TransMet : traduction des métaphores, formation des traducteurs et apprentissage des langues : stratégies, compétences et usage de la traduction automatique

par Sarah Daniel

Projet de thèse en Sciences du langage Spécialité Didactique et Linguistique

Sous la direction de Caroline Rossi et de Maria Fernandez-parra.

Thèses en préparation à l'Université Grenoble Alpes en cotutelle avec l'Université de Swansea , dans le cadre de École doctorale langues, littératures et sciences humaines (Grenoble) , en partenariat avec Institut des Langues et des Cultures d'Europe, d'Amérique, d'Afrique, d'Asie et d'Australie (laboratoire) depuis le 01-10-2019 .


  • Résumé

    La théorie de la métaphore conceptuelle (Lakoff & Johnson, 1980) a fait passer notre conception des expressions métaphoriques d'un phénomène linguistique à un aperçu de des moyens que se donne la langue pour faciliter et influencer la compréhension. Néanmoins, la traductologie a continué à traiter les expressions métaphoriques comme une problème linguistique (Baker, 1992; Haywood, Thompson, & Hervey, 2009; Hervey & Higgins, 2002) et ce n'est que récemment que la métaphore conceptuelle y a été intégrée (Aldhahi, Fernández-Parra, & Davies, 2018; Maalej, 2008; Mandelblit, 1995; Schaffner, 2004). Les expressions métaphoriques renferment des informations culturelles (Hiraga, 1991; Maalej, 2008) dont la compréhension représente souvent un défi pour les étudiants de langues, les traducteurs en formation et la traduction automatique. Pour les étudiants de L2 et de traduction les métaphores sont difficiles car elle se comprennent souvent de manière holistique et ne sont pas décomposables en unités individuelles (mots ou expressions) qui permettraient de les comprendre (Jiang & Nekrovska, 2007). L'introduction des outils de traduction automatique neuronale a permis un gain qualitatif important (Poibeau, 2017), mais ils tendent à suivre le sens propre, qui est le plus fréquent dans les données d'apprentissage, au lieu du sens figuré, ce qui limite leur utilité pour la traduction des métaphores. Cette étude vise à identifier les types d'expressions métaphoriques qui existent dans les textes journalistiques portant sur un sujet fréquemment abordé et lié à l'expression du déplacement (l'immigration), et les stratégies utilisées par des traducteurs professionnels pour en rendre compte. Notre travail a pour point de départ une analyse des produits de traduction, en tant qu'elle pourra faciliter une interrogation plus ciblée des processus de traduction. Le choix des expressions comportant des verbes de mouvement se fonde à la fois sur le caractère fondamental et central de ces expressions au sein de la linguistique cognitive (qui en fait un bon point de départ pour l'expression non littérale) et sur la différence typologique avérée entre l'anglais, comme langue à satellites, le français et l'espagnol, comme langues à cadre verbal (Talmy, 2003), ce qui implique a minima une reformulation au moment de la traduction. En s'appuyant sur une comparaison entre traducteurs professionnels et étudiants en traduction, la question de savoir si, et en quoi la formation en traduction aide à développer la compétence en L2 sera abordée. Finalement la traduction automatique sera interrogée pour découvrir si ces outils aident ou gênent en la traduction des expressions métaphoriques. Pour répondre à ces questions ce travail s'ancre dans l'analyse de textes journalistiques sur l'immigration, traduits du français et de l'espagnol vers l'anglais. Le méthode MIP (Pragglejaz Group, 2007) sera utilisée pour identifier les expressions métaphoriques avec des verbes de mouvement et selon l'Hypothèse de la Traduction Cognitive (Mandelblit, 1995), ces expressions seront classées en fonction de leur niveau de comparabilité ou d'équivalence fonctionnelle avec la culture cible. Les traductions publiées seront interrogées pour identifier les stratégies utilisées par les traducteurs professionnels (Mandelblit, 1995; Newmark, 1981) en sachant que l'analyse des textes ne révèle pas le processus de traduction, mais simplement les décisions finales prises, et des échantillons des même textes seront ensuite traduits par des étudiants de traduction pour trouver une typologie des différences d'approche de ces expressions entres les professionnels et les étudiants. Trois tâches seront proposées à quatre groups : des étudiants de licence en langues, des étudiants de licence et de Master en traduction et des traducteurs professionnels. Chaque participant va faire des tâches de compréhension écrite, de traduction et de post-édition. L'interrogation des résultats de la tâche de compréhension écrite signaleront l'effet de la formation en traduction sur les compétences linguistiques et surtout sur la compréhension des expressions métaphoriques. Les deux groups appariés, les étudiants de licence en langues et en traduction permettront déduire si la formation en traduction améliore la compréhension écrite en L2. Pour explorer l'utilité de la TA dans la traduction des expressions métaphoriques, l'oculométrie et des entretiens proposés après la tâche (protocoles de verbalisation) montreront la perception des participants de la difficulté de la tâche et de l'utilité de l'outil, ainsi que les parties du texte sur lesquelles ils auront passé le plus de temps. Ces données permettront d'établir si les expressions métaphoriques ont pris plus de temps que le reste du texte, et le cas échéant, s'il existe une échelle de difficulté au sein des expressions proposées. Les traductions produites par les groupes différents ; étudiants en langues, étudiants de traduction et traducteurs professionnels, s'utiliseront pour identifier une typologie des différences d'approche de ces groupes. Les résultats signaleront des expressions métaphoriques qui représentent un défi pour les étudiants de langue et les traducteurs, défi dont les formateurs pourront s'inspirer pour l'élaboration de programmes de cours. En outre, si la formation en traduction a un effet important sur les compétences en langue seconde, cela remettra en jeu l'importance de la traduction dans des cours des langues (Carreres, 2006; Carreres, Muñoz-Calvo, & Noriega-Sánchez, 2017). Pour les formateurs en post-édition, les résultats délimiteront des types d'expression qui posent problème pour la TA neuronale. Enfin, le projet contribuera à l'élaboration d'une typologie des expressions métaphoriques du mouvement en traduction du français et de l'espagnol vers l'anglais, exploitable dans plusieurs champs de la traductologie appliquée.

  • Titre traduit

    TransMet: Metaphor translation, translator training and language learning: a mixed-method exploration of strategies, proficiency and interaction with machine translation


  • Résumé

    Lakoff and Johnson's cognitive approach to metaphor (1980) changed the understanding of metaphor from that of a simply linguistic phenomenon to an insight into the way language both facilitates and influences comprehension. However, Translation Studies was slow to adopt this new theory and textbooks continued to treat metaphor as simply a linguistic matter (Baker, 1992; Haywood, Thompson, & Hervey, 2009; Hervey & Higgins, 2002) and it is only recently that the cognitive approach has been integrated (Aldhahi, Fernández-Parra, & Davies, 2018; Maalej, 2008; Mandelblit, 1995; Schaffner, 2004). Metaphorical expressions contain cultural information (Hiraga, 1991; Maalej, 2008), which can often pose a challenge for second language students, trainee translators and machine translation (MT). For translation and second language students metaphors are difficult as they are understood holistically and cannot usually be understood by breaking them into individual words (Jiang & Nekrovska, 2007). The introduction of neural machine translation has caused a significant improvement in quality of MT output (Poibeau, 2017); however, machine translation engines tend to translate literal rather than figurative sense, which limits their usefulness when translating metaphors. This study aims to identify the types of metaphorical expression present in journalistic texts about immigration and the strategies professional translators have used to transfer these expressions. This examination of the translation product will give a starting point for a more targeted study of the translation process. Metaphorical expressions with motion verbs have been chosen for analysis given that they form one of the central components of cognitive linguistics and that the typological distinction between satellite-framed English and verb-framed French and Spanish (Talmy, 2003) means that these phrases are likely to require rewording in translation. A comparison of translation professionals with translation students will allow the extent to which translator training improves L2 proficiency to be explored. Finally, the question of whether machine translation engines help or hinder when translating metaphorical expressions will be considered. This study will centre on an analysis of journalistic texts about immigration which have been translated from French or Spanish to English. The Metaphor Identification Process (Pragglejaz Group, 2007) will be used to identify metaphorical expressions with motion verbs and Mandelblit's Cognitive Translation Hypothesis (1995) will be used to classify them according to how well the metaphor maps onto the target culture. The published translation will be examined to identify the strategies professional translators used in dealing with these expressions (Mandelblit, 1995; Newmark, 1981), whilst remaining aware that textual analysis can only give information about the final decisions taken and not about the translation process itself. These texts will also be translated using neural machine translation engines such as Systrans, DeepL and Matecat to collect data on how machine translation translates metaphorical expressions. Participants will be recruited from four groups; BA language students (language learners), BA and MA translation students (student or trainee translators) and professional translators. All participants will be asked to complete three tasks, reading comprehension, translation and post-editing of one of the collected texts. The results of the reading comprehension task will be examined to discover the effect of translator training on linguistic competence and particularly on understanding of metaphorical expressions in context. The results of the two matched groups, BA language students and BA translation students, will allow conclusions to be drawn about whether translator training can improve L2 reading comprehension. To investigate the interaction between machine translation and translators when dealing with metaphorical expressions, eye-tracking and keystroke logging will be used to determine the parts of the text participants spent the longest on while post-task interviews will be used to assess the perceived difficulty of the tasks and usefulness of the MT. This will establish whether the metaphorical expressions took longer than other parts of the text and, if so, whether there are different levels of difficulty among the expressions encountered. The translations produced by the language learners, translation students and professional translators will be used to develop a typology of the differences in approach between these groups. The study will highlight the metaphorical expressions that pose particular difficulty for language and translation students, which trainers and teachers could then use to respond to these needs when designing courses. Additionally, if translator training has a significant effect on second language competence this would support the argument for bringing translation back into the language classroom (Carreres, 2006; Carreres, Muñoz-Calvo, & Noriega-Sánchez, 2017). The results of the post-editing task will show the types of expression that cause the most difficulty for neural machine translation. Finally, the project will contribute to creating a typology of metaphorical expressions with motion verbs in translation from French and Spanish to English, which can be used in various fields of Translation Studies.