De l’héritage épistémologique de Paul Otlet à une théorie réticulaire de l’organisation des connaissances

par Arthur Perret

Projet de thèse en Sciences de l'information et de la communication

Sous la direction de Olivier Le Deuff et de Bertrand Müller.

Thèses en préparation à Bordeaux 3 , dans le cadre de Montaigne-Humanités , en partenariat avec Médiation, Information, Communication, Art (equipe de recherche) depuis le 06-11-2017 .


  • Résumé

    Cette thèse porte sur la relation entre le travail intellectuel et son outillage, à travers une étude de l’héritage épistémologique de Paul Otlet (1868-1944), le premier théoricien de la documentation. Elle traite du problème de l’organisation et de la gestion des connaissances savantes sous l’angle de la documentation personnelle. Il s’agit à la fois d’un travail théorique en documentologie et en organisation des connaissances, et d’un travail réflexif basé sur la conception et l’utilisation d’un outil de visualisation de graphe documentaire nommé Cosma. À travers l’analyse des écrits, schémas et réalisations documentaires d’Otlet, nous établissons que la logique de réseau qu’il propose n’est pas seulement de nature institutionnelle mais qu’elle s’applique également aux documents eux-mêmes. Nous reprenons une hypothèse émise par W. Boyd Rayward, jamais éprouvée, et qui consiste à établir un parallèle entre les composants fondamentaux du travail d’Otlet (principe monographique, classification décimale universelle) et ceux des systèmes hypertextuels (nœuds, liens). Nous vérifions empiriquement ce parallèle en nous appuyant sur les réalisations du programme ANR HyperOtlet, et nous le généralisons à la notion de graphe pour proposer les éléments d’une théorie réticulaire de l’organisation des connaissances. Nous caractérisons l’épistémologie de la documentation personnelle hypertextuelle comme réflexive et heuristique : la représentation du graphe met en évidence la nature réticulaire de certains processus d’écriture et, par là, de pensée ; elle sert d’aide-mémoire, avec une logique d’émergence informationnelle. À partir de ce travail, nous proposons la notion de cosmographie comme mise en ordre d’un univers intellectuel par l’écriture, entre idiotexte (écriture comme mémoire prothétique singulière), hypertexte (écriture réticulaire) et architexte (écriture de l’écriture).

  • Titre traduit

    From Paul Otlet’s epistemological legacy to a reticular theory of knowledge organization


  • Résumé

    This dissertation examines the relationship between intellectual work and the tools thereof, through a study of the epistemological legacy of Paul Otlet (1868-1944), the first theorist of documentation. It addresses the problem of scholarly knowledge organization and management from the perspective of personal documentation. It represents both theoretical work in documentology and knowledge organization, and reflexive work based on the design and use of a document graph visualization tool named Cosma. Through the analysis of Otlet's writings, diagrams and documentary realizations, we establish that the network principle he proposes does not apply only to institutions but also to documents themselves. We follow W. Boyd Rayward’s hypothesis, which has never been properly tested, and which consists in a parallel between the fundamental components of Otlet's work (monographic principle, universal decimal classification) and those of hypertextual systems (nodes, links). We empirically verify this parallel by describing the realizations of the HyperOtlet research program, and we generalize Rayward’s idea to the notion of graph, putting forward the elements of a reticular theory of knowledge organization. We characterize the epistemology of hypertextual personal documentation as reflexive and heuristic: representating a graph highlights the reticular nature of the writing and thought processes behind it; the representation serves as a memory aid and supports information surfacing. We discuss the concept of cosmography as the ordering of an intellectual universe through writing, bridging the concepts of idiotext (writing as singular prosthetic memory), hypertext (reticular writing) and architext (writing of writing).