Thèse soutenue

Modélisation du cycle des poussières de la planète Mars

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Thomas Pierron
Direction : François ForgetTanguy Bertrand
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Astronomie et astrophysiquee
Date : Soutenance le 26/02/2026
Etablissement(s) : Sorbonne université
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale Astronomie et astrophysique d'Île-de-France (Paris ; 1992-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Dynamique et physique de l’atmosphère et de l’océan (Paris)
Jury : Président / Présidente : Thomas Gautier
Examinateurs / Examinatrices : Luca Montabone, Melinda Kahre
Rapporteurs / Rapporteuses : Michael Battalio, Béatrice Marticorena
DOI : 10.70675/f13d093fz19acz474bzad33z47d974738c46

Résumé

FR  |  
EN

La poussière joue un rôle central dans le système climatique martien. Son soulèvement, son transport et ses effets radiatifs contrôlent une grande partie de la variabilité atmosphérique saisonnière et interannuelle, et sont à l'origine des tempêtes régionales et globales. Malgré plusieurs décennies d'observations, reproduire le cycle de la poussière martienne, et en particulier les saisons d'apparition et la variabilité interannuelle des tempêtes globales (GDS), reste un défi majeur pour les modèles de circulation générale (GCM). Les modèles actuels peinent à capturer à la fois la structure saisonnière de l'activité poussiéreuse et la diversité des années à tempêtes globales, suggérant que certains processus physiques essentiels demeurent absents ou insuffisamment représentés. Cette thèse étudie les mécanismes physiques qui contrôlent le cycle de la poussière martienne et développe de nouvelles approches de modélisation pour mieux reproduire sa variabilité observée. Le manuscrit débute par une revue des observations de tempêtes de poussière et des modèles existants, mettant en évidence les limites des GCM à basse résolution pour représenter les processus de soulèvement se produisant à petite échelle. Sur cette base, un nouveau modèle du cycle de la poussière est introduit. Il s'appuie sur des simulations GCM pré-calculées à opacité fixe et intègre une hiérarchie de processus de soulèvement sous-maille, comme le soulèvement au niveau des fronts baroclines, au bord de la calotte polaire, au bord des tempêtes, les vents de pente, les dust devils, ainsi que des réservoirs hétérogènes de poussière en surface. Ce modèle est rapide, peu coûteux en calcul, et permet de simuler plusieurs centaines d'années martiennes. Il reproduit avec succès le cycle saisonnier de la poussière et génère une variabilité interannuelle réaliste, avec des GDS apparaissant à différentes saisons comme observé. Deux ingrédients clés se révèlent essentiels : (i) des circulations locales non résolues qui initient le soulèvement, et (ii) la distribution hétérogène de la poussière disponible en surface, représentée par des réservoirs sous-maille à seuils multiples. La thèse examine également des expériences à haute résolution combinant des vents GCM interpolés, des vents de pente et des circulations mésoéchelles diagnostiquées à partir des gradients de poussière. Ces simulations montrent comment les interactions multi-échelles affinent les fronts poussiéreux, renforcent le transport interhémisphérique de poussière à grande échelle et redistribuent la poussière en surface. Des premiers tests de l'intégration des schémas de soulèvement sous-maille dans un GCM pleinement interactif sont présentés. La thèse propose également une réévaluation théorique du mécanisme dit d'« orbit-spin coupling », parfois invoqué pour expliquer la variabilité interannuelle des tempêtes globales de poussière, et montre qu'aucune force inertielle additionnelle agissant sur l'atmosphère n'en découle, les seuls effets résiduels correspondant aux forces de marée classiques. Elle présente enfin une application pratique : un modèle de transfert radiatif pour la poussière déposée sur les panneaux solaires, capable de reproduire l'atténuation de puissance observée sur plusieurs missions martiennes. Dans l'ensemble, ce travail démontre que les processus de petite échelle et la distribution spatiale de la poussière en surface sont essentiels pour reproduire le cycle de la poussière martienne et sa variabilité interannuelle. Il apporte de nouveaux outils, de nouvelles connaissances physiques, et ouvre des perspectives pour les futurs efforts de modélisation et les applications aux missions martiennes.