Thèse en cours

Cancún : marque touristique, nation tropicale. Ville, mémoire et appartenance à la frontière caribéenne du Mexique (1970-2020)

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Auteur / Autrice : Luis alberto VELASCO RUIZ
Direction : Alain MussetGustavo Lins Ribeiro
Type : Projet de thèse
Discipline(s) : Anthropologie sociale et ethnologie - Territoires, migrations, développement
Date : Inscription en doctorat le 15/10/2015
Etablissement(s) : Paris, EHESS
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales

Résumé

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Cette thèse propose une relecture critique de l’histoire de Cancún, la plus importante destination soleil et plage du Mexique. Cancún a été créée par le gouvernement fédéral en 1970 en tant qu’enclave pour le tourisme international sur la côte nord du Quintana Roo. Elle a été conçue comme un pôle de développement régional et construite, presque à partir de zéro, selon un plan directeur moderniste, en obéissant à un besoin géopolitique de coloniser les frontières sous-occupées du territoire national, telles que les Caraïbes mexicaines. Le projet a connu un succès sans précédent. Il s’est rapidement imposé comme un produit touristique d’exportation, l’un des nouveaux visages visibles du Mexique à l’étranger, mais aussi comme une enclave de migrants en décalage avec les coordonnées culturelles de la région dans laquelle il était situé : le territoire de Quintana Roo et la péninsule du Yucatán. Avec le tournant néolibéral des années 1980, Cancún est passée du statut de projet d’État à celui de marque transnationale. Les conséquences économiques, sociaux et territoriaux de cette transition ont renforcé les stéréotypes de Cancún en tant qu’enclave nord-américanisée, mais aussi les réalités d’un contexte urbain transnational où l’enracinement local est une question complexe. En effet, la diversité de cette jeune ville de touristes et de migrants ne correspond pas aux traits les plus connus de la Caraïbe historico-culturelle, ni aux lieux communs de l’identité mexicaine, yucatèque ou celle du Quintana Roo. L’objectif de cette thèse est d’interroger la constitution de Cancún, non seulement comme une marque touristique anachronique, mais aussi comme un lieu qui cherche à s’inscrire dans le temps historique mexicain. À travers une réflexion à mi-chemin entre histoire et anthropologie, il s’agit de rendre visibles les différents débats et luttes avec lesquels certains groupes d’habitants de Cancún ont affronté, depuis plusieurs décennies, les dilemmes d’une identité locale tiraillée entre une caribéanité plastique et une mexicanité marginale. Le dialogue entre ville, mémoire et racines, depuis l’origine du projet jusqu’à présent, nous permet de reconstruire la manière dont les agents culturels, les chroniqueurs, les activistes, les pionniers et les politiciens ont tenté de faire de Cancún une ville mexico-caribéenne, sans nécessairement mettre en péril son statut de marque touristique mondiale. Cancún peut-elle être considérée comme une charnière du récit national qui ouvre un nouveau dialogue entre le Mexique, la péninsule du Yucatán et les Caraïbes, au-delà du halo de standardisation qui la caractérise ?