l'appréhension du phénomène prostitutionnel par la norme pénale: étude de droit pénal international et comparé
| Auteur / Autrice : | Prosper Zerbo |
| Direction : | Rodolphe Mesa, W. Dominique Kabre |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Droit Penal et sciences criminelles |
| Date : | Inscription en doctorat le 15/12/2020 |
| Etablissement(s) : | Littoral en cotutelle avec Université de Ouaga II |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale en Sciences humaines et sociales |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire de Recherche Juridique |
Mots clés
Résumé
Sujet : L'appréhension du phénomène prostitutionnel par la norme pénale : étude de droit pénal international et comparé. 1- Cadre théorique « la criminalité a exploité des opportunités d'enrichissement illicite au niveau international en utilisant différents moyens et méthodes pour conduire des activités telles que le trafic de drogues, le blanchiment d'argent, le faux monnayage, le trafic des personnes et la traite d'êtres humains, le trafic de biens culturels, la criminalité environnementale ». La Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée de Palerme, entrée en vigueur le 29 septembre 2003, en constitue le moyen de lutte le plus important. Il ressort des dispositions de l'article 3-2 de cette Convention qu'une infraction est transnationale lorsqu'elle est commise dans plus d'un État, que sa préparation, sa planification, sa conduite ou son contrôle s'effectue, au moins partiellement, hors de l'État dans lequel elle est commise, que ses effets substantiels sont produits dans un autre État et que le groupe criminel qui la commet opère dans plusieurs États. Les Etats parties se sont engagés à lutter contre la criminalité transnationale organisée sous toutes ses manifestations à travers l'identification des processus de mondialisation que les réseaux criminels exploitent. L'examen de toutes les infractions sous-jacentes de la criminalité transnationale organisée étant trop vaste, notre étude se limitera à la traite des êtres humains, notamment la prostitution. Etymologiquement, le terme « Prostituer » est un verbe transitif emprunté vers 1380 au latin prostituere dont le sens propre, « placer devant, exposer aux yeux », a été détourné pour désigner le fait de se livrer à des activités sexuelles par intérêt . Le terme de « prostitution » est, quant à lui, emprunté au latin chrétien prostitutio et désigne communément le fait pour une femme de se livrer à la débauche . Dérivant du latin prostituere, la prostitution est une activité consistant pour toute personne à s'offrir en vue d'une activité sexuelle à n'importe quelle autre personne prête à la rétribuer d'une façon quelconque . De ces différents essais de définitions, il ressort clairement que la prostitution est un phénomène complexe dont l'appréhension n'est pas non plus aisée. Elle a reçu des tentatives de définitions doctrinales, des contributions jurisprudentielles et des descriptions législatives. De ces différentes descriptions, il faut noter que les deux critères spécifiques de la prostitution sont la nature sexuelle de l'acte accompli et la rémunération qui en est la contrepartie. Les seules innovations sont l'indifférence contemporaine par rapport au sexe des intéressés et l'élargissement des pratiques par lesquelles on peut faire commerce de son corps, différentes et plus variées que par le passé. La prostitution ouvre la voie à la transformation de l'être humain en marchandise et l'expose à toutes formes d'abus et d'exploitations. Cette marchandisation de l'être humain crée un marché d'échanges sexuels contrôlé par des proxénètes ou des bandes criminelles qui participent au processus de recrutement, de transformation de leurs victimes en marchandises et de leur exploitation sur le marché sexuel . Les personnes victimes de ces réseaux criminels sont utilisées, soit pour la prostitution de la rue, soit dans les salons de massage, soit dans les services d'escortes, soit pour les danses nues, soit dans les bordels clandestins ou Eros centers. L'industrialisation de la prostitution ne s'opère donc que par une mondialisation du proxénétisme qui n'épargne en réalité aucune couche sociale. En effet, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) révèle que l'industrie de la prostitution enfantine exploitait en 2001 quatre cent mille (400.000) enfants en Inde, cent mille (100.000) enfants aux Phillipines, entre deux cent quarante-quatre mille (244.000) à trois cent vingt-cinq mille (325.000) enfants aux USA. Un rapport du Conseil de l'Europe estimait en 1996 que cent mille (100.000) enfants de l'Europe de l'Est se prostituaient à l'Ouest . L'industrialisation du commerce sexuel et sa transnationalisation sont les caractéristiques fondamentales de la prostitution contemporaine et entretiennent des relations très étroites avec l'économie parallèle et génèrent de gros sous. En effet, Sabine Dusch estime que la prostitution engendrait un chiffre d'affaires mondial de soixante milliards (60.000.000.000) d'euros . En 1998, l'Organisation des Nations unies (ONU) estimait que, chaque année, quatre millions (4.000.000) de personnes étaient l'objet d'un trafic, ce qui engendrait entre cinq (5) et sept (7) milliards de dollars US de profits aux groupes criminels . Le Programme des Nations Unies (PNUD) estime que le produit criminel brut mondial atteignait 1200 milliards de dollars par an et constituait 15% du commerce mondial . Il est possible donc de constater que le crime organisé joue un rôle important dans l'économie mondiale. Car parmi les activités les plus rentables de l'économie, la criminalité organisée est devenue un moyen particulièrement intéressant d'accumulation du capital du fait de sa dimension mondiale, parce que les coûts et les risques sont minimes . C'est pourquoi il est possible d'affirmer que les marchés du sexe sont largement contrôlés par le crime organisé. En effet, la prostitution constitue le lit des organisations criminelles qui contrôlent les réseaux de proxénètes et qui, par la suite blanchissent les capitaux provenant de ces activités illicites. Au regard de ces méfaits, le phénomène prostitutionnel a suscité des réactions sociales diverses selon les pays et les époques. Ces réactions peuvent être classées en trois (03) systèmes : le prohibitionnisme, le réglementarisme et l'abolitionnisme. Le prohibitionnisme est un courant de pensée qui consiste à interdire la prostitution et à exercer une répression contre les personnes qui s'y livrent, l'organisent et l'exploitent. Il vise à punir les actes de racolage, de prostitution et de proxénétisme. Ce système a, pour conséquence, la pratique clandestine de la prostitution . Le réglementarisme estime que la prostitution est un mal, mais un mal nécessaire qu'il convient de contrôler et non pas d'interdire. Ainsi, il prévoit l'identification et la mise sous contrôle policier et sanitaire des prostituées ainsi que leur regroupement dans des établissements spécialisés. Tirant conséquence des échecs du prohibitionnisme et des inconvénients, au plan des libertés du règlementarisme, l'abolitionnisme préconise l'abolition de toute règlementation et la mise en uvre de mesures de prévention de la prostitution et de reclassement social des prostituées. En effet, il conçoit la prostitution comme une violence et une oppression contre les femmes. Les principes de ce courant sont reconnus en 1949 par la convention de Genève pour la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui. Lié à l'histoire de l'humanité, le phénomène prostitutionnel a fait l'objet d'étude par plusieurs disciplines dont le droit pénal international. En effet, le droit pénal international est l'ensemble des règles gouvernant l'incrimination et la répression des infractions qui, soit présentent un élément d'extranéité, soit sont d'origine internationale. L'élément d'extranéité signifie que le problème pénal national est en contact avec un ordre juridique étranger qui résulte généralement de la nationalité étrangère de l'auteur ou du caractère extraterritorial de l'infraction. L'origine internationale de l'incrimination ou de la répression se réfère à leurs sources conventionnelle ou coutumière internationales. C'est ainsi que des conventions internationales ont été conclues dont la plus importante est sans doute, la Convention pour la répression et l'abolition de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui conclue le 02 décembre 1949 sous l'égide des Nations Unies entrée en vigueur le 25 juillet 1951. Le Burkina Faso a ratifié cette convention en 1962. Cependant, il faut relever que cette convention de 1949 comporte des limites parmi lesquelles l'on peut noter l'absence d'un mécanisme propre de surveillance . 2- Problématique Vu la complexité du phénomène prostitutionnel, notre étude envisage de déterminer sa part contributive dans la criminalité et l'économie parallèle et formuler des propositions de réformes appropriées pour lutter contre ce mal. A cet effet, il convient de poser une série de questions dont les principales sont les suivantes : qu'est-ce que le phénomène prostitutionnel ? quelles sont ses relations avec la criminalité transnationale organisée ? quelle est sa part contributive dans l'économie mondiale ? Comment est-il appréhendé par la norme pénale (internationale) ? quelles sont ses causes ? Convient-il de considérer les pratiquants de la prostitution choisie comme étant des victimes et les traiter de la même manière que les pratiquants de la prostitution subie ? Tout en sachant ici que la liberté de choix est très discutable car parmi les causes de la prostitution, il existe les nécessités économiques, les désarrois psychologiques , etc. Étant donné que le proxénétisme est l'exploitation de la prostitution d'autrui, n'y a-t-il pas lieu de réprimer aussi la prostitution? 3- Intérêt du sujet L'intérêt de traiter du phénomène prostitutionnel tient au fait que cette étude pourrait constituer un apport à la lutte contre la criminalité transnationale organisée notamment la traite des êtres humains et participer à la réinsertion sociale des personnes qui s'y adonnent. Cette étude va nous permettre de contribuer modestement à donner de la documentation sur la question du phénomène prostitutionnel. 4- Méthodologie La méthode, c'est « l'ensemble des opérations intellectuelles par lesquelles une discipline cherche à atteindre les vérités qu'elle poursuit, les démontre, les vérifie les façons concrètes d'envisager ou d'organiser la recherche, mais ceci de façon plus ou moins impérative, plus ou moins précise, complète et systématisée ». Dans le souci d'une recherche qualitative, il s'agira de procéder à une analyse documentaire des ouvrages généraux, spéciaux, des articles et contenus de sites Internet y relatifs. Aussi, une étude comparative des législations et des politiques nationales de lutte contre le phénomène s'impose. En outre, il conviendra de procéder à des interviews de personnes prostituées elles-mêmes victimes ou consentantes, des travailleurs de l'Action sociale, les organisations de la société civile, les organisations non gouvernementales et tous les acteurs engagés dans cette lutte et dans la réinsertion sociale de ces personnes.