Thèse soutenue

Tirer parti de la répression ? : Criminalisations de l'indépendantisme catalan et usages politiques du droit (2006-2024)

FR  |  
EN
Auteur / Autrice : Florent Frasque
Direction : Laurence Dumoulin
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sciences politiques
Date : Soutenance le 04/03/2026
Etablissement(s) : Université Grenoble Alpes
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale sciences de l'homme, du politique et du territoire
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Pacte, laboratoire de sciences sociales (Grenoble, Isère, France ; 2003-....) - École des hautes études hispaniques et ibériques (Madrid)
Jury : Président / Présidente : Simon Persico
Examinateurs / Examinatrices : Hélène Combes, Jean-Baptiste Harguindéguy
Rapporteurs / Rapporteuses : Liora Israël, Michael Keating
DOI : 10.70675/5f6b6217za6e4z4707z850fz833dc8679c66

Résumé

FR  |  
EN

Cette thèse porte sur le conflit qui oppose le mouvement indépendantiste catalan aux autorités étatiques espagnoles. Depuis les années 2010, l’indépendantisme catalan progresse nettement, et ce, malgré une accentuation de la répression judiciaire exercée à son encontre. Plus encore, entre 2017 et 2021, au moment même où ses leaders sont incarcérés, traduits devant la justice pénale, puis condamnés, le mouvement indépendantiste obtient des victoires inédites dans les arènes publique, médiatique, électorale et judiciaire. Ce paradoxe est renforcé par le décalage avec les résultats établis par la littérature scientifique qui analyse les effets des processus répressifs (Earl 2011; 2022). En effet, si ces travaux divergent quant au pouvoir mobilisateur ou démobilisateur de la répression, ils convergent en revanche autour de l’idée selon laquelle la répression favoriserait toujours la marginalisation du mouvement visé (Davenport 2014). Autrement dit, même lorsqu’elle alimenterait de nouvelles mobilisations, la répression motiverait en fait des engagements plus radicaux et violents, qui feraient augmenter les coûts du militantisme et limiteraient les formes de soutien au mouvement contestataire (Combes et Fillieule 2011).Cette thèse analyse donc les usages politiques du droit déployés par les acteurs de l’indépendantisme catalan et montre comment ces derniers renversent la répression judiciaire et en tirent différents types de gains. Elle s’appuie pour cela sur une approche située au carrefour de la sociologie du droit et de la justice, de la sociologie des mouvements sociaux et de la sociologie électorale, ainsi que sur l’usage de méthodes mixtes. Sur le plan qualitatif, l’enquête est nourrie par l’examen de plusieurs corpus documentaires (articles de presse, programmes et débats électoraux, extraits de dossiers judiciaires, etc.), l'observation des archives audiovisuelles des principaux procès survenus pendant la période et la conduite d’entretiens semi-directifs (n=70) auprès des acteurs clés du conflit. Sur le plan quantitatif, les investigations se concentrent sur l’exploitation des données produites par le Centre d’Études des Opinions catalan (Centre d’Estudis d’Opinió) dans le cadre des enquêtes Baromètres, réalisées de façon régulière tout au long de la période étudiée, et des enquêtes post-électorales. Élaborés à partir du cas de la Catalogne, les résultats relatifs aux processus de renversement du droit établis dans cette thèse ont pour ambition d’éclairer, sur le plan théorique, d’autres configurations sociohistoriques d'affrontement politico-judiciaire entre autorités étatiques et mouvements contestataires.