Interactions humains-éléphants en zone d'interface agriculture-forêt : étude de la zone de Sebitoli, au nord du parc national de Kibale, en Ouganda

par Julie Bonnald (Baer)

Thèse de doctorat en Eco-éthologie et biologie de la conservation

Sous la direction de Sabrina Krief et de Nicolas Métro.


  • Résumé

    Le conflit humains-faune sauvage est très fréquent en Afrique, et est amené à s’intensifier du fait de l’expansion de l’agriculture, et de la réduction et la fragmentation de l’habitat. Les pertes liées à la consommation ou dégradation des cultures créent de l’insécurité alimentaire, ce qui accroit la pauvreté et entrave le soutien local aux efforts de conservation. Les éléphants sont souvent considérés comme les animaux responsables de la majorité des conflits. S’appuyant sur une approche pluridisciplinaire associant génétique, morphologie, sciences sociales, et eco-éthologie, notre étude vise (1) à mieux caractériser les acteurs et les interactions dans une zone située à la lisière d’une aire protégée, où vivent les deux espèces d’éléphants, et où le conflit est exacerbé par la proximité des cultures humaines et de l’habitat des éléphants ; et (2) à proposer des mesures efficaces et non violentes adaptées au contexte local. Les perspectives sont de soumettre des recommandations pour la gestion du conflit humain-faune sauvage, afin de contribuer à une meilleure protection des champs et par conséquent à l’amélioration des conditions de vie des communautés locales, ainsi qu’à la réduction des pressions de braconnage sur la faune sauvage du parc. Nous avons tout d’abord montré que les deux espèces d’éléphants d’Afrique ainsi que des individus hybrides sont présents dans la zone de Sebitoli, au nord du parc national de Kibale en Ouganda. L’étude de leur comportement en forêt et lors des incursions dans les champs montre qu’ils vivent en groupes mixtes ne permettant pas de caractériser des incursions typiques d’éléphants de forêt et d’autres typiques des éléphants de savane. Plutôt que d’adapter les recommandations de mesures de protection des cultures contre les incursions selon les espèces d’éléphants, il apparait indispensable que les mesures soient adaptées au contexte géographique, foncier, économique et social de chaque village, en tenant compte du comportement nocturne des éléphants mais aussi des autres espèces participant au conflit entre humains et faune sauvage, notamment des espèces menacées et protégées comme les chimpanzés. La diminution des interactions négatives entre humains et faune sauvage est indispensable à une cohabitation pacifique. Cela nécessite de comprendre les besoins de chaque parti et repose sur un équilibre entre développement humain et conservation de la biodiversité.

  • Titre traduit

    Human-elephant interactions in the agriculture-forest interface : study of the Sebitoli area, north of Kibale National Park, Uganda


  • Résumé

    Human-wildlife conflict is widespread in Africa, and is expected to intensify due to the expansion of agriculture, and the reduction and fragmentation of habitat. Crop losses due to destruction by elephants create food insecurity, which increases poverty and hinders local support for conservation efforts. Elephants are often identified as the main responsible animals of crop losses. Using a multidisciplinary approach combining genetics, morphology, social sciences and eco-ethology, our study aims to (1) better characterize the actors and interactions at the edge of a protected area, where both species of elephants live, and where conflict is exacerbated by the proximity of human farming and elephant habitat; and (2) suggest effective, non-violent measures adapted to the local context. The perspectives are to submit recommendations for the management of human-wildlife conflict, in order to contribute to better protection of the fields, leading to the improvement of the living conditions of local communities, as well as the reduction of poaching pressure on the wildlife living in the park. We first showed that both African elephant species and hybrids are present in the Sebitoli area, in the North of the Kibale National Park, in Uganda. Studies of their behavior in the forest and during crop feeding episodes show that they live in mixed groups, and thus do not appear to exhibit crop feeding pattern that would be typical of forest or savannah elephants. Instead of adapting recommendations for crop protection measures according to elephant species, it seems essential that measures be adjusted to the geographical, land use, economic and social context of each village, considering the nocturnal behavior of elephants, as well as other species involved in human-wildlife conflict, including threatened and protected species such as chimpanzees.