Théâtralité de l'érosion - Essais sur l'écophagie, les défigurations et les naufrages

par Fernando Codeco

Thèse de doctorat en Arts de la scéne

Sous la direction de Christophe Bident et de Flora Süssekind.

Thèses en préparation à Amiens en cotutelle avec l'UNIRIO - Programa de Pós-Graduação em Artes Cênicas (PPGAC) , dans le cadre de École doctorale en Sciences humaines et sociales (Amiens) , en partenariat avec CRAE Centre de recherche en Arts et Esthétique (laboratoire) depuis le 01-04-2016 .


  • Résumé

    Cette thèse propose une enquête sur les théâtralités de l'érosion. Il s'agit d'une recherche-création qui découle de mes pratiques artistiques avec les collectifs CasaDuna et Grupo Erosão, tous deux dédiés à des créations artistiques environnementales et contextuelles à Atafona, une petite plage de la côte nord de l'État de Rio de Janeiro (Brésil), qui souffre d'une violente érosion marine depuis plus de 60 ans. Les pratiques développées sont les suivantes : expériences de vie, recherches de terrain, résidences artistiques, muséologie sociale, éducation artistique et créations théâtrales et d'art contemporain. La thèse présente également une réflexion, sous forme d'essai théorique et philosophique, sur les relations entre l'art, la société et l'environnement, et sur leurs implications éthiques et politiques à l'époque contemporaine. Dans la première partie, je propose la notion d'"écophagie" ou d'"art environnemental cannibale". Cette notion découle de l'expression, populaire à Atafona, selon laquelle "la mer dévore la ville". L'écophagie intègre des éléments de plusieurs courants théoriques, parmi lesquels la littérature "anthropophagique" d'Oswald de Andrade, la critique environnementale du chaman yanomami Davi Kopenawa et de l'anthropologue Bruce Albert, la théorie du "perspectivisme amérindien" proposée par l'anthropologue Eduardo Viveiros de Castro, la philosophie de la différence de Gilles Deleuze et Félix Guattari, l'anthropologie de l'art d'Alfred Gell et la critique d'art de Walter Benjamin. À partir de ce champ théorique écophagique, je propose une analyse critique de certaines œuvres du peintre Francis Bacon, de la photographe Claudia Andujar et de l'artiste conceptuel Cildo Meireles. Dans ces analyses, j'articule les notions de "figure" et de "défiguration de la monnaie" (parakharáxon tò nómisma). Pour ce faire, je m'appuie sur les études du philologue allemand Erich Auerbach et sur les commentaires de Deleuze sur la peinture de Bacon. Dans ces théories, la "figure" est, entre autres, ce qui échappe ou précède la représentation, l'illustration ou le figuratif. La "défiguration de la monnaie" est l'un des principes centraux de la philosophie cynique du Grec Diogène de Sinope (IVe siècle avant J.-C.), dont l'objectif est de dénoncer la fausseté ou l'artificialité des valeurs normatives (culturelles, comportementales et morales) en vigueur dans une société donnée. Dans la deuxième partie, "Théâtralité de l'érosion", je propose des "techniques expérimentales écophagiques". En suivant les pistes ouvertes par l'art sensoriel de Lygia Clark et l'art environnemental d'Hélio Oiticica, et en dialogue avec Michel Foucault et Pierre Hadot, je cherche à tracer les relations possibles entre les pratiques artistiques contemporaines et les "techniques de soi" pratiquées par les philosophes de l'antiquité grecque. Je commente ensuite la performance "O Muro" (2018) réalisée par le Grupo Erosão et j'établis ici un dialogue avec le "Théâtre de la Mort" de Tadeusz Kantor et la notion de "familière étrangeté" analysée par Sigmund Freud. Dans la troisième et dernière partie "Le terrain érodé ou le naufrage de la terre ferme", je propose un texte-collage qui rassemble des fragments du spectacle de théâtre de rue " Tempontal " (2018-2019) du Grupo Erosão ; des théorisations sur les métaphores existentielles de "l'érosion" et du "naufrage" ; une réflexion sur la notion de "corrosion" dans l'œuvre de Drummond de Andrade et du poète oublié Sapateiro Silva ; des rapprochements entre l'"anthropophagie" d'Oswald de Andrade et la philosophie cynique de Diogène de Sinope ; une étude des relations entre anthropophagie et érosion dans les essais de Michel de Montaigne, et enfin une critique décoloniale de l'historiographie de la région du nord de l'État de Rio de Janeiro.

  • Titre traduit

    Erosion theatricalities - Essays on ecophagy, disfigurements and shipwrecks


  • Résumé

    The thesis proposes an investigation on theatricalities of erosion. It's a research-creation that takes place from my artistic practices with the CasaDuna and Grupo Erosão collectives, both dedicated to environmental and contextual art creations in Atafona, a small beach on the north coast of the state of Rio de Janeiro (BR ) that has suffered from marine erosion for more than 60 years. Practices involving experiences, field research, art residencies, social museology, art education, theater creations and contemporary art. The thesis also proposes an essayistic and theoretical philosophical reflection on the relations between art, society and the environment. In the first part of the thesis, I propose the notion of “ecophagy” or “cannibal environmental art”. Notion that arises from the expression, popular in Atafona, that "the sea is eating the city". Ecophagy assimilates aspects of different theoretical currents, with an emphasis on Oswald de Andrade's anthropophagic literature; the environmental criticism of shaman Davi Kopenawa and anthropologist Bruce Albert; the theory of “Amerindian perspectivism” proposed by anthropologist Eduardo Viveiros de Castro; the philosophy of difference by Gilles Deleuze and Félix Guattari, the anthropology of art by Alfred Gell and the art criticism by Walter Benjamin. Based on this ecophagic theoretical scope, I propose a critical analysis of some works by the painter Francis Bacon, the photographer Claudia Andujar and the conceptual artist Cildo Meireles. In these analyzes I articulate the notions of "Figure" and "disfigurement of the currency" (parakharáxon tò naomisma). To this end, I rely on the studies of the German Jewish philologist Erich Auerbach and on Deleuze's comments on Bacon's painting. In these theories, the “Figure” is, among other things, what escapes or precedes the representation, the illustration or the figurative. The “disfigurement of the currency” is one of the central principles of the cynical philosophy of the Greek Diógenes de Sinope (4th century BC), whose objective would be to denounce the falsity or artificiality of the normative values (cultural, behavioral and moral) in force in a given society. In the second part “The theatricality of Erosion”, I propose “experimental ecophagic techniques”, following the tracks opened by the sensory art of Lygia Clark and the environmental art of Hélio Oiticica. Also, in dialogue with Michel Foucault and Pierre Hadot, I seek to trace possible relations between contemporary art practices and the “techniques of self” practiced by philosophers of Greco-Roman antiquity. Then I comment on "The Wall" performance (2018) held by the Group erosion which establish a dialogue with the "Theater of Death" of Tadeusz Kantor and the notion of "strange-familiar" treated by Sigmund Freud. In the third and last part “Eroded field or shipwreck of the mainland” I propose a text-collage that brings together fragments of the street theater show “Tempontal” (2018-2019) by Grupo Erosão; theorizations about the existential metaphors of "erosion" and "shipwreck"; a reflection on the notion of “corrosion” in the work of Drummond de Andrade and the forgotten poet Sapateiro Silva; approximations between Oswald de Andrade's “anthropophagy” and the cynical philosophy of Diogenes de Sinope; relationships between anthropophagy and erosion in Michel de Montaigne's essays and a decolonial critique of the historiography of the North of Rio de Janeiro.