Translocations de plantes : bilan des connaissances, expérimentation et optimisation

par Margaux Julien

Projet de thèse en Ecologie et Biodiversité

Sous la direction de Bertrand Schatz, Bruno Colas et de Gérard Filippi.

Thèses en préparation à Montpellier , dans le cadre de Biodiversité, Agriculture, Alimentation, Environnement, Terre, Eau , en partenariat avec CEFE - Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (laboratoire) depuis le 14-10-2019 .


  • Résumé

    Une translocation est un déplacement volontaire, réalisée par l'homme, d'organismes depuis des sites naturels ou ex situ vers d'autres sites naturels. Face à l'augmentation des pressions humaines sur les habitats naturels, les translocations dites ‘de conservation' (IUCN & SSC 2013) sont de plus en plus en fréquentes (revues dans Beck et al. 1994, Seddon et al. 2005, Godefroid et al. 2011; Corlett, 2016). Elles ont lieu soit par la simple volonté des naturalistes d'améliorer le statut de conservation des espèces menacées, soit, de plus en plus, en application de dispositions légales de protection de la nature dans le cadre d'aménagements (comme par exemple, en France, la séquence Eviter-Réduire-Compenser (ERC) (Regnery, 2017). Le recours à ce type d'opération est assez important pour les espèces végétales du fait de leur immobilité, de leurs préférences d'habitat plus ou moins fortes, et pour une majorité d'entre elles de leur double dépendance aux pollinisateurs et aux champignons symbiotiques (à des niveaux variables de spécialisation) (Montalvo et al. 1997 ; Godefroid et al. 2011). Or, encore aujourd'hui, les données issues des transplantations végétales dans un objectif de conservation sont rares et très peu standardisées malgré le nombre important d'opérations dans différents continents (Seddon et al. 2007; Godefroid et al. 2011 ; Dalrymple et al. 2012 ; Müller and Eriksson 2013; Ren et al. 2014 ; Corlett, 2016). Il s'ensuit que les facteurs de réussite de ces opérations, c'est-à-dire l'obtention d'une population viable après translocation, sont difficiles à analyser (Godefroid et al. 2011 ; Dalrymple et al. 2011). La viabilité d'une population correspond à une probabilité d'extinction suffisamment faible (par exemple inférieure à 5% sur 50 ou 100 ans) qui peut être estimée à partir d'un certain nombre de données démographiques post-translocation (Robert et al. 2015), ce qui suppose évidemment que les populations transloquées soient suivies. Cependant, quand la population s'éteint rapidement, l'échec est patent. Les cas de succès (ou proches d'un succès) sont peu nombreux (Colas et al., 2008, Godefroid et al. 2015), ceux aux résultats mitigés ou proches de l'échec sont les plus fréquemment reportés (Godefroid et al. 2011 ; Dalrymple et al. 2012) et les cas d'échec complets sont très peu publiés et certainement sous-estimés (Menges 2008 ; Godefroid et al. 2011 ; Dalrymple et al. 2012 ; Ren et al. 2014). La situation est similaire à l'échelle française ; les acteurs de ces translocations (bureaux d'études, associations, chercheurs, conservatoires botaniques nationaux, gestionnaires d'aires protégées …) sont loin de disposer de toutes les informations issues de retours d'expériences passées puisqu'elles sont très peu disponibles ; elles n'ont pas ou très peu fait l'objet de publications (surtout en cas d'échec) et la littérature grise à ce sujet est très dispersée (Godefroid et al. 2011 ; Piazza et al., 2011). Il est urgent de construire une base de données de ces opérations afin de gagner en savoir-faire (Godefroid & Vanderborght 2010 ; Piazza et al., 2011). Ce manque d'informations pénalise clairement l'efficacité opérationnelle de ces translocations et induit un manque de recul des organismes instructeurs (DREAL, DDTM…) et consultatifs (CNPN, CSRPN, conseils scientifiques divers…) pour juger de la pertinence et de l'efficacité des opérations de translocation, ce qui entrave la bonne conduite de la politique française de reconquête de la biodiversité (Regnery, 2017). L'objectif global de cette thèse est d'améliorer cette situation 1) en analysant des opérations passées dont l'échec ou la réussite est à définir (selon des critères à établir), 2) en contribuant significativement aux retours d'expériences, et 3) en expérimentant plusieurs modalités de ces protocoles de translocation sur la base de cas concrets de translocations menés par l'entreprise impliquée. Cette thèse s'organisera ainsi autour d'une partie plus fondamentale centrée sur la prise en compte de l'écologie des espèces dans le succès de ces opérations et l'expérimentation de différentes modalités de ces protocoles et d'autre part d'une partie opérationnelle concernant l'établissement et l'analyse de cette base de données de retours d'expériences, mais aussi de demandes actuelles d'opérations de translocation. L'objectif général est de fonder les bases scientifiques d'opérations de translocation, d'optimiser leur réussite opérationnelle (base de données européenne des retours d'expérience ; tests de différentes modalités de translocation) et potentiellement de statuer sur les probabilités de réussite faibles liées à certaines caractéristiques spécifiques d'histoire de vie.

  • Titre traduit

    Plant translocations: knowledge assessment, experimentation and optimization


  • Résumé

    A translocation is a voluntary, human-induced movement of organisms from natural or ex-situ sites to other natural sites. In response to increasing human pressures on natural habitats, so-called'conservation' translocations (IUCN & SSC 2013) are becoming more and more frequent (reviews in Beck et al. 1994, Seddon et al. 2005, Godefroid et al. 2011; Corlett, 2016). They take place either by the simple desire of naturalists to improve the conservation status of threatened species or, increasingly, by applying legal provisions for the protection of nature in the context of development (such as, for example, in France, the sequence Avoid-Reduce-Compensate (ERC) (Regnery, 2017). The use of this type of operation is quite important for plant species because of their immobility, their more or less strong habitat preferences, and for a majority of them their dual dependence on pollinators and symbiotic fungi (at varying levels of specialization) (Montalvo et al. 1997; Godefroid et al. 2011). However, even today, data from plant transplants for conservation purposes are rare and very little standardized despite the large number of operations in different continents (Seddon et al. 2007; Godefroid et al. 2011; Dalrymple et al. 2012; Müller and Eriksson 2013; Ren et al. 2014; Corlett, 2016). As a result, the success factors for these operations, i.e. obtaining a viable population after translocation, are difficult to analyse (Godefroid et al. 2011; Dalrymple et al. 2011). The viability of a population corresponds to a sufficiently low probability of extinction (e. g. less than 5% over 50 or 100 years) which can be estimated from a number of post-translocation demographic data (Robert et al. 2015), which obviously implies that translocated populations are monitored. However, when the population dies quickly, the failure is obvious. Success cases (or close to success) are few (Colas et al., 2008, Godefroid et al. 2015), those with mixed results or close to failure are most frequently reported (Godefroid et al. 2011; Dalrymple et al. 2012) and complete failure cases are very poorly published and certainly underestimated (Menges 2008 ; Godefroid et al. 2011 ; Dalrymple et al. 2012 ; Ren. 2014). The situation is similar on a French scale; the actors involved in these translocations (design offices, associations, researchers, national botanical conservatories, protected area managers, etc.) are far from having all the information from past experience since it is very scarcely available; it has not been published (especially in the event of failure) and the grey literature on this subject is very dispersed (Godefroid et al. 2011; Piazza et al. 2011). There is an urgent need to build a database of these operations in order to gain expertise (Godefroid & Vanderborght 2010; Piazza et al., 2011). This lack of information clearly penalizes the operational effectiveness of these translocations and leads to a lack of objectivity on the part of the instructing (DREAL, DDTM...) and advisory (CNPN, CSRPN, various scientific councils...) bodies to judge the relevance and effectiveness of translocation operations, which hinders the proper conduct of France's biodiversity recovery policy (Regnery, 2017). The overall objective of this thesis is to improve this situation by 1) analysing past operations whose failure or success is to be defined (according to criteria to be established), 2) contributing significantly to feedback, and 3) experimenting with several modalities of these translocation protocols on the basis of concrete cases of translocations conducted by the company involved. This thesis will thus be organised around a more fundamental part centred on taking into account the ecology of species in the success of these operations and testing different modalities of these protocols and on the other hand an operational part concerning the establishment and analysis of this database of experience feedback, but also current requests for translocation operations. The general objective is to establish the scientific basis for translocation operations, to optimise their operational success (European database of feedback; tests of different translocation modalities) and potentially to decide on the low probability of success related to specific life history characteristics.