Les hétéros ne vont pas bien'': analyse linguistique de discours queer qui résistent et subvertissent l'hétéronormativité sur les réseaux sociaux
| Auteur / Autrice : | Alice Cesbron |
| Direction : | Patricia Von munchow, Theresa Heyd |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Sciences du Langage (ED 660) |
| Date : | Inscription en doctorat le Soutenance le 10/03/2026 |
| Etablissement(s) : | Université Paris Cité |
| Ecole(s) doctorale(s) : | ED 660 Sciences du langage |
| Jury : | Examinateurs / Examinatrices : Agnès Celle, Michel Marcoccia, Katrin Horn, Crispin Thurlow, Axel Bohmann, Maria Candea, Patricia Von munchow, Theresa Heyd |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Axel Bohmann, Maria Candea |
Mots clés
Résumé
Bien que la critique de l'hétéronormativité et de l'hétérosexualité dans les espaces queers en ligne ne soit pas un phénomène nouveau (Cavalcante, 2019), on observe à partir de 2019 la formation de pratiques discursives en ligne dédiées à ce sujet, peut-être comme produit de la culture post-MeToo et du développement de contre-discours féministes et queers en ligne. Cette thèse, à l'intersection de l'analyse du discours, des études de genre et des humanités numériques, a pour objectif d'étudier comment certains de ces discours critiques de l'hétérosexualité et de l'hétéronormativité sur Twitter et Instagram remettent en question l'idéologie que celle-ci véhicule en matière de genre et de sexualité et subvertissent son caractère normatif, remettant ainsi en question une logique de domination. Ce travail s'appuie sur l'étude d'un corpus multilingue en anglais, français et allemand composé de deux sous-corpus provenant de Twitter et Instagram et collecté entre 2020 et 2021. Le sous-corpus de Twitter a été collecté à partir des syntagmes nominaux « the straights », « straight people » et « les hétéros ». Quant au sous-corpus d'Instagram, il provient de deux comptes d'humour heterocringe, une forme d'humour consistant à partager du contenu trouvé sur internet et perçu comme excessivement hétéronormatif de telle sorte qu'il suscite un sentiment de « cringe » chez les lecteurs. Les dimensions de résistance et de subversion discursive au centre de ce travail sont abordées dans une analyse qualitative aux prismes de plusieurs catégories discursives micro et macro telles que les marques de subjectivité, les dénominations des acteurs sociaux, les éléments de représentations visuelles, ainsi que le positionnement contre-discursif des discours analysés, le rôle de l'humour et les discours implicites. L'analyse révèle que la subversion de l'hétéronormativité s'opère d'une part à partir d'énoncés mettant en lumière et dénonçant les mécanismes participant à la reproduction et la domination de l'hétéronormative. D'autre part elle se réalise à travers la décentration et l'aliénation (othering) discursive et souvent performative des hétérosexuels en tant que catégorie sociale. Enfin, l'on observe également comment les pratiques analysées sont le fruit d'un objectif de résistance en partie énoncé et partagé par certains membres de la communauté LGBTQIA+ sur Twitter et Instagram, lui-même engendrant une riposte d'utilisateur·ices hétérosexuel·les. En étudiant les discours critiques de l'hétéronormativité et de l'hétérosexualité par des utilisateur·ices queers, cette recherche propose non seulement d'apporter une contribution à l'analyse de la réalisation discursive de certains processus de subversion par les dominé·es dans un contexte numérique mais propose également d'envisager les discours analysés comme pratique de résistance à part entière constituant une forme alternative d'activisme LQBTQIA+ en ligne.