« Les (in)compréhensions mutuelles entre la France et l'Algérie : Le cas de l'école primaire de 1962 à 2015 »

par Farida Boulkroune

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Piero D. Galloro.

Thèses en préparation à l'Université de Lorraine , dans le cadre de SLTC - SOCIETES, LANGAGES, TEMPS, CONNAISSANCES , en partenariat avec 2L2S - Laboratoire Lorrain de Sciences Sociales (laboratoire) et de ARTS/SOCIOLOGIE - 2L2S (equipe de recherche) depuis le 15-01-2016 .


  • Résumé

    Notre sujet de thèse porte sur « La dimension culturelle dans la compréhension mutuelle entre la France et l'Algérie : de 1830 à 2015 ». Il s'inscrit d'une manière générale dans le cadre des études postcoloniales et prend, en particulier, le cas de figure de la France et de l'Algérie. En effet, l'objet de recherche de cette thèse, est l'étude et l'analyse de l'évolution des échanges culturels ainsi que de l'engrenage éducatif au sein de l'école, facilitant une meilleure compréhension mutuelle entre la France et l'Algérie allant de la période coloniale au post-coloniale et moderne. Étant une thèse de sociologie, notre problématique traite de la dimension culturelle dans la compréhension mutuelle entre la France et l'Algérie en questionnant le lien entre ces deux pays dont le destin sera étroitement lié à partir de juillet 1830 surtout que l'Algérie a été la plus grande colonie française détenant des départements français pendant 132 ans. Notre choix thématique s'est porté donc sur un espace commun et emblématique de ce lien. Il s'agit de « L‘école primaire » qui incarne et symbolise la présence et le poids culturel, linguistique et identitaire de chaque pays du temps de la colonisation (1830-1962) au temps de l'indépendance (1962-2015) jusqu'à nos jours. Le moment fort de cette interaction s'étend, bien entendu, sur les 132 années de la colonisation française de l'Algérie marquées par une forte action culturelle au sein de ce lieu commun d'interaction culturelle et sociolinguistique entre, d'une part, des générations d'instituteurs français et des générations d'enfants indigènes algériens. A ce titre, l'ambition française était d'« Installer la France en Algérie, sa langue, sa civilisation, valeurs, ses normes culturelles […] la culture va aider à enraciner dans les esprits «l'idée de la France»» . L'école primaire est devenue, ainsi, un des outils importants pour ancrer ce changement, mais aussi un endroit commun ouvert sur/à « l'autre ». Un lieu de rencontre donc entre deux mondes différents voire opposés constitués de deux langues (le Française/l'Arabe), de deux cultures (Européenne/Algérienne) et de deux religions (Chrétienne/Musulmane). Pourtant, face à cette complexité, la France va imposer sa politique d'acculturation systématique de l'Algérie pour procéder aussitôt à sa francisation progressive par un processus long de scolarisation des enfants indigènes algériens au sein de l'école primaire républicaine. Cette dernière qui, dans l'esprit de ses fondateurs nécessitait «la création d'un corps enseignant […] non plus au service du Roi et de la religion catholique […] mais au service de la République à enraciner et de la morale laïque à diffuser.» , ce qui va transformer, en effet, l'identité culturelle de l'Algérie dans sa profondeur. Dans cette perspective, l'école des indigènes est un lieu commun de toutes les interactions entre colonisateurs/colonisés tout en imprégnant son entourage indigène algérien de la langue et de la culture françaises. Certes, ces transformations se font dans un processus long où l'école primaire interagit avec la langue et la culture indigènes et agit, plus ou moins, sur les générations d'indigènes ayant été scolarisées mais aussi sur celles qui ne l'ont pas été. Cependant, l'importance capitale de la mise en place de l'école primaire des indigènes, bien qu'elle trouve toute sa place dans l'œuvre civilisationnelle française en Algérie, découle des besoins plus stratégiques des colonisateur pour qui, « derrière chaque régiment il faut un instituteur, auprès de chaque fort une école pour préparer : à nos négociants des agents qui puissent les aider, à notre administration des interprètes qui servent de lien entre elle et les indigènes, à nos troupes des éclaireurs. » . Dans cette optique et quant à l'action culturelle française en Algérie, on s'intéresse, d'une manière générale, à l'étude des transformations socioculturelles qui partent de la langue d'enseignement pour rejoindre le système de valeurs et l'identité culturels modelés au sein de l'école primaire tout au long de la période coloniale (1830-1962). Cet espace, à la fois transgénérationnel et interculturel, tend à être mis en premier plan encore aujourd'hui, en raison de son positionnement central pour structurer la pensée, façonner le système de principes et de valeurs et modéliser, ainsi, l'appartenance à une sphère identitaire et culturelle. Cela rend l'espace de « l'école primaire » en Algérie un enjeu majeur en termes d'influence capable, à lui seul, d'agir sur la construction de l'identité culturelle et sur l'appartenance intellectuelle des différentes générations algériennes depuis 1830. De ce fait et pour recontextualiser la relation franco-algérienne, essentiellement à la base de ces transformations depuis 1830, le recours à des concepts caractérisant la situation coloniale tels que « Colonisateur/Colonisé », « Dominateur/Dominé » est d'une grande utilité pour notre analyse. Dans la même optique, le concept de « Francisation/Arabisation », bien qu'il semble de prime à bord contradictoire voire incohérent dans le contexte postcolonial, facilite pourtant la grille de lecture dans une perspective d'émancipation au sein de l'école primaire dans l'Algérie coloniale qu'indépendante. Cette dernière a opté dans l'affirmation de son identité arabo-musulmane pour une rupture avec la France, voulue à la fois politiquement par l'élite qui s'est battue pour un retour aux racines et à l'espace civilisationnel d'une Algérie d'autre fois arabo-musulmane, mais aussi voulue populairement comme un signal fort de rejet de tout ce qui rappelle le colonisateur français. Or, le choix du « français » comme langue d'enseignement à l'école primaire, marque le début de l'ère de l'indépendance de l'Algérie désireuse de la fin du dilemme du « Dominateur/Dominé ». Certes, la reconstruction du pays et le développement de son économie et de sa cohésion sociale représentaient les priorités des politiques algériens qui n'ont pas pour autant perdus de vue l'objectif de « l'arabisation de l'Algérie » dans un processus progressif et centralisé. C'est dans ce contexte que les forces vives de l'Algérie se mettent à œuvrer pour raviver la « francisation/arabisation » du pays tantôt comme signe d'émancipation (les arabisants), tantôt comme signe d'ouverture sur le monde dans l'ère de la mondialisation (les francisants). Tout cela nous mène à s'interroger sur l'enjeu du choix de la langue d'enseignement à l'école primaire sur fond identitaire en Algérie coloniale, postcoloniale et moderne certes, en constante évolution. Aussi, se pose la question de l'encrage indéniable de la langue et de la culture françaises comme étant un indicateur de la nature du lien entre la France et l'Algérie en dehors de la sphère politique et des discours officiels respectifs que se livrent les deux pays depuis 1830. C'est dans cette perspective qu'une partie des relations entre la France et l'Algérie sera étudiée en questionnant les interactions linguistiques et culturelles respectives, d'abord distinctes et séparées pendant la période précoloniale. Cela nous permettra d'avoir une première perception de la situation culturelle en Algérie à la veille de la colonisation française, soit sous la régence ottomane. Ainsi, on pourrait mesurer l'évolution de cette situation culturelle par le biais de l'école primaire et de comprendre l'engrenage culturel et sociolinguistique et l'apport éducatif opéré pendant la période coloniale (1830-1962) puis postcoloniale (1962-2015) dans une deuxième partie. Quant à la troisième partie de cette thèse, elle consistera à étudier l'échange culturel et l'apport éducatif par le biais de l'école primaire entre arabisation et francisation après l'indépendance de l'Algérie en 1962 et son rôle dans la compréhension mutuelle entre les deux pays de nouveau séparés. Ainsi, l'analyse de la situation post-coloniale s'inscrit dans la continuité d'une présence culturelle française en Algérie où le français opère toujours. D'ailleurs et en ce qui concerne l'ouverture de notre thèse, nous avons choisis des projections sur l'avenir du français aux écoles publiques et privées dans l'Algérie du 21ème siècle. Ainsi, la problématique de la compréhension mutuelle entre la France et l'Algérie prend tout son sens notamment en sachant que l'Algérie qui, pourtant, ne fait pas partie de l'Organisation internationale de la francophonie, a été le premier pays francophone au monde pour longtemps même quand le français a été détrôné et passé au rang de deuxième langue en Algérie. Notre thèse tente de mettre en évidence une forme de relation autant complexe qu'étroite et qui, en raison d'un passé colonial commun et douloureux pour la France comme pour l'Algérie, continue d'agir sur les générations algériennes, sur l'espace et ses représentations (Algérie ottomane, française, algérienne et arabo-musulmane), sur le passé, le présent, le futur et même sur la construction d'un imaginaire collectif algérien au gré de l'histoire et ce, telle que l'Algérie l'aperçoit. On pourrait se poser ces mêmes questions mais du point de vue de la France, ce qui introduirait certainement un changement de perspective tout en gardant la même grille de lecture. D'ailleurs, l'aspect transversale de notre problématique est un atout car il rend possible une compréhension mutuelle fondée bien évidemment sur une base culturelle partagée longtemps par la France et l'Algérie dans un espace/temps ouverts tel qu'est le cas de l'école primaire en Algérie dans une histoire également partagée jusqu'à aujourd'hui. Notre problématique tente de donner des éléments de réponses à toutes ces questions et bien d'autres afin de comprendre le passé, appréhender le présent et mieux vivre le futur en se donnant les moyens méthodologiques adéquats. C'est ce contraste, qui caractérise notre cadre d'étude, qui nous permet de faire ressortir les tendances afin que l'on en fasse une base et un outil pour notre analyse sociologique, entre autres. Il s'agit d'une sorte de ré-interrogation des relations franco-algériennes, dotée d'un regard multidisciplinaire qui renforce notre grille de lecture via un travail d'analyse et de comparaison entre les différentes parties et sections pour ressortir l'évolution de certains aspects de la problématique en fonction des périodes étudiées. L'usage des outils sociologiques et des approches multiples facilitera la lecture de cette relation coloniale, post-coloniale et moderne dans sa dimension culturelle et plus particulièrement au sein de l'école comme lieu civilisationnel.

  • Titre traduit

    « Mutual misunderstandings between France and Algeria: The case of primary school from 1962 to 2015 »


  • Résumé

    « The cultural dimension in the mutual congnition of the French-Algerian relationship (From 1962 to 2015) » This research project presents a study and analysis of the development of cultural exchanges and the civil society's demeanors, facilitating a best mutual relationship between France and Algeria. The choice of the period (1962-2015) from the end of the French colonization of Algeria to the outbreak of the Arab-Spring, until today, allows the contextual study of the common history between these two countries. This aims to make sense of the mechanisms of the Franco-Algerian relationship which still in question nowadays, as well as to identify the contributions, exchanges and amendments that facilitate the understanding of the reasons for ruptures and inpediments that feature the relationship (France / Algeria). Several questions arise in reference to the economic and political cultural and social fields: What was the French contribution to the Algerian culture, economy, social life and mentality. How is the Algerian society represented ? In what way is the Algerian culture represented in France ? A sort of paradox still marks the Franco-Algerian relations : Algeria is the first French-speaking country in the world where the cultural and the social links with France are very strong. However, the political and the economic relations are feeble. Accordincly, the interest in the specific contributions of the cultural dimension's asset proves a strategic key that allows to advocate bilateral relations (France / Algeria). In addition and within the context of the popular uprisings during the Arab Spring, Algeria has escaped the waves of instability or civil war that upset its magrebien neighbors (notably Tunisia and Libya). One shall consider the Algerian particular context that made it remote, and the reasons behind which the cultural dimension has not fully played its role as was the case in neighboring countries or elsewhere? The emblem of this cultural dimension in the relationship France / Algeria, unlike all the francophone countries in the world, has never led to the establishment of an alliance. In this respect, the question is raised on the constraints and obstacles that have prevented and obstructed a great potential for cooperation and reconciliation on both the official sociocultural and the economic plans between France and Algeria. Why does the Franco-Algerian relationship continu to harm the interests of the two countries while the trend is integration and unification within a global economical area? Does the problem emanate from the political and diplomatic communication or it is mainly cultural ? Which manoeuver margin have the various actors of the cultural sphere to recommend and achieve a mutual understanding ? The civil society's register continues to work to catch up and close the loopholes of the Franco-Algerian relations. The civil society's actors (NGOs, intellectuals, journalists, associations, graduates and researchers, ... etc.) are present and active on both the French and Algerian territory and they are in favor of a new Franco-Algerian relationship more balanced and fluid through the incorporation of all the sensitivities along the lines of a favored cooperation on the cultural, social and economic levels. On the French side, what role do the Algerian intellectuals and managers to maintain and enrich the relation between the two countries ? From the Algerian angle, profound social changes are introduced by presenting a middle class that holds a new challenge after the black decade and even today, in order to develop exchanges and strategic partnerships with France. This Algerian middle class is fed by what is inherited from the French culture, French language, Algerian newspapers and channels, written and presented in French language. In this perspective, one can ask: What is the relationship between this middle class and the French culture? Which footbridges open to graduates and young entrepreneurs? What could it change in the relationship (France / Algeria) having the privilege of the cultural lenght? What contribution of the French actors of civil society in Algeria ? Is living together in harmony nowadays a possibility or a utopia? The economic field is crucial as far as the relationship between France and Algeria is concerned. Indeed, the cultural dimension is at the peak of bilateral trade. Obviously, the question still stands: what is the importance of the cultural products in the Franco-Algerian economic exchanges? How this cultural dimension would come to consolidate the Economic Partnership between France and Algeria ? What is the prospective vision of the Franco-Algerian cooperation on the cultural production as knowledge production, film and theater? Will the cultural field succeed in playing the role of unification beyond the reinforcement of the Franco-Algerian economic relations?