Étude et modélisation des paléoclimats martiens à haute obliquité
| Auteur / Autrice : | Joseph Naar |
| Direction : | François Forget |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Astronomie et astrophysique |
| Date : | Soutenance le 26/10/2023 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Astronomie et astrophysique d'Île-de-France (Paris ; 1992-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Laboratoire de météorologie dynamique (Palaiseau ; 1968-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Aymeric Spiga |
| Examinateurs / Examinatrices : Anni Maattanen, Franck Montmessin, Michael Wolff, Sylvain Bouley | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Susan J. Conway, Didier Paillard | |
| DOI : | 10.70675/5bfa1fdfzc4ddz4cafz9345z13b03d3ee14c |
Mots clés
Résumé
La présente thèse s’inscrit dans le projet de recherche européen « Mars Through Time » dont l’objectif est le développement de modèles numérique de climat pour étudier les paléo-environnements martiens. L’accumulation d’observations spatiales et géologiques depuis les années 1970 montre que Mars n’a pas toujours été le désert froid et aride que l’on connait aujourd’hui. En particulier, elle a connu des périodes glaciaires où la planète était couverte de glace jusqu’aux tropiques dans les dernières centaines de milliers d’années de son histoire. A l’image de la Terre, ces âges glaciaires sont déclenchés par les variations des paramètres orbitaux, entraînant des changements climatiques spectaculaires. Les périodes de plus haute obliquité (l’obliquité est l’angle entre l’axe de rotation de la planète et le plan de révolution autour du soleil) correspondent à la mise en place des formations géologiques glaciaires en dehors des régions polaires. Les précédents travaux de modélisation suggèrent que les rétroactions avec le cycle de l'eau provoquent des changements climatiques importants, mais peinent à expliquer la formation d'une couche de glace recouvrant la planète jusqu’aux moyennes latitudes. Le Modèle de Climat Global de Mars est développé en continu au Laboratoire de Météorologie Dynamique. Au début de cette thèse, les multiples implémentations au fur et à mesure des années ont déréglé la représentation du cycle de l’eau actuel tel qu’observé par les missions martiennes, et le modèle est sujet aux instabilités numériques lors des expériences paléoclimatiques. La première partie du travail présenté consiste à recalibrer les différents paramètres liés au cycle de l’eau. De nouveaux processus physiques, en particulier le refroidissement dû à la chaleur latente pour le givre ainsi que la dépendance en température de l’énergie de nucléation des nuages, sont inclus et améliorent le réalisme du cycle de l’eau dans le modèle. L’investigation sur la calibration des paramètres du cycle de l’eau révèle que le modèle est sensible au pas de temps physique d’intégration, en raison du couplage entre les différentes paramétrisations physiques. Le module de microphysique des nuages calcule plusieurs processus indépendants dans un sous-pas de temps dédié. On développe donc dans un deuxième temps un sous-pas de temps adaptatif qui permet un traitement correct du couplage des mécanismes de la microphysique des nuages et une représentation fiable à plus haute obliquité, où le cycle de l’eau est intensifié. On conduit ensuite de nouvelles expériences numériques qui incorporent toutes les améliorations du modèle. L'effet combiné de la chaleur latente et de la représentation de la microphysique des nuages, de second ordre dans le climat actuel, domine à plus haute obliquité et produit un cycle de l'eau cent fois plus intense, dans lequel la glace se déplace durablement des régions polaires vers les moyennes latitudes. L’étude de sensibilité aux variations orbitales et aux rétroactions de l’albédo et de l’inertie thermique de la glace montre que cette transition ne nécessite pas de variation drastique d’obliquité. L’initiation d’un âge glaciaire est possible dans des conditions orbitales datant d’il y a quelques centaines de milliers d’années à peine, en accord avec les observations géologiques. Ce résultat suggère que l’ensemble des études paléoclimatiques de la communauté est à reprendre, puisque l’effet radiatif des nuages de glace d’eau et la chaleur latente de la glace n’étaient pas modélisés. Des simulations à plus haute obliquité sont menées et révoquent les scénarios existants des changements climatiques martiens récents. Par la compréhension accrue des rétroactions climatiques internes et de l’évolution de l’emplacement des réservoirs d’eau avec les variations orbitales, les travaux menés offrent des perspectives prometteuses quant à la compréhension de l’histoire de l’évolution du climat de Mars.