Thèse soutenue

Déployer l’IA dans l’industrie du semiconducteur : propagation de promesses, pratiques de conception et reconfigurations du travail

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Auteur / Autrice : Louis Devillaine
Direction : Thomas ReverdyThierry Ménissier
Type : Thèse de doctorat
Discipline(s) : Sociologie
Date : Soutenance le 03/02/2026
Etablissement(s) : Université Grenoble Alpes
Ecole(s) doctorale(s) : École doctorale sciences de l'homme, du politique et du territoire (Grenoble ; 2001-....)
Partenaire(s) de recherche : Laboratoire : Pacte, laboratoire de sciences sociales (Grenoble, Isère, France ; 2003-....)
Jury : Président / Présidente : Véronique Steyer
Examinateurs / Examinatrices : Yann Ferguson, Dominique Vinck
Rapporteurs / Rapporteuses : Gwenaële Rot, Pascal Ughetto
DOI : 10.70675/770419cfz2bbaz402az8ad5z781c7e001193

Résumé

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Intéressées par les innovations récentes dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA), les organisations industrielles cherchent à exploiter leurs potentialités pour améliorer la qualité et la quantité de leur production. Au-delà des récits grandiloquents qui circulent aujourd’hui sur l’objet sociologique protéiforme qu’est l’IA, l’ambition de cette thèse est d’aller investiguer pourquoi et comment, en pratique, les systèmes d’IA sont intégrés aux organisations industrielles. Pour ce faire, elle enquête d’abord sur les motivations socio-économiques des promoteurs de ces technologies, au travers de l’examen des promesses qui portent sur l’IA. Au lieu d’être simplement émises par les promoteurs des technologies et reçues par des adoptants potentiels, ces promesses sont reformulées et réinterprétées par les acteurs des entreprises dans lesquels elles se diffusent, afin de soutenir les projets de changement technologique. Basée sur une étude ethnographique menée entre 2022 et 2024 dans l’industrie du semiconducteur, la thèse décrit ensuite le travail à l’œuvre dans un projet de déploiement d’un système de traitement d’image pour le contrôle qualité. Elle montre comment ces projets mobilisent un important travail des savoirs, entre tâches conceptuelles d’élaboration de catégories et tâches d’annotation plus rébarbatives. Tout au long de ce processus qui s’inscrit sur la durée, les futurs usagers du système sont largement exclus de cette conception. La thèse montre que le dispositif n’est pas nourri des savoirs existants, qui seraient traduits dans la machine : ces savoirs sont reconstruits collectivement à l’occasion du processus de conception. Ils embarquent avec eux une certaine vision de l’organisation du travail de la qualité. Cette recherche cherche enfin à décrire avec finesse le travail au sein de l’univers particulier de la salle blanche dans un contexte d’automatisation déjà poussée, où grande complexité technique se conjugue avec forte incertitude. La thèse montre comment le déploiement de l’IA s’inscrit dans une prescription du travail croissante. Celle-ci est perçue comme une menace pour les processus d’apprentissage des techniciens, qui tentent de maintenir informellement leur autonomie. Malgré un important dispositif de médiation technologique, l’existence d’un cloisonnement spatial, socio-économique et organisationnel entre salariés des bureaux et de la salle blanche contribue à une méconnaissance du travail d’autrui et à l’impossibilité d’une pleine coopération.