Les déterminants sociaux des troubles en santé mentale chez les professionnels de santé à distance du début de la pandémie de COVID-19
| Auteur / Autrice : | Charline Vincent |
| Direction : | Pierre Chauvin, Cécile Vuillermoz |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Epidémiologie sociale |
| Date : | Soutenance le 12/01/2026 |
| Etablissement(s) : | Sorbonne université |
| Ecole(s) doctorale(s) : | École doctorale Pierre Louis de santé publique : épidémiologie et sciences de l'information biomédicale (Paris ; 2000-....) |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique (Paris ; 2014-....) |
| Jury : | Président / Présidente : Nadia Younes |
| Examinateurs / Examinatrices : Emilie Counil | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Alexis Descatha, Florent Lheureux |
Résumé
La pandémie de COVID-19 a constitué une crise sanitaire d'une ampleur inédite, fragilisant à la fois les systèmes de soins et la santé psychique des professionnels qui y travaillent. Dans ce contexte, cette thèse qui s'appuie sur l'enquête longitudinale PsyCOVer, vise à examiner l'évolution des troubles anxieux, dépressifs, de trouble de stress post-traumatique (TSPT) et de l'épuisement professionnel, ainsi que les déterminants sociaux, économiques, relationnels et organisationnels qui les influencent un an puis deux ans après le début de la crise sanitaire. L'étude repose sur deux vagues d'enquête menées en 2021 et 2022 auprès de différentes catégories de professionnels de santé, incluant médecins, infirmiers, aides-soignants et autres professionnels en exercice hospitalier ou libéral. Les résultats obtenus montrent une amélioration partielle de la santé mentale des soignants entre 2021 et 2022 : la prévalence des symptômes anxio-dépressifs diminue, principalement chez les femmes, mais le TSPT et l'épuisement professionnel persistent. Ces troubles et l'épuisement professionnel présentent une forte interdépendance et une tendance à la chronicisation, suggérant des mécanismes partagés liés au stress chronique et à l'altération de la régulation émotionnelle. L'épuisement professionnel initial apparait comme un facteur associé à la survenue de symptômes dépressifs. Au-delà des conditions de travail et de l'exposition au risque infectieux, les résultats de cette thèse soulignent l'importance des facteurs socio-économiques et relationnels dans ce contexte pandémique. La perception d'une dégradation financière, l'isolement social et l'absence de soutien constituent des vulnérabilités majeures. Ces associations sont particulièrement marquées chez les femmes, illustrant une précarisation genrée dans certaines professions (infirmières, aides-soignantes). La stigmatisation liée à la profession apparaît comme un facteur aggravant, fragilisant le capital social des soignants et alimentant un cercle vicieux de détresse psychologique et d'isolement. Sur le plan méthodologique, PsyCOVer se distingue comme l'une des rares enquêtes longitudinales françaises à avoir suivi la santé mentale des soignants après la phase aiguë de la pandémie. Elle apporte une contribution originale par l'intégration de professions variées, y compris en exercice libéral, et par l'analyse de déterminants subjectifs. Cette thèse offre des éclairages sur la santé mentale des soignants en contexte de crise sanitaire et propose des recommandations concrètes pour les politiques publiques. Elle plaide pour une approche intégrée de la santé mentale des soignants en période de pandémie visant à agir sur les déterminants socio-économiques afin de réduire les inégalités et à anticiper et contrer la stigmatisation professionnelle qui s'exacerbe en période de crise. Elle recommande également de renforcer les liens sociaux au sein et en dehors des équipes, afin de lutter contre l'isolement, et d'organiser une prévention et un dépistage plus systématiques des troubles psychiques, avec une attention spécifique portée aux soignants les plus vulnérables. Enfin, elle souligne la nécessité de changements organisationnels favorisant la qualité de vie au travail et un accès plus rapide et plus équitable aux soins en santé mentale. En définitive, cette thèse rappelle que la santé mentale des soignants constitue un déterminant central de la qualité et de la pérennité du système de soins. Les enseignements tirés de la pandémie doivent guider la préparation aux futures crises sanitaires, afin de préserver non seulement la santé des professionnels mais aussi la résilience collective.