Nature et corrélats neuraux des processus en jeu dans l'approche duelle de la cognition sociale

par Nassim Elimari

Projet de thèse en Psychologie et ergonomie

Sous la direction de Gilles Lafargue.

Thèses en préparation à Reims , dans le cadre de Ecole doctorale Sciences de l'homme et de la société (Reims, Marne) , en partenariat avec (C2S) - Laboratoire de psychologie Cognition Santé Socialisation (laboratoire) depuis le 01-12-2017 .


  • Résumé

    L'approche dite duelle de la cognition suggère qu'une capacité cognitive donnée (e.g. le raisonnement, la formation d'attitudes négatives ou positives à l'égard d'une personne ou d'un produit de consommation) est sous-tendue en parallèle par deux systèmes indépendants de traitement de l'information. Le premier système, le système 1, est rapide, automatique et ne peut bénéficier d'un contrôle conscient. Par exemple, lorsqu'on perçoit la douleur d'autrui - dans des conditions non pathologiques -, l'insula antérieure et le cortex cingulaire antérieur s'activent automatiquement, ce qui est également le cas lorsqu'on éprouve soi-même une douleur. Le second système, plus récent phylogénétiquement, appelé système 2, est plus lent et contrôlable ; il demande un effort mental conscient. Dans cette perspective, une personne peut, en fonction du système recruté, engendrer deux attitudes ou raisonnements distincts à partir des mêmes stimuli ou informations. Si cette approche prospère depuis plus de 40 ans dans certains domaines de recherche en sciences humaines (e.g. raisonnement, prise de décision, économie comportementale), allant jusqu'à permettre à Daniel Kahneman d'obtenir le prix Nobel d'économie en 2002, elle a commencé à se développer depuis peu dans le domaine de la cognition sociale (Happé, Cook & Bird, 2017). Elle souffre aujourd'hui principalement de deux critiques. Elle est perçue comme trop vague, renvoyant à une vue de l'esprit plutôt qu'à une définition précise des processus à l'œuvre (e.g. Keren & Schul, 2009) ; de plus, bien qu'il soit pratique de catégoriser les théories duelles de chaque domaine (e.g. prise de décision, raisonnement, morale) comme une seule approche, il est évident que différents domaines impliquent différents mécanismes cérébraux. Ainsi, même si un lien épistémologique entre les différentes approches duelles existe, un modèle duel du raisonnement doit différer d'un modèle duel de la cognition sociale quant aux processus cognitifs et structures neuronales impliqués (Evans & Stanovich, 2013). Si les systèmes 1 et 2 ont été largement étudiés en psychologie expérimentale, très peu de travaux portent sur leurs corrélats neuraux. Le but de ce projet de recherche doctorale est de confirmer la pertinence de l'approche duelle de la cognition sociale en étudiant les corrélats neuraux des processus en jeu grâce à des techniques d'exploration cérébrale (e.g. électroencéphalographie, imagerie par résonance magnétique fonctionnelle). Il s'agira de mettre en évidence l'activation parallèle de deux systèmes de traitement entrant en compétition l'un avec l'autre (les systèmes 1 et 2), lors de la reconnaissance et la compréhension des émotions et états mentaux d'autrui et lors de la formation d'attitude à l'égard des autres. Pour ce faire, nous tenterons d'identifier l'émergence de réponses cérébrales classiques d'un conflit entre deux réponses paradoxales (e.g. onde d'erreur, activation du cortex cingulaire antérieur) dans un cadre expérimental précis, à l'aide de deux paradigmes : le conditionnement évaluatif, et l'apprentissage vicariant émotionnel ou cognitif . Nous prolongerons nos travaux en explorant deux axes : l'un clinique, portant sur la pertinence de l'approche duelle en tant que grille d'analyse des processus cognitifs pathologiques (e.g. dysthymies des patients borderlines ou orthorexiques, déficits cognitifs et sociaux des patients schizophrènes) ; l'autre théorique, s'inscrivant dans une conception évolutionniste de la psychologie, afin d'explorer la nature fonctionnelle des systèmes 1 et 2. Dans le cadre du second axe, nous considèrerons l'hypothèse d'un système 1 multiple, composé de modules domain-specific (i.e. adaptés à un problème type) issus de l'histoire évolutive, et ce via la neuroimagerie (étude des réseaux) et la méthode des dissociations neuropsychologiques (i.e. identification des substrats neuraux par l'étude de patients cérébrolésés).

  • Titre traduit

    Nature and neural correlates of dual processes implicated in social cognition


  • Résumé

    Dual process theories refers to the fact that cognitive processes (e.g. attitude learning) can arise via two different ways, each one featuring a specific processing level, underpinned by two systems called system 1 and system 2. If dual process theories have been thriving for 40 years in some fields of research such as reasoning or decision making, they are now on the rise in social cognition. This theoritical approach remains however disputed in some lines of research like attitude learning, if not ignored in lines of research dealing with empathy and theory of mind. Here, we focus on the neural correlates of processes relevant to the dual approach of social cognition through cerebral exploration technics (e.g. electroencephalography, magnetic resonance imaging), thus confirming its validity. The conceptualization of this theoritical approach was originally based on observations of conflicts, inconsistancies, paradoxes in responses within a single task of reasoning or decision making. Reconnecting with this ascertainment forming the genesis of this approach, we study the occurrence of classical conflict cerebral reactions (error-related negativity, anterior cingulate cortex activation) when paradoxal responses are produced through evaluative conditioning or vicarious learning via empathetic emotional contagion. We thus demonstrate parallel activations of two processing systems competiting with each other in evaluation, empathy and theory of mind, combining the theoritical foundations of the dual approach with the most recent technics.