Mécanismes sociaux et cognitifs de l'émotion collective
| Auteur / Autrice : | Victor Chung |
| Direction : | Elisabeth Pacherie, Julie Grèzes |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Sciences cognitives, neurosciences, psychologie |
| Date : | Inscription en doctorat le Soutenance le 10/10/2024 |
| Etablissement(s) : | Université Paris sciences et lettres |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Lettres, Arts, Sciences humaines et sociales (Paris ; 2010-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Institut Jean-Nicod (Paris) (2002-....) |
| établissement opérateur d'inscription : École normale supérieure (Paris ; 1985-....) | |
| Jury : | Président / Présidente : Bernard Rimé |
| Examinateurs / Examinatrices : Elisabeth Pacherie, Ivana Konvalinka, Mikko Salmela, Julie Grèzes, Brian Parkinson, Guillaume Dezecache | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Ivana Konvalinka, Guillaume Dezecache |
Mots clés
Résumé
Il est courant de parler de lémotion dune famille, dune foule ou dune nation. Cependant, lidée que les émotions puissent être collectives semble paradoxale par rapport au consensus scientifique selon lequel une émotion est indissociable du corps et du ressenti dun individu. Les recherches en philosophie, sociologie, psychologie et neurosciences ont permis de dépasser cette contradiction apparente en définissant une émotion collective comme une structure ou une configuration démotions qui émerge des relations sociales et des interactions entre les individus. Néanmoins, les recherches contemporaines sur lémotion collective se caractérisent par une diversité dapproches dont les relations ne sont pas toujours clairement explicitées. Par ailleurs, les théories de lémotion collective restent insuffisamment informées par la recherche expérimentale. Pour résoudre ce problème, nous proposons un cadre conceptuel qui relie les théories de lémotion collective à la recherche empirique en sciences sociales et affectives. Nous mettons en évidence les caractéristiques principales de lémotion collective, ses mécanismes et ses fonctions potentiels, et nous suggérons des méthodes pour la recherche expérimentale dans ce domaine. Nous mettons ensuite ce cadre conceptuel en pratique à travers deux études qui ont impliqué un total de 212 participants répartis en groupe de deux personnes qui ne se connaissaient pas. Dans le cadre de ces études, nous avons manipulé expérimentalement les émotions des individus et leurs interactions, et nous avons mesuré leur ressenti, leur comportement et leurs réponses physiologiques (activité cardiaque, respiratoire et électrodermale, électromyographie faciale). Dans la première étude, nous avons examiné les relations entre le lien social et deux aspects de l'émotion collective, l'intensité et la similarité des émotions, tandis que les paires dindividus regardaient des vidéos destinées à susciter des émotions. Les résultats ont révélé que la force du lien social était fonction de l'attention conjointe et des changements physiologiques en réponse aux vidéos. En revanche, la convergence et la synchronisation des réponses émotionnelles au sein des paires nétait pas un prérequis de ce phénomène. Dans la seconde étude, nous avons étudié les effets de l'émotion collective sur la coordination entre individus au cours d'une action commune. Les résultats ont indiqué que ressentir des émotions négatives était lié à une meilleure coordination motrice des participants en fonction de leur rôle. Dans l'ensemble, nos résultats suggèrent que lémotion collective se distingue dautres phénomènes affectifs et qu'elle favorise la création de lien social ainsi que la coordination motrice, même lorsque ces personnes ne se connaissent pas et ne communiquent pas explicitement leurs émotions.