Imaginer un quotidien : L'apport des collections de petit mobilier romain aux XVIIIe et XIXe siècles dans la connaissance de la Pompéi antique.

par Hélène Bédoire

Projet de thèse en Histoire de l'Art

Sous la direction de Manuel Royo.

Thèses en préparation à Tours , dans le cadre de Humanités et Langues - H&L , en partenariat avec Centre Tourangeau d'Histoire et étude des Sources (laboratoire) depuis le 23-09-2019 .


  • Résumé

    La recherche proposée a pour but d'étudier le petit mobilier romain à Pompéi, au travers du prisme des collectionneurs aux XVIIIe et XIXe siècles. L'étude de la réception, voire de la reproduction de ces objets (gravures, dessins, faux, etc.), souvent précieux, permettra d'apporter un autre éclairage sur notre connaissance de la Pompéi antique, en confrontant l'image traditionnellement transmise aux résultats des enquêtes actuelles. Aussi, les objets sélectionnés pour cette étude sont ceux dont l'intérêt des collectionneurs ne s'est jamais démenti : le petit mobilier en or, en argent, en bronze, l'instrumentum domesticum et les gemmes. Une étude des techniques employées pour réaliser des telles pièces, ainsi que de leur artisanat et de sa place dans l'économie antique est nécessaire pour appréhender leur réception. Exploiter ces deux axes de recherches permet donc de traiter aussi la réception et la diffusion de ce mobilier dans les collections du XVIIIe et du XIXe siècles. L'image de la Pompéi antique dont nous avons hérité à travers elles, doit être confrontée au dernier état de la recherche. Les résultats nous renseigneront autant sur l'histoire des représentations que sur le contexte d'usage de ces objets, dont on peut espérer qu'il sera plus finement défini que celui que lui assigne la tradition. Comme l'ont dit Annie-France Laurens et Krysztof Pomian : « Ceux qui se moquent de nos prédécesseurs oublient très souvent qu'il faut, pour créer un faux efficace, presque autant d'habileté, de compétence et de science, que pour le déceler ». Étudier les faux est aussi pertinent et nécessaire pour la recherche proposée. On s'appuiera, par exemple, sur la méthode suivie par Delphine Burlot dans 'Fabriquer l'antique, la contrefaçon des peintures murales au XVIIIe siècle'. Dans l'ouvrage, l'auteure propose d'interroger le faux et les « fables » qui l'entourent. De plus les faux ont permis aux amateurs d'antiques de s'approprier, en victimes consentantes, une « Antiquité rêvée ». Cette approche permettra d'appréhender les techniques de fabrication du petit mobilier romain par les faussaires, et de comparer les savoir-faire des deux époques, avec le recul des recherches actuelles sur l'artisanat antique. Mais aussi de comprendre comment le jeu de dupe qui s'installe aux XVIIIe et XIXe siècles participe à l'élaboration d'un quotidien antique fictif. Les sources mobiliseront des compétences d'historien/ne de l'art antique (les œuvres du Musée Archéologique National de Naples et d'autres collections publiques où se trouvent les œuvres) et d'historien/ne des archives (inventaires, catalogues, archives d'état de Naples et du musée, recueils/musées de papier). Il conduira donc à interroger les techniques artisanales et les transferts auxquels elles sont soumises, à approfondir l'origine géographique des matériaux, leur utilisation dans la vie romaine et la dimension économique qui prévalait à leur circulation, autant de questions qu'abordaient déjà les savants du XVIIIe et du XIXe siècles. Cette articulation entre Antiquité et réception aux époques moderne et contemporaine, inscrit la recherche dans l'axe Écritures et Relectures des Objets Historiques du CeTHiS. Les cités vésuviennes sont d'ailleurs l'objet de plusieurs travaux de l'équipe en ce sens. L'étude proposée sera d'autre part associé aux travaux du Centre Jean Bérard de Naples et pourra alimenter son programme scientifique sur l'histoire économique et technique de l'Italie antique. Le projet de thèse s'entend dans cet axe de recherche, puisqu'il permettra de mieux comprendre la place et les fonctions du petit mobilier.

  • Titre traduit

    Imagine a daily life: The contribution of the collections of small Roman furniture in the 18th and 19th centuries to the knowledge of ancient Pompeii.


  • Résumé

    This research aims to study small Roman furniture in Pompeii, through the prism of collectors, mostly Neapolitans, in the 18th and 19th centuries. The study of the reception, or even reproduction, of these objects (engravings, drawings, counterfeits, etc.), which are often precious, will shed new light on our knowledge of Ancient Pompeii, by comparing the image traditionally transmitted with the results of current investigations. Also, the objects selected for this study are those for whose collectors's interest has never been denied: small furniture in gold, silver, bronze, domesticum instrumentum and gems. A study of the techniques used to make such pieces, as well as their craftsmanship and its place in the ancient economy, is necessary to understand their reception. Exploiting these two axes of research therefore makes it possible to also deal with the reception and distribution of this furniture in the collections of the 18th and 19th centuries. The image of the ancient Pompeii that we have inherited through them must be confronted with the latest state of research. The results will provide us with information on the history of the representations as well as on the context of use of these objects, which we can hope will be more finely defined than the one assigned to it by tradition. As Annie-France Laurens and Krysztof Pomian have said: 'Those who make fun of our predecessors very often forget that it takes almost as much skill, competence and science to create an effective fake as it does to detect it'. Studying counterfeits is relevant and necessary for the proposed research. We will rely, for example, on the method followed by Delphine Burlot in 'Fabriquer l'antique, the counterfeiting of wall paintings in the 18th century'. In the book, the author proposes to question the false and the 'fables' that surround it. Moreover, forgeries have allowed antique lovers to appropriate, as consenting victims, a 'dreamed antiquity'. This approach will make possible to understand the techniques used by counterfeiters to manufacture small Roman furniture and to compare the know-how of the two periods with the current research on ancient craftsmanship. But also to understand how the dupe game that took place in the 18th and 19th centuries contributed to the development of a fictional ancient daily life. The sources will mobilize the skills of historian of ancient art (the works of the National Archaeological Museum of Naples and other public collections where the works are located) and historian of archives (inventories, catalogues, state archives of Naples and the museum, collections/museums of paper). It will therefore lead to questioning the artisanal techniques and the transfers to which they are subject, to deepen the geographical origin of the materials, their use in Roman life and the economic dimension that prevailed in their circulation, all questions that scholars of the 18th and 19th centuries were already discussing. This articulation between Antiquity and reception in modern and contemporary times, places research within the axis of Writings and Reviews of the Historical Objects of CeTHiS. The Vesuvians cities are the subject of several works by the team in this direction. The proposed study will also be associated with the work of the Centre Jean Bérard in Naples and will contribute to its scientific programme on the economic and technical history of ancient Italy. The thesis project is in line with this research axis, since it will provide a better understanding of the place and functions of small furniture.