Repenser les frontières et lintelligence des organisations à partir des promesses de la vidéosurveillance à lère numérique
| Auteur / Autrice : | Colette Lapostolle |
| Direction : | Christian Bourret |
| Type : | Projet de thèse |
| Discipline(s) : | Sciences de l'Information et de la Communication |
| Date : | Inscription en doctorat le 04/12/2014 |
| Etablissement(s) : | Paris Est |
| Ecole(s) doctorale(s) : | CS - Cultures et Sociétés |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Dicen IDF - Dispositifs dinformation et de communication à lère numérique Paris, Ile-de-France |
| Equipe de recherche : Axe 3 : TIC et innovations de services, intelligence économique et territoriale |
Mots clés
Mots clés libres
Résumé
Dans les années 1950-1960, la cybernétique sappuyait sur la théorie des systèmes avec boucles de rétroaction. Dorigine militaire et fondée sur une vision résolument réductrice de lhomme et du monde, elle a valorisé des stratégies ubiquitaires de surveillance des territoires notamment urbains, cest-à-dire sur le terrain via des forces militaires et dans lespace cybernétique à travers des dispositifs complexes en termes institutionnels et techniques. Vers le milieu des années 1970, les écrits de Michel Foucault se sont penchés sur cette problématique en annonçant lavènement de lère biopolitique qui réaliserait le fantasme dune société de surveillance généralisée : une forme d'exercice du pouvoir qui porte, non plus sur les territoires, mais sur la vie des citoyens. Lère numérique a été marquée par la pénétration des espaces publics, des lieux de la vie privée et des espaces de travail. De plus, on assiste actuellement à des forts débats publics et parlementaires sur la vidéosurveillance et les entreprises prestataires de ce type de service sexpriment relativement librement sur leurs stratégies de lobbying. Une visite du salon professionnel Exprotection a ainsi permis de faire le point sur dédifiantes nouveautés techniques permettant par exemple le suivi dun salarié par face-tracking pendant ses déplacements sur son lieu de travail, la surveillance 360 degrés « fish-eye » qui réalise le panoptique foucaldien, lanalyse du déroulement dune réunion par eye-tracking, ou la mesure de la fréquentation (visiteur unique) par sexe, à lentrée dun espace commercial. Ces dispositifs sont présentés comme des solutions à des problèmes commerciaux (marketing) et de sécurité (intelligence économique). Couplée à dautres technologies relevant du champ des « Big datas », la vidéoprotection deviendrait « intelligente » : analyse de déplacements, anticipation de mouvements non prévisibles, reconnaissance faciale Ces observations incitent à réévaluer les théories et les promesses des dispositifs techniques de vidéosurveillance les plus novateurs. Létude des promesses communicationnelles de la vidéosurveillance à laune dune relecture de théories à lorigine des sciences de linformation et de la communication constitue le premier pôle de ce projet de thèse. Limage, à côté de lensemble des données numériques captées par les caméras méritera aussi une attention particulière. Cest le médium dont lutilisation et la diffusion prennent le plus dampleur. Le discours sur la vidéosurveillance des espaces publics adopte des euphémismes (vidéosécurité, vidéoprotection, vidéotranquillité) qui répondent à une demande explicite. Il sagirait de contrer le sentiment dinsécurité et la baisse des effectifs de police de proximité. LEtat apporte de fait un appui financier aux collectivités locales pour léquipement des espaces publics via le fonds interministériel de prévention de la délinquance, et ce depuis la loi dorientation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI). Ces dispositifs semblent bénéficier dune image favorable auprès des populations en dépit dune inefficacité largement reconnue. Sans être dissuasive, ni protectrice, la vidéoprotection permet délucider des faits et ainsi de rendre justice aux victimes et de lutter contre le sentiment dimpunité des auteurs de crimes et délits. Aujourdhui, les débats médiatiques sur la vidéoprotection des espaces publics semblent atones eux égards aux enjeux financiers, juridiques et éthiques inhérents à ces dispositifs. Le sujet se pose différemment pour les lieux de travail. Léquipement des entreprises en vidéosurveillance se généralise dans lobjectif dassurer la sécurité des biens et des personnes dans un cadre légal strict, mais il peut facilement devenir un outil de contrôle du travail et de la productivité à une époque de crise économique et de tensions autour des acquis sociaux. En 2013, la CNIL a reçu 300 plaintes émanant de salariés. Elle constate que les entreprises ignorent - ou saffranchissent - de la Loi Informatique et Libertés qui exige une déclaration préalable et linformation des personnels et quelles installent des systèmes parfois non sécurisés et intrusifs. Dans le domaine privé, la vidéosurveillance se généralise chez les particuliers dont léquipement dobjets connectés explose, sans pour autant être sécurisés (70 000 caméras essentiellement à usage privé ont été piratées dans le monde, en novembre 2014, et sont accessibles sur internet). Ainsi, léquipement en vidéo surveillance des territoires, des entreprises et des particuliers demeure un marché porteur. Un marché qui intéresse de nouveaux acteurs dans les secteurs bancaires et numériques. Une entreprise comme Google investit massivement dans le R&D sur la vidéosurveillance et le traitement des données collectées. Dans ce cadre, quelles sont les promesses communicationnelles et les stratégies de lobbying des entreprises de vidéo-surveillance pour capter et développer leurs parts du marché ? La méthodologie de cette thèse intègrera une analyse du discours sur la « surveillance intelligente », une étude socio-sémiotique des messages diffusés sur les salons professionnels dans les supports écrits de communication (packages promotionnels et sites internet) et lors déchanges avec des commerciaux. Une campagne dentretiens semi-directifs sera aussi conduite dans un second temps avec des représentants de ce secteur, des acteurs-cibles politiques de leur lobbying aux niveaux français et européens, des chefs dentreprises et des salariés exerçant au poste de préventeur ou des responsables santé-sécurité au travail ou de responsables-sécurité qui sont les acteurs-cibles économiques. Lenquête sappuiera aussi sur un suivi des débats médiatiques et une étude de tonalité sur les réseaux sociaux numériques afin de mieux discerner les représentations sociales des Français sur le sujet. Comment les frontières entre espaces publics et privés évoluent-elles à travers la surveillance des espaces professionnels ? Quen est-il d secret et de la transparence ? Lenquête sur les promesses des dispositifs de vidéosurveillance doit permettre denrichir la compréhension de concepts forts en sciences de linformation et de la communication : le secret, la transparence, les frontières et lintelligence des organisations. Ce travail de recherche sur les stratégies de communication et dinfluence des entreprises qui développent ou commercialisent des dispositifs de vidéosurveillance sinscrit dans le cadre des travaux menés au sein de laxe 3 du laboratoire DICEN-IDF sur la notion de services notamment concernant la santé au travail, lintelligence territoriale et lintelligence économique, à travers la sécurité dans les entreprises. Les mutations sociales propres à lère numérique concernent quant à elle lensemble des axes du laboratoire (axe 1 : évaluation numérique de lactivité, axe 2 : big datas, archivage des données, diplomatique, axe 4 : identités et images numériques).