Pêches Lapita en Océanie Lointaine : le site de Teouma (c. 3000-2500 B.P.), Vanuatu

par Laurie Bouffandeau

Thèse de doctorat en Préhistoire, Anthropologie biologique et Ethnologie - Spécialité : Archéozoologie

Sous la direction de Eric Conte et de Philippe Béarez.

Thèses en préparation à Polynésie française , dans le cadre de Ecole Doctorale du Pacifique (ED 469) - Polynesie française , en partenariat avec CIRAP - Centre International de Recherche Archéologique sur la Polynésie (laboratoire) , UMR 7209 - AASPE (Archéozoologie, archéobotanique : sociétés, pratiques et environnements), CNRS / Muséum national d'histoire naturelle (laboratoire) et de LabEx CORAIL (Financement) depuis le 06-12-2016 .


  • Résumé

    L’ichtyoarchéologie est restée pendant longtemps en marge de la recherche océanienne, notamment à cause de l’extrême biodiversité marine du bassin indopacifique et de l’état de conservation généralement médiocre des vestiges fauniques en zone intertropicale. Toutefois, le site de Teouma, fouillé entre 2004 et 2010 et associé à la phase de peuplement initial du Vanuatu, a livré un assemblage d’ichtyofaune sans précédent dans la région. Près de 40 000 restes de poissons ont été mis au jour au sein du cimetière Lapita et du dépotoir adjacent (c. 3000-2800 B.P.) ainsi que dans les niveaux culturels Arapus et Erueti (c. 2800-2500 B.P.). Le travail doctoral présenté ici s’est attelé à démontrer que l’ichtyoarchéologie a toute sa place dans le processus de résolution des problématiques archéologiques locales (pratiques halieutiques, alimentation, stratégies de subsistance et impact anthropique) lorsque les protocoles méthodologiques les plus performants sont appliqués. La détermination anatomique et taxinomique exhaustive des restes, l’examen de leur répartition spatiale, l’estimation des poids individuels et la multiplication des critères interprétatifs (traits écologiques, paléoenvironnements et efficience des techniques) ont fourni des données inédites et détaillées. Au total, 13 047 éléments, appartenant à 35 familles de poissons osseux et cartilagineux, ont pu être identifiés. Les résultats confirment l’hypothèse d’une exploitation généraliste et strictement côtière des ressources marines par les Lapita, toujours à proximité immédiate des sites d’occupation. Cependant et bien qu’elles soient habituellement focalisées sur les herbivores de récif, les activités de pêche Lapita documentées à Teouma ciblent en priorité et en masse les carnivores et omnivores grégaires qui évoluent dans la baie et dans l’estuaire (Selar spp., Mugilidae, Katsuwonus pelamis), probablement au moyen de filets encerclants déployés collectivement depuis des embarcations et le rivage. Des espèces d’eau douce (Eleotridae) et nombre de poissons coralliens (Scaridae, Acanthuridae, Serranidae) ont également été capturés grâce à des engins dont le maniement est individuel (nasses, lignes et foënes) et à des méthodes difficilement décelables archéologiquement (collecte à la main, piégeage et empoisonnement). Les techniques et les dispositifs mis en œuvre tout au long de la séquence sont polyvalents, complémentaires et adaptés à tous types de milieux. Les écosystèmes marins semblent ne pas porter de stigmates d’une surpêche mais un potentiel cas de disparition locale a néanmoins été recensé chez les taxons dulçaquicoles (Giuris sp.1). Les indices obtenus lors de l’analyse spatiale et de l’évaluation de la part du poisson dans l’alimentation laissent entendre que le site pourrait n’avoir été fréquenté que de manière ponctuelle et éphémère (évènements communautaires et/ou rites funéraires) et que la zone d’habitat est peut-être située ailleurs, à distance du cimetière.

  • Titre traduit

    Lapita Fishing in Remote Oceania : the site of Teouma (c. 3000-2500 B.P.), Vanuatu


  • Résumé

    Due to the poor preservation of faunal remains in the tropics and the extreme marine biodiversity prevailing in the Indo-Pacific basin, Ichthyoarchaeology has long remained on the fringes of Oceanian research. However, the site of Teouma, excavated between 2004 and 2010 and associated with the first settlement of the Vanuatu archipelago, yielded a regionally unprecedented ichthyofaunal assemblage. Almost 40,000 fishbones were uncovered among the deposits related to the Lapita cemetery and midden (c. 3000-2800 B.P.), and in the Arapus and Erueti cultural levels (c. 2800-2500 B.P.). This thesis aimed to demonstrate that, when using the most efficient methodological protocols, Ichthyoarchaeology has the potential to solve a number of major and specific archaeological issues (fishing practices, diet, subsistence strategies and human impact). Exhaustive anatomical and taxonomical determination of the remains, examination of their spatial distribution, estimation of the individual weights and multiplication of the interpretative criteria (ecological traits, palaeoenvironments and effectiveness of fishing techniques) provided detailed and original data. A total of 13,047 elements, belonging to 35 families of bony and cartilaginous fish, have been identified. Results support the previous hypothesis of an opportunistic and strictly coastal exploitation of marine resources by Lapita groups, always close to their occupation sites. Although they usually seem to concentrate on reefs and herbivorous taxa, Lapita fishing activities at Teouma focused mainly on gregarious carnivores and omnivores that live or venture in the bay and the estuary (Selar spp., Mugilidae, Katsuwonus pelamis), likely by means of mass-capturing devices such as encircling nets or beach seines, deployed collectively from crafts or from the shore. Freshwater species (Eleotridae) and a large array of fish commonly found on coral drop-offs or reef flats (Scaridae, Acanthuridae, Serranidae) were also taken, probably with individual gear (fish traps, lines, multi-pronged spears) and discrete methods (hand gathering, weirs or poison). The techniques and devices implemented all along the sequence are polyvalent, complementary and adapted to all aquatic environments. Marine ecosystems did obviously not suffer from overfishing but one freshwater species (Giuris sp.1) might have been locally extirpated. Observations drawn from the spatial analysis and from the assessment of the place of fish within the general diet suggest that the site could have been frequented solely in a punctual or ephemeral way (community events and/or funeral rites) and that the habitat area was perhaps located elsewhere, away from the cemetery.