L'étrangeté dans la construction identitaire de la radicalité djihadiste en ligne. Ethnographie d'une djihadosphère entre 2018 et 2021.

par Laurène Renaut

Projet de thèse en Sciences du langage

Sous la direction de Julien Longhi.

Thèses en préparation à CY Cergy Paris Université , dans le cadre de Arts, Humanité, Sciences Sociales , en partenariat avec AGORA - Laboratoire de recherche civilisation, identités culturelles, textes et francophonies (laboratoire) depuis le 01-09-2017 .


  • Résumé

    Cette recherche, au carrefour des SIC et de l'AD, questionne la place et le statut de l'étrangeté (comme concept islamique) dans la construction de l'identité djihadiste en ligne. Nous interrogeons plus particulièrement, l'intrication des dimensions singulières et collectives qui en découle dans le discours des cyber-militants de l'Etat Islamique (EI). Autrement dit quelle conception du rapport entre individu et collectif engage l'étrangeté dans la construction identitaire de la radicalité djihadiste en ligne ? Pour ce faire, nous avons réalisé l'ethnographie d'une djihadosphère et fait le choix d'une approche incognito, craignant que le dévoilement de notre identité, au-delà d'entraîner des modifications du terrain, ne signe sa disparition. Par ailleurs, nous avons adopté une approche mixte quali-quantitative tant dans les méthodologies de récolte des données (observation manuelle couplée d'un recours au web-scraping) que d'analyse des observables (approche écologique des données doublée d'une analyse outillée de corpus avec le recours à des outils textométriques). Dans ce contexte, nous examinerons d'abord les procédés discursifs par lesquels les cyber-militants djihadistes construisent une identité collective d'étrangers. Comment définissent-ils l'étrangeté, et selon quelle règles, débattues et co-établies dans la djihadosphère, délimitent-ils le « vrai islam » qu'ils prétendent incarner ? Nous nous demanderons donc comment cette co-réflexion identitaire prend forme et quel est le rôle du takfir dans la construction d'une communauté imaginaire comme d'un groupe en ligne. Dans un second temps, après avoir défini (sur le plan ontologique) la nature et le statut de l'étrangeté dans le discours djihadiste, nous interrogerons ses différents modes d'apparition en ligne. Quelle(s) forme(s) de présence numérique revêt-elle et quels effets en découlent ? Autrement dit, comment l'étranger, en tant que modèle à suivre, se donne-t-il à voir dans un milieu socio-technologique ? Enfin, nous questionnerons les ressources qu'offre l'étrangeté pour la pratique du djihad médiatique et les limites qu'elle rencontre pourtant sur un réseau social, vecteur d'une dynamique communautaire. Comment les sympathisants de l'EI, dans un contexte de guerre médiatique, font-ils groupe avec et contre un dispositif hostile ? Dans quelle mesure le concept d'étrangeté (synonyme d'anonymat, de solitude et d'invisibilité) se heurte-t-il et résiste-t-il à l'émergence d'un collectif en ligne qui se revendique comme une communauté ?

  • Titre traduit

    Strangeness in the identity construction of online jihadist radicalism. Ethnography of a jihadosphere between 2018 and 2021.


  • Résumé

    This research, at the crossroads of CIS and DA, questions the place and status of strangeness (as an Islamic concept) in the construction of the online jihadist identity. More specifically, we question the entanglement of singular and collective dimensions that arise in the discourse of Islamic State (IS) cyber-militants. In other words, what conception of the relationship between the individual and the collective engages strangeness in the identity construction of online jihadist radicalism? To do this, we have conducted an ethnography of a jihadosphere and chosen an incognito approach, fearing that the unveiling of our identity, beyond leading to changes in the field, would signal its disappearance. Furthermore, we have adopted a mixed qualitative-quantitative approach both in the methodologies of data collection (manual observation coupled with web-scraping) and in the analysis of observables (an ecological approach to data coupled with a corpus analysis using textometric tools). In this context, we will first examine the discursive processes by which jihadist cyber-militants construct a collective identity of strangers. How do they define strangeness, and according to what rules, debated and co-established in the jihadosphere, do they delimit the 'true Islam' they claim to embody? We will therefore ask ourselves how this co-reflection of identity takes shape and what is the role of takfir in the construction of an imaginary community as well as an online group. Secondly, after defining (ontologically) the nature and status of strangeness in jihadist discourse, we will question its different modes of appearance online. What form(s) of digital presence does it take and what effects does it have? In other words, how does the foreigner, as a model to follow, appear in a socio-technological environment? Finally, we will question the resources that strangeness offers for the practice of media jihad and the limits it encounters on a social network, a vector of community dynamics. How do EI sympathizers, in a context of media warfare, form a group with and against a hostile device? To what extent does the concept of strangeness (synonymous with anonymity, solitude and invisibility) clash with and resist the emergence of an online collective that claims to be a community?