Le silure glane (Silurus glanis) dans les grands lacs périalpins : écologie trophique et impacts sur les espèces résidentes
| Auteur / Autrice : | Chloé Vagnon |
| Direction : | Jean Guillard |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Biodiversité, écologie, environnement |
| Date : | Inscription en doctorat le Soutenance le 08/12/2021 |
| Etablissement(s) : | Chambéry |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Sciences Ingénierie Environnement |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : CARRTEL - Centre Alpin de Recherche sur les réseaux Trophiques et les Ecosystèmes Limniques |
| Jury : | Président / Présidente : Hervé Capra |
| Examinateurs / Examinatrices : M. Jake Vander zanden, Julien Cucherousset, Catherine Boisneau, Eric Edeline, Jean Guillard, Victor Frossard, Franck Cattaneo | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : M. Jake Vander zanden, Julien Cucherousset |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
Les espèces invasives représentent une menace pour la biodiversité et les écosystèmes à travers le monde. Ainsi, l'étude de leur écologie et de leurs impacts dans les milieux envahis représente un des défis majeurs du XXIème siècle, particulièrement dans un contexte de changement global accélérant l'introduction d'espèces hors de leur aire de répartition native. Le silure glane (Silurus glanis), plus grand poisson dulcicole en Europe, est un brillant exemple d'espèce introduite à dispersion rapide. Il est originaire d'Asie et d'Europe de l'Est mais son aire de répartition s'est étendue à toute l'Europe de l'Ouest en quelques décennies. Sa grande plasticité physiologique, trophique et comportementale représente un atout majeur pour son établissement au sein d'écosystèmes variés. Depuis une dizaine d'années, la colonisation du silure dans les grands lacs périalpins (Lac du Bourget et Léman) inquiète quant à son impact au sein de ces milieux. J'ai donc étudié le silure et les potentielles modifications qu'il pourrait engendrer dans les lacs périalpins à travers ce travail de thèse s'incluant dans le programme de recherche SILAC financé par la région Auvergne-Rhône-Alpes. L'impact d'une espèce invasive se mesure fréquemment à travers les modifications d'abondance des espèces résidentes, résultant surtout de perturbations des interactions interspécifiques. Dans ce contexte, ma recherche s'est d'abord portée sur l'étude du régime alimentaire du silure dans les lacs périalpins et a mis en évidence une forte prédation sur des proies littorales (ex : écrevisses américaines) mais également sur des ressources provenant d'habitats benthique profond (ex : lotte) et pélagique (ex : lavaret), caractéristiques de ces lacs. Par la suite, les potentiels impacts du silure ont été étudié à différents niveaux d'intégration. Un modèle de niche allométrique (aNM) a d'abord été élaboré pour reconstituer les interactions trophiques en milieu aquatique. Il a ensuite permis d'inférer des interactions pour plusieurs tailles de silure, en tant que prédateur et proie pour les espèces résidentes, permettant de souligner sa position apicale rapidement atteinte dans le réseau trophique. De plus, la considération d'une autre espèce exotique dans les lacs a souligné les potentiels impacts multiplicatifs des deux espèces à l'échelle du réseau entier. L'aNM a par la suite été couplé à un modèle de dynamique de population pour évaluer les répercussions de la présence de silures de différentes tailles sur les abondances des populations résidentes. Cette étude a permis de souligner des diminutions d'abondances causées par prédation directe des silures et une succession d'effets positifs et négatifs sur les abondances, caractéristiques de cascades trophiques « top-down ». Pour finir, une étude spécifique de la vulnérabilité du lavaret (Salmonidae à fort intérêt économique) a permis de souligner un risque de prédation plus accru pour les stades de vie 0+ que pour les adultes, dû à leur taille consommable par la majorité des silures et à un fort chevauchement des profondeurs exploitées par les deux espèces, de la fin du printemps jusqu'à la fin de l'été, période correspondant à une forte demande énergétique des silures. Ce travail de recherche réalisé sur des données récoltées sur une période de colonisation récente (< 10 ans) constitue un référentiel pour de futures études de l'évolution des populations de silures et de leurs impacts à long terme dans les lacs périalpins.