Thèse soutenue

La violence de l'art moderne ou : adorno: une esthetique de la non-violence

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Auteur / Autrice : Martha Boeglin
Direction : Philippe Lacoue-Labarthe
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Philosophie
Date : Soutenance en 1998
Etablissement(s) : Université Marc Bloch (Strasbourg) (1971-2008)

Mots clés

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Résumé

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Ce travail part du presuppose que l'art moderne est essentiellement violent. La violence de l'art est d'abord celle d'un art qui defigure deforme enlaidit son sujet. La transfiguration du laid dans le beau n'a plus droit de cite. C'est au contraire a ce qui evoque une destruction du beau que l'art parait proceder. De fait, la deformation evoque un refus de la forme: l'art detruit la forme, en dechire les contours, la brise pour en presenter les fragments. Tout se passe comme si, anime d'une fureur aveugle, l'art s'acharnait a detruire tout ce sur quoi il porte, materiau, forme, sujet, spectateur - pour finalement se detruire lui-meme. La question se pose de savoir d'ou provient cette fureur destructive, cet acharnement frenetique de l'art moderne sur ses differents objets autant que sur lui-meme. La theorie esthetique de theodor w. Adorno, si elle ne thematise pas le probleme de la violence de l'art moderne en tant que tel, le prend comme motif central et en developpe les acceptions, les modes d'expression, la portee. L'art est la cristallisation physique d'un mecanisme de violence qui ne se limite pas a un systeme social, mais trouve ses fondements dans une metaphysique, une philosophie, qui la fondent et la legitiment. La theorie esthetique analyse un mecanisme de violence que l'art moderne enregistre, dont il est, le sismogramme - mais on peut lire adorno aussi comme un theoricien de la non-violence: car si l'art moderne est essentiellement violent, c'est parce qu'il est radicalement non-violent. En effet, l'art moderne ne cherche plus a legiferer sur la nature: il s'agit de revenir aux choses-memes. L'art devient le truchement de la nature mutilee: il lui donne la parole, renoncant aux formes pour le materiau brut face auquel le sujet artistique recule: il le laisse exprimer sa douleur, si longtemps baillonee. Si l'art est violent, c'est du fait de la violence dechainee de la souffrance qui se deploie en lui. Mais c'est la aussi le fruit de sa non-violence: en renoncant a la mise en forme, a l'harmonie, au beau; en laissant parler le mutile, en le presentant au lieu de le representer, l'art cesse de faire violence a ce qui se deploie en lui, en renoncant a lui imposer la violence de la forme. En ce sens, il donne la possibilite au conflit - conflit entre esprit et nature, entre forme et contenu, entre raison et mimesis - de se deployer. C'est la ce qu'ado