire de vie des individus et de l’hétérogénéité des contextes anthropiques locaux dans l’étude des réponses des grands herbivores sauvages face au changement climatique. Dans l’ensemble, les travaux de cette thèse soulignent le rôle des ajustements comportementaux dans la persistance d’un grand herbivore commun en milieu agricole et proposent des pistes de réflexion quant aux possibilités futures de leur coexistence avec les humains dans un contexte de changement climatique.