L'accès à l'éducation des personnes en situation de handicap au Sénégal : entre représentation collective et discrimination

par Abdourahmane Camara

Projet de thèse en Sciences de l'éducation et de la formation

Sous la direction de Jacques Mikulovic, Filippo Pirone et de Aly Tandian.


  • Résumé

    Dans certains pays en Afrique, la survenue du handicap a longtemps été accompagnée par des explications mystiques ou par des imaginaires sociaux. C'est pourquoi, certains faisaient l'objet de sacrifices humains car leur sang aurait des pouvoirs magiques. Certaines de ces pratiques demeurent toujours. Selon Fall B. (2018, p.2) « la chasse aux albinos », en Afrique centrale et de l'est, a pris un essor dans les années 90 avec des conséquences comme des meurtres rituels à des fins de sorcellerie. Au Sénégal, avec l'absence d'arguments scientifiques sur la présence du handicap, la société a diffusé des « clichés, des préjugés, des stéréotypes » qui ont eu des effets directs sur certains groupes d'individus conduisant à une exclusion sociale. Cette exclusion se traduit par : « une situation socio-économique dégradée, ainsi que par un accès restreint à l'éducation, à l'emploi et aux soins de santé… » (Fall B., id., p.1). Ce traitement inégalitaire se constate parfois sur le plan éducatif chez les personnes en situation de handicap, les privant de leur droit à l'éducation. La Direction de la Planification et de la Statistique du Sénégal, dans son enquête de 2006 sur la situation sociodémographique, a révélé que 77,8% des personnes handicapées ne disposaient d'aucun niveau d'instruction contre 61,8% des non handicapées. A cela s'ajoute sur le plan matériel, une absence de prise en compte des personnes en fauteuil roulant se traduisant par les constructions en hauteur, les marches d'escalier devant les classes et la non mise en place de passerelles dans les établissements scolaires. Pour ceux qui souffrent de troubles cognitifs, la rareté des établissements pouvant les accueillir et leur non accès à l'école ordinaire rendent l'application du principe d'éducabilité impossible pour eux. Pour les déficients visuels, il n'existe qu'une seule école capable de les accueillir au Sénégal. L'insuffisance de formation du personnel scolaire sur la prise en charge des enfants handicapés dans les écoles ordinaires et la sensibilisation des enfants sur l'acceptation de la différence demeurent un blocage pour l'éducation inclusive. Mais aussi, la volonté des parents de ces enfants pour l'accompagnement scolaire reste un élément fondamental, car peu sont motivés à les soutenir vers la réussite. Dans cette perspective, cette problématique est sociologique et éducative. Sur le plan sociologique, il sera nécessaire d'interroger la représentation faite sur l'image des personnes en situation de handicap à travers les croyances, les mythes et coutumes. Et sur le plan éducatif, il sera question d'étudier les efforts faits en faveur de l'éducation de ces personnes sur le coté institutionnel, matériel et pédagogique ainsi que leurs limites.

  • Titre traduit

    The Access to education for people with disabilities in Senegal: between collective representation and discrimination


  • Résumé

    In some countries in Africa, the onset of disability has been longtime accompanied by mystical explanations or by social imaginaries. This is why some were the subject of human sacrifice because their blood would contain magical powers. Some of these practices still exist. According to Fall B. (2018, p.2) "albino hunting", in Central and Eastern Africa, took off in the 1990s with consequences such as ritual killings for witchcraft purposes. In Senegal, with the absence of scientific arguments on the presence of disability, the society has disseminated "clichés, prejudices, stereotypes" that have had direct effects on certain groups of individuals leading to social exclusion. This exclusion results in: "a degraded socio-economic situation, as well as restricted access to education, employment and health care ..." (Fall B., id., P.1). This unequal treatment is sometimes found in the educational field of people with disabilities, depriving them of their right to education. The Directorate of Planning and Statistics of Senegal, in its 2006 survey on the socio-demographic situation, revealed that 77.8% of people with disabilities did not have any level of education compared to 61.8% of non-disabled people. In addition to this, there is a lack of consideration of people in wheelchairs, resulting in tall buildings, steps in front of the classrooms, and lack of bridges in schools. For those who suffer from cognitive disorders, the scarcity of institutions that can accommodate them and their lack of access to mainstream school makes the application of the principle of educability impossible for them. For the visually impaired, there is only one school able to accommodate them in Senegal. The lack of training of school staff on the care of children with disabilities in mainstream schools and the awareness of children about the acceptance of difference remain a barrier to inclusive education. But also, the willingness of parents of these children for school accompaniment remains a fundamental element, because few are motivated to support them to success. In this perspective, this problem is sociological and educational. On the sociological level, it will be necessary to question the representation made on the image of people with disabilities through beliefs, myths and customs. And on the educational level, it will be a question of studying the efforts made for the education of these people on the institutional, material and educational side as well as their limits.