Thèse en cours

Les fonds dits vautours : analyse juridique des stratégies sur dette en souffrance

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Auteur / Autrice : Laila Boujida
Direction : François Pasqualini
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Droit
Date : Inscription en doctorat le 30/09/2019
Etablissement(s) : Université Paris sciences et lettres
Ecole(s) doctorale(s) : SDOSE Sciences de la Décision, des Organisations, de la Société et de l'Echange
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Centre de recherche Droit Dauphine
établissement opérateur d'inscription : UNIVERSITE PARIS DAUPHINE - PSL

Résumé

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Les fonds vautours désignent une catégorie particulière de fonds d'investissement qui spéculent sur les dettes en souffrance, qu'elles soient souveraines ou privées. En tant que créanciers secondaires, ils acquièrent des dettes à prix décoté pour ensuite en exiger le remboursement intégral majoré d'intérêts, de pénalités et de frais judiciaire. Ce mode opératoire, à la croisée des logiques financières et contentieuses, génère des profits considérables mais soulève des difficultés juridiques et institutionnelles majeures. Dans le contexte souverain, des affaires contentieuses emblématiques au Pérou, au Nicaragua, en République Démocratique du Congo, en Grèce et en Argentine illustrent l'ampleur de ces pratiques et des gains réalisés. L'exemple de l'affaire NML Capital c. Argentina est particulièrement révélateur : une créance d'une valeur de 177 millions de dollars, acquise à prix décoté a donné lieu à un remboursement de 2 milliards quatre cent millions de dollars devant les juridictions américaines. Ces litiges mettent en lumière des enjeux centraux : l'immunité souveraine, la validité des cessions de créances, l'interprétation des clauses pari passu, etc. Ils révèlent également l'absence d'un mécanisme international de traitement coordonné de l'insolvabilité des États, ce qui offre aux fonds vautours un terrain privilégié. Dans le domaine privé, les fonds vautours prennent la forme de fonds spécialisés dans le distresed investing, actifs dans les restructurations . Ils exploitent les asymétries d'information, les incohérences entre droit des sociétés et droit financier pour accroître leur levier stratégique. Ils pratiquent des rachats ciblés. A cette fin, ils procèdent à des rachats ciblés, recherchant notamment la fulcrum security qui permettra de convertir leur créances en capital, afin de parfois prendre le contrôle de l'entreprise pour influencer sur sa restructuration ou la démanteler. Leur stratégies s'articule ainsi entre logique créancière et logique capitaliste. Face à ces pratiques, plusieurs législations nationales (ex. Royaume-Uni, Belgique, France) ont tenté de limiter l'action des fonds vautours spéculant sur dettes souveraines, mais sans qu'émerge une approche internationale cohérente. En matière de dettes souveraines, l'absence d'un régime global de traitement de l'insolvabilité des États et la fragmentation des règles applicables aux entreprises maintiennent un terrain propice au déploiement du modus operandi vautour. S'agissant des dettes privées, si le droit des entreprises en difficulté encadre la gestion des difficultés financières, fonds vautours parviennent parfois à en contourner les mécanismes. La présente thèse poursuit trois objectifs principaux : -clarifier la notion de fonds vautours en distinguant les dimensions souveraines et commerciales et en mettant en évidence leurs convergences et divergences, tout en identifiant les proximités avec d'autres acteurs financiers opportunistes ; -analyser les instruments juridiques existants : qu'il s'agisse de clauses contractuelles (pari passu, CACs), de mécanismes de droit civil ou de droit des affaires et évaluer leur efficacité face aux stratégies holdout et procédurières ; et enfin -proposer des outils contractuels et des voies de régulation ou de réglementation innovantes, visant à encadrer l'action des fonds vautours en tenant compte des spécificités des systèmes de common law et de civil law. En définitive, l'étude des fonds vautours met en lumière une tension fondamentale entre la logique de rendement financier et les impératifs de justice économique et sociale. Elle invite à repenser, dans une perspective comparative et normative, les instruments du droit international, du droit financier, du droit des sociétés et du droit des procédures collectives.