Evolution des perceptions et trajectoire de gestion en faveur de la protection des services écosystémiques liés aux lagunes

par Feriel Adjeroud

Projet de thèse en Sciences Économiques

Sous la direction de Hélène Rey-Valette et de Thierry Blayac.

Thèses en préparation à Montpellier , dans le cadre de École doctorale Economie Gestion de Montpellier , en partenariat avec CEE-M - CENTRE D'ÉCONOMIE DE L'ENVIRONNEMENT (laboratoire) depuis le 30-09-2019 .


  • Résumé

    La notion de services écosystémiques constitue un axe central des recherches sur les politiques publiques en faveur de la protection de la biodiversité et de l'adaptation des écosystèmes au changement climatique (De Witt et al., 2017). Longtemps axée sur l'évaluation économique, les approches tendent à se diversifier en associant des enquêtes de perception et des évaluations multicritères (Blayac et al., 2014), et en croisant les protocoles d'enquête classiques avec des approches collectives en focus group (Spash, 2007 ; Hattam et al., 2015 ; Rey-Valette et al., 2017). Critiqué pour son caractère anthropocentré (Maris 2018) et statique, ce référentiel des services écosystémiques fait l'objet de débats sur la prise en compte des perceptions et des savoirs locaux (Jacobs et al., 2017), notamment l'impact des relations à la nature et le rôle de l'attachement au lieu (Lewika, 2011). Les réflexions s'orientent vers le concept de « nature's contributions to people » et soulignent le rôle du contexte culturel (Díaz et al., 2015). Ce travail de thèse sera l'occasion d'étudier les conditions d'un changement de valeurs par rapport à « la nature », c'est-à-dire les motivations, valeurs et facteurs qui donnent de la légitimité aux mesures de conservation des écosystèmes (Braat 2018). Cette réflexion permettra de saisir les motivations des valeurs de non usage et de revoir leurs interactions avec la notion de valeur intrinsèque des écosystèmes. Cette prise en compte des liens et de l'attachement à la nature permettra aussi d'étudier leur impact sur le bien-être en lien avec la notion de bien être territorial (OCDE, 2014 ; Laurent, 2013), rendant compte du rôle du cadre de vie sur le bien-être (Rey-Valette et al., 2018). L'accent sera mis sur l'évolution de la conception de la qualité de vie en fonction des gradients de solidarité vis-à-vis la nature et de l'apport perçu des services écosystémiques au bien être des individus. Enfin, en transposant des travaux sur les risques liés au changement climatique (Clément et al., 2015), les hiérarchies des perceptions seront confrontées aux critères de justice associés aux politiques de conservation en faisant j'hypothèse qu'ils conditionnent fortement l'acceptabilité de ces politiques. Nous testerons principalement quatre principes, à savoir : i) l'utilitarisme et l'efficience (Harsanyi, 1955), ii) le libertarisme (Nozick, 1974) centré sur les droits de propriété, iii) la prise en compte des situations des plus défavorisé (Rawls, 1971) iv) les responsabilités individuelles (Dworkin, 1981). Ces réflexions visent à contribuer aux recherches sur les modalités d'adaptation au changement climatique. Celle-ci mettent en effet l'accent sur l'importance des changement sociaux et sociétaux relatifs à l'évolution des valeurs, des institutions et des comportements (Wize et al., 2014). La revue des politiques d'adaptation effectuée par Dupuis et Biesbroek (2013) propose une typologie en fonction des degrés d'intentionnalité et de la durabilité des mesures mises en œuvre. Parallèlement l'accent est mis sur la nécessité d'une approche dynamique en termes de trajectoires et de décision séquentielle (ref) structurée autour de points de bifurcations (Haasnoot et al., 2013 ; Lawrence et al., 2018). Ces évolutions impliquent un renouvellement de l'ingénierie publique au profit d'une flexibilité organisée face aux incertitudes. Ces réflexions justifient l'orientation du travail de thèse en faveur d'une approche dynamique. L'analyse historique des trajectoires historiques de gestion de l'écosystème lagunaire de Thau permettra de mettre en relation l'évolution des enjeux et des perceptions de la lagune en fonction de l'évolution des activités et des modes de gouvernance locaux, mais aussi plus généralement des perceptions, référentiels et doctrines de régulation à différentes échelles. Il s'agit de montrer en quoi l'évolution des modes de régulation du territoire relève d'un construit social associant différentes approches et représentations de la lagune comme un bien commun et des principes de justice qui fonde la légitimité de ces régulations. Cette analyse rétrospective conjointe des états écologiques, des usages et des institutions de gestion conduira à caractériser un processus dynamique de construction de normes et de perceptions par les sociétés locales. L'hypothèse qui est faite est que la compréhension passée des dynamiques permettra d'une part d'identifier les facteurs d'inerties liés à l'histoire (phénomène path dependancy) et d'autre part les besoins de modularité des mesures de transition et d'adaptation de façon à proposer des processus d'apprentissages et des modalités de design des politiques de conservation de la biodiversité en termes de trajectoire d'adaptation.

  • Titre traduit

    EVOLUTION OF PERCEPTIONS AND DEVELOPMENT OF MANAGEMENT TO PROTECT LAGOON ECOSYSTEM SERVICES


  • Résumé

    The notion of ecosystem services is central to research on public policy for biodiversity protection and ecosystem adaptation to climate change. The approach that for a long time focused on economic evaluation has tended to diversify by including perception surveys and multi-criteria evaluations, and by linking classic survey protocols with focus-group-based collective methods (Spash, 2007; Hattam et al., 2015; Rey-Valette et al., 2017). The ecosystem service approach has been criticised for its anthropocentric and static nature and much discussion now concerns the integration of local perceptions and knowledge (Maris 2018; Diaz et al., 2015), in particular concerning the impact of the relationship with nature and the role of geographical attachment (Lewika, 2011; Bernardo 2013; De Dominicis et al., 2015). Current thinking is shifting towards the concept of “nature's contribution to people” and stresses the role of the cultural context (Diaz et al., 2015). The main feature is to study the conditions for a change in values towards “nature”, i.e. the motivations, values and factors which legitimise ecosystem conservation measures (Braat 2018). This reflection on values will enable an understanding of the motivations underlying non-use values and their interactions with the notion of the intrinsic value of ecosystems, which is currently being discussed in the context of approaches based on pragmatic ethics. Taking into account relationships with and attachment to nature also leads to the study of their impact on welfare, linking to the idea of territorial wellbeing (OECD, 2014; Laurent, 2013), which relates to the effect of living conditions on welfare (Rey-Valette et al., 2018). Hence, the focus will be put on the evolution of the concept of the quality of life, investigating the conditions for a consensus on the level of solidarity with nature and the perceived contribution of ecosystem services to people's well-being. Finally, by transposing studies on climate change risks (Clément et al., 2015), perception hierarchies will be set against the justice criteria underlying conservation policies, the hypothesis being that they play a significant role in their acceptability. The following four principles will be tested: (i) utilitarianism which stresses efficiency (Harsanyi, 1955), ii) libertarianism (Nozick, 1974) centred on property rights, iii) the Rawlsian approach (1971) focussing on the least-advantaged, and finally, iv) individual responsibility advocated by Dworkin (1981). The ultimate aim of this discussion is to contribute to research on the modalities for climate change adaptation. These modalities stress the importance of social and societal changes relative to the evolution in values, institutions and behaviour (Wize et al., 2014). The review of adaptation policies undertaken by Dupuis and Biesbroek (2013) proposes a typology of decision modalities related to the degree of intentionality and the substantiality of implementation measures. At the same time, work on climate change adaptation puts increasing emphasis on the need for a dynamic approach in terms of trajectories and sequential decisions structured around bifurcation points (Haasnoot et al., 2013; Lawrence et al., 2018; Ramm et al., 2018). Such changes require a re-think in municipal engineering moving towards organised flexibility in the face of uncertainty. The analysis of historical developments enables the stakes and perceptions of the lagoon to be addressed as a function of the evolution of both the activities and the local governance systems and more generally of the analyses and doctrines underpinning regulation at different scales. The analysis will consider how the development of the regulatory systems in an area come from a social construct linking different approaches to and representations of the lagoon as a commons and from the justice principles that legitimise the regulations. This retrospective analysis bringing together ecological states, uses and management institutions will enable a characterisation of the dynamic processes through which norms and perceptions are built in local communities.