Thèse soutenue

La construction genrée du sentiment d’insécurité dans les transports collectifs du Grand Rabat : urbanisme et pratiques quotidiennes de mobilité

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Auteur / Autrice : Ikrame Laadssi
Direction : Nacima Baron-YellèsMohamed Hanzaz
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Aménagement de l'espace, Urbanisme
Date : Soutenance le 29/05/2026
Etablissement(s) : Université Gustave Eiffel en cotutelle avec Institut national d'aménagement et d'urbanisme
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Ville, Transports et Territoires (Champs-sur-Marne ; 2010-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Laboratoire Ville, mobilité, transport (Champs-sur-Marne, Seine-et-Marne) - Laboratoire Ville, mobilité, transport (Champs-sur-Marne, Seine-et-Marne)
Jury : Président / Présidente : Luc Gwiazdzinski
Examinateurs / Examinatrices : Nacima Baron-Yellès, Mohamed Hanzaz, Abdellah Moussalih, Anna Madœuf, Kawtar Najib
Rapporteurs / Rapporteuses : Abdellah Moussalih, Anna Madœuf
DOI : 10.70675/23071cf1z11dbz4435z8d5fzcd049bc85f96

Résumé

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Cette thèse s’inscrit dans le champ de l’urbanisme et de la planification urbaine. Elle aborde les transports collectifs comme des objets urbains à part entière, révélateurs des rapports sociaux, des logiques d’aménagement et des politiques publiques qui structurent la ville contemporaine. Elle analyse la construction genrée du sentiment d’insécurité dans les transports collectifs du Grand Rabat, en articulant formes urbaines, planification des mobilités et dispositifs institutionnels. Les transports collectifs ne sont pas uniquement des infrastructures techniques, mais des espaces publics traversés par des rapports de pouvoir, des normes sociales et des inégalités de genre. Le sentiment d’insécurité, notamment chez les femmes, résulte d’une combinaison de facteurs urbains et sociaux : configuration des espaces, éclairage, lisibilité, continuités et discontinuités spatiales, organisation des flux, intermodalité, gestion des temps de déplacement, expériences vécues et mémoire des événements. La recherche repose sur une démarche qualitative et pluridisciplinaire, mobilisant des outils de l’urbanisme, de la géographie sociale et des études de genre. Le dispositif méthodologique combine des entretiens approfondis avec des usagers, des parcours commentés et des traversées nocturnes sur différents modes de transport formels et informels (bus, tramway, grand taxi, transport informel, VTC). Ces méthodes permettent de saisir les perceptions sensibles de l’espace, les pratiques de mobilité et les stratégies d’adaptation ou d’évitement. Un forum participatif a également permis de croiser les expériences et de faire émerger des savoirs situés. L’analyse intègre aussi un corpus cinématographique pour interroger les représentations sociales, ainsi que des outils issus de la prévention situationnelle afin d’évaluer le rôle des caractéristiques physiques des espaces (visibilité, éclairage, signalétique, ambiances). Le Grand Rabat constitue un terrain privilégié marqué par des dynamiques contrastées. D’un côté, des espaces modernisés et fortement aménagés (gares, pôles d’échanges) ; de l’autre, des espaces périphériques ou interstitiels marqués par des discontinuités et des formes d’incomplétude. Ce dualisme se reflète dans les expériences de mobilité et dans la construction du sentiment d’insécurité, socialement et spatialement situé.Les résultats montrent que les femmes développent des pratiques de mobilité spécifiques, fondées sur des arbitrages entre accessibilité, sécurité, coût et temps. Ces pratiques révèlent les limites d’une planification encore largement techniciste, centrée sur les infrastructures et les flux, au détriment des usages réels et des vulnérabilités différenciées. Le sentiment d’insécurité apparaît ainsi comme un révélateur des inégalités produites par les choix d’aménagement. Cette thèse met en évidence la nécessité d’intégrer le genre et la sécurité du quotidien dans la planification urbaine, non comme un enjeu marginal, mais comme un indicateur central de la qualité des espaces publics et de l’efficacité des systèmes de transport. Elle propose ainsi une lecture critique et un cadre d’analyse pour une approche plus inclusive, sensible et située de l’urbanisme et des mobilités au Maroc