L’économie de la faim. Vivre et penser la faim et les privations alimentaires dans l’Occident chrétien : milieu du VIIIe siècle - début du XIIe siècle
| Auteur / Autrice : | Maureen Boyard |
| Direction : | Marie-Céline Isaïa, Florian Mazel |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Histoire mention histoire religieuse, politique et culturelle |
| Date : | Soutenance le 04/04/2025 |
| Etablissement(s) : | Lyon 3 |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Sciences sociales (Lyon ; 2007-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Histoire, archéologie, littératures des mondes chrétiens et musulmans médiévaux (Lyon ; 1977-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Laurence Moulinier |
| Examinateurs / Examinatrices : Laurence Moulinier, Isabelle Rosé, Alexis Wilkin, Charles West | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Isabelle Rosé, Alexis Wilkin | |
| DOI : | 10.70675/2a505d6fz6d02z4a8dzb543z4c3d623cb0fc |
Mots clés
Mots clés contrôlés
Résumé
De l’avènement des Carolingiens au début du XIIe siècle, la faim et les privations de nourriture, volontaires ou non, dans l’Occident chrétien révèlent les fragilités des économies ; elles sont l’objet de réflexions politiques ; elles sont au cœur de la vie religieuse via le jeûne ; la médecine fait à la fois de l’appétit un élément diagnostic et du jeûne un moyen thérapeutique. L’hypothèse de travail de cette thèse est que ces différents aspects de la faim doivent être compris comme un tout cohérent, qui témoigne de l’influence réciproque des conditions matérielles d’existence et des représentations culturelles liées aux pénuries. Cette thèse mobilise à la fois des analyses quantitatives et qualitatives. L’approche quantitative donne une vision des évolutions générales des usages des termes liés à la faim en fonction des différentes natures des sources. Elle prend la forme d’une étude lexicométrique à partir des Monumenta Germaniae Historica, de la Library of Latin Texts, de l'Aristoteles Latinus Database et de l’Archive of Celtic-Latin Literature. Elle débouche sur une analyse plus fine des dynamiques propres à chaque sous-corpus (textes législatifs, hagiographiques, sermons, sources narratives, sources normatives, etc.). L’approche qualitative mobilise principalement les documents écrits, avec le complément de sources iconographiques et archéologiques. Le premier temps de l’analyse porte surtout sur les textes exégétiques, médicaux et narratifs afin d’identifier les représentations et les valeurs attachées à la faim, au jeûne et aux famines. Il délimite les critères de légitimité ou de disqualification du désir alimentaire, considéré, selon les cas, comme une faim légitime ou comme une gourmandise peccamineuse. Dans un deuxième temps, le jeûne est étudié en tant que pratique sociale qui scande le temps des sociétés médiévales. Les réformes des calendriers et pratiques de jeûne sont mises en relation avec l’ambition manifestée par les pouvoirs, notamment impériaux et pontificaux, de fixer les normes de comportement. Dans un troisième temps, la définition des crises alimentaires conduit à distinguer les périodes où une faim ordinaire touche régulièrement les plus pauvres et la période considérée par les médiévaux comme une crise. Nous y défendons l’idée que la crise est avant tout définie par la subversion de l’ordre social, plus encore que par la surmortalité. Dans un quatrième temps, nous terminons donc par une analyse des modèles de comportement qui sont proposés aux différentes catégories de population dans les contextes de crise alimentaire ou de faim ordinaire. Nous y analysons à chaque fois les comportements promus et condamnés, qu’il s’agisse des pauvres, des élites laïques ou des ecclésiastiques. Une attention particulière est portée aux modèles épiscopaux. En interrogeant ces corpus très variés sous le prisme de la faim et de la privation alimentaire, la faim est constituée en objet historique à part entière, dans le cadre de l’Occident chrétien du Moyen Âge central. La thèse examine la façon dont ces phénomènes ont été perçus et conceptualisés dans ces sociétés où la nourriture est rare et où la pénurie n’est pas subie en permanence mais est toujours pensée comme une possibilité et un risque.