Thèse en cours

Le peuple comme sujet politique : analyse critique de la notion de populisme entre l'Europe et l'Amérique latine

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Auteur / Autrice : Felipe Linden
Direction : Frédéric BrahamiJean-Claude Monod
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Études politiques
Date : Inscription en doctorat le 15/11/2017
Etablissement(s) : Paris, EHESS
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales

Résumé

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Il est désormais établi que le concept de « populisme » est difficile à définir et se prête à des usages polémiques. C’est pourquoi nous employons ce terme toujours entre guillemets. En effet, le « populisme », en tant que catégorie analytique dans les sciences sociales, se caractérise depuis ses débuts par une équivoque que nous ne sommes pas parvenus jusqu’ici à dépasser. Ainsi, au lieu d’essayer de résoudre l’impasse épistémologique qui entoure la notion de « populisme », ou de procéder à une comparaison normative avec la démocratie pour saisir sa définition, cette recherche vise à démontrer comment le concept de « populisme » nous invite à réorienter notre regard politique au XXIe siècle. Plus précisément, j’entends prendre la mesure de la réflexion que la notion de « populisme » impose sur la notion de « peuple » comme sujet politique. Celle-ci revient à l’avant-scène de la théorie politique, au moment même où elle semblait tomber en désuétude ou se voir rejeter.
Pour ce faire, nous allons d’abord passer en revue la construction théorique du concept de « populisme », de même que ses apories, avec une attention spécifique accordée à l'Amérique latine. Outre l’importance politique des phénomènes ainsi désignés sur le continent, c’est surtout là que les premières tentatives de donner une définition scientifique ont vu le jour depuis les années 1960, à travers les travaux de G. Germani et T. Di Tella en Argentine et de F. Weffort et O. Ianni au Brésil. Autrement dit, on y trouve la matrice de nos débats actuels sur le « populisme », même si cet arrière-fond est méconnu. C’est le cas en Europe occidentale notamment, où la notion a gagné une importance qu’il n’avait jamais eu auparavant, afin de désigner – à tort et à travers – les nouveaux phénomènes politiques qui ont vu le jour depuis les années 1980. Face à la réduction de la notion depuis quelques décennies à la montée des partis et mouvements de la droite radicale, ce que nous pouvons appeler l’« occidentalocentrisme » dans les populism studies, nous avons l’intention de « décoloniser » la notion. Nous mettrons en évidence l’importance des travaux des pères concepteurs du « populisme » et le contexte politique latino-américain dans lequel ils ont été formulés. Ensuite, l’analyse critique des thèses du philosophe argentin Ernesto Laclau, tributaire malgré lui de cette tradition intellectuelle, est privilégiée en raison de sa perspective originale avec laquelle il aborde le sujet dans le contexte européen, ainsi que de son influence sur certains mouvements politiques récents, comme Podemos en Espagne ou la France Insoumise, manifestation de ce qui Chantal Mouffe appelle le « populisme de gauche ». Cette étude sur le « populisme » – les impasses conceptuelles, son histoire et les enjeux théorico-politiques qui l’accompagnent – prendra la forme d’un voyage aller-retour Europe-Amérique latine et sera croisée d’une enquête sur le statut du « peuple » dans la théorie politique contemporaine. Finalement, l’actualité politique, fortement marquée par la « vague » ou le « moment » populiste, sera donc analysée à travers le prisme de notre enquête théorique et conceptuelle sur le binôme peuple et populisme.