La philosophie retrouvée : Réalisme moral et embarras philosophique

par Jean-baptiste Bontemps

Projet de thèse en Philosophie

Sous la direction de Paul Clavier et de Roger Pouivet.

Thèses en préparation à l'Université de Lorraine , dans le cadre de SLTC - SOCIETES, LANGAGES, TEMPS, CONNAISSANCES , en partenariat avec AHP-PReST - Archives Henri Poincaré - Philosophie et Recherches sur les Sciences et les Technologies (laboratoire) depuis le 27-09-2018 .


  • Résumé

    Le chemin philosophique que je propose trouve son origine dans un questionnement proprement métaéthique. Il s'agissait tout d'abord d'interroger la signification de nos énoncés moraux en envisageant la défense d'une forme de réalisme moral, d'après lequel nos jugements moraux feraient référence à une « réalité morale » qui permettrait de déterminer leur valeur de vérité, faisant de ceux-ci des jugements à la fois normatifs et descriptifs. L'interprétation réaliste des jugements moraux pose cependant de nombreuses difficultés, qu'elles soient d'ordre psychologique, ontologique ou épistémologique. L'idée centrale de cette thèse fut d'explorer ces difficultés afin d'envisager la possibilité d'adhérer à une forme de réalisme moral. Néanmoins, cette exploration – qui constitue la première partie de ce travail – m'a mené à une impasse dans laquelle toutes les positions du spectre métaéthique me sont apparues aussi intéressantes qu'insatisfaisantes. Face à cette situation, un nouveau problème se révéla comme central, celui du désaccord entre pairs épistémiques dans un cadre philosophique : puisque toutes les positions métaéthiques sont, encore aujourd'hui, défendues par des experts du domaine, il m'a semblé capital de traiter cette difficulté avec l'intuition qu'une solution sceptique s'imposerait. Mais ce premier revirement fut lui aussi une source d'insatisfaction et, plutôt qu'une conclusion sceptique, il m'a amené à déplacer mon interrogation vers la philosophie elle-même : qu'est-ce que la philosophie ? que pouvons-nous en espérer ? Il s'agissait alors de comprendre mes insatisfactions successives à l'aune de ma conception de la philosophie – une recherche de la vérité fondée sur l'argumentation. J'explore ainsi, dans le dernier chapitre, la possibilité que la philosophie ne soit pas la recherche de solutions à des problèmes, mais le traitement – dans l'esprit de la tradition thérapeutique – d'embarras individuels que la pratique philosophique pourrait, au mieux, faire disparaître. Ainsi le « succès », en philosophie, ne serait que son abandon – en tant que pratique individuelle, et non en tant que discipline – à travers la disparition de nos embarras philosophiques. Bien que n'ayant pas les moyens de défendre une telle conception de la philosophie, ces considérations – et, plus généralement, tout ce travail – furent, pour moi, une manière de faire disparaître mon embarras philosophique. C'est ainsi que s'est achevé, loin de son point de départ, le chemin philosophique qui fut le mien.

  • Titre traduit

    Philosophy Rediscovered: Moral Realism and Philosophical Embarrassment


  • Résumé

    The philosophical path that I propose finds its origin in a properly metaethical questioning. It was first of all a question about the meaning of our moral statements by considering a defense of some kind of moral realism according to which our moral judgments would refer to a “moral reality” which would make it possible to determine their truth or their falsity. However, the realistic interpretation of moral judgments poses many difficulties from a psychological, an ontological and an epistemological point of view. The central idea of ​​this thesis was to explore these difficulties in order to consider the possibility of defending a form of moral realism. Nevertheless, this exploration – which constitutes the first part of this work – led me to a dead end in which all metaethical positions appeared to me as interesting as they were unsatisfactory. Faced with this situation, a new problem emerged to me as central: the disagreement between epistemic peers in philosophy. Since all metaethical positions are, even today, defended by experts in the field, it seemed to me essential to treat this difficulty with the intuition that a skeptical solution would be necessary. But this first turnaround was also unsatisfying, and rather than a skeptical conclusion it led me to shift my questioning to philosophy itself: what is philosophy? what can we expect from it? Perhaps my conception of philosophy – a search for truth based on argumentation – was at the origin of these successive dissatisfactions. I thus explore, in the last chapter, another way of approaching philosophy. Maybe it's not about looking for solutions to problems, like in science, maybe it's about dealing with individual embarrassments which, at best, could just disappear. Thus “success” in philosophy would only be its abandonment – as an individual practice, and not as a discipline – through the disappearance of our philosophical embarrassments. In the end, I must admit that I do not have the means to defend such a conception of philosophy, but I can only note that all this work on moral realism, disagreement and philosophy was, for me, a way to make my philosophical embarrassment disappear. This is how, far from its starting point, the philosophical path that was mine ended.