Menaces existentielles dans un climat changeant ˸ quand le monde devient incompréhensible, inatteignable, et inracontable : Récits croisés de trois communautés rurales confrontées à la terminalité
| Auteur / Autrice : | Baptiste Salmon |
| Direction : | Yorghos Remvikos, Charlotte Da Cunha, Charles Adrien Louis |
| Type : | Thèse de doctorat |
| Discipline(s) : | Aménagement de l'espace |
| Date : | Soutenance le 29/08/2025 |
| Etablissement(s) : | université Paris-Saclay |
| Ecole(s) doctorale(s) : | Sciences Sociales et Humanités |
| Partenaire(s) de recherche : | Laboratoire : Cultures, environnements, Arctique, représentations, climat (Guyancourt, Yvelines ; 2010-....) |
| Référent : Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines | |
| graduate school : Université Paris-Saclay. Graduate School Sociologie et science politique (2020-....) | |
| Entreprise : BL évolution | |
| Jury : | Président / Présidente : Guillaume Faburel |
| Examinateurs / Examinatrices : Petra Tschakert, Cyria Emelianoff, Elena Lioubimtseva, Jean-Paul Vanderlinden, Pierre André | |
| Rapporteurs / Rapporteuses : Petra Tschakert, Cyria Emelianoff |
Mots clés
Résumé
Le changement climatique bouleverse les socioécosystèmes et provoque des dégâts, des pertes, et des deuils. La littérature académique s'interroge sur le caractère existentiel des aléas climatiques pour certaines communautés humaines, comme par exemple pour les villages côtiers exposés à la montée des eaux. Toutefois, elle aborde cette question de manière naturaliste et biologique, en négligeant l'expérience vécue des communautés confrontées à des menaces existentielles. Cette thèse mobilise donc une approche phénoménologique pour explorer la « terminalité » (l'expérience de la fin) au travers des récits locaux, ancrés, qui racontent la fin. Des terrains d'enquête ont été menés auprès de trois communautés rurales dont les récits qui nous parviennent (médiatiques, politiques, scientifiques) indiquent qu'elles sont confrontées à une forme de terminalité : Métabief (France, déclin de l'enneigement), Greenville (États-Unis, détruite par un incendie) et Fairbourne (Royaume-Uni, exposée à l'élévation du niveau de la mer). La méthodologie repose sur des entretiens qualitatifs, des observations participantes, et l'étude de documents locaux. Les résultats révèlent un fort attachement au lieu de vie et un agencement axiologique que les aléas climatiques viennent menacer. Les habitant·e·s racontent d'ailleurs d'importantes pertes matérielles et immatérielles. Néanmoins, ces aléas touchent des communautés déjà fragilisées par des dynamiques économiques, démographiques et politiques qui les marginalisent et entraînent leur déclin (fermeture de services publics, politiques d'adaptation descendantes, régimes d'exception en temps de crise, etc.). Ces dynamiques sont concomitantes à des transformations profondes de l'habiter, remettant en question les fondements éthiques de l'existence collective locale qui reposaient jusqu'à présent sur l'entraide et la solidarité. Les communautés vivent ainsi la fin de leur monde à travers la perte de sens, la diminution de leur capacité d'agir et la difficulté à (se) raconter, tandis que des récits dominants (scientifiques, politiques, médiatiques) exacerbent le sentiment d'abandon et la dépossession de leur agentivité. Une lecture néolibérale des récits dominants nous montre que les vies, dans ces communautés rurales, sont considérées et racontées comme irrationnelles et trop coûteuses par les politiques publiques et les médias. De ce fait, le changement climatique n'apparaît que comme une couche supplémentaire de complexité : l'existence de ces trois communautés, en particulier pour Fairbourne et Greenville, est menacée par des décisions en matière d'aménagement du territoire et d'adaptation sur lesquelles les habitant·e·s ont peu de prise. Des contre-récits de résistance émergent des communautés elles-mêmes, qui cherchent à augmenter leur pouvoir d'agir et à se réapproprier la narration de leur existence. Cette thèse nous indique qu'il serait probablement préférable que les politiques publiques, les médias et le monde académique placent l'éthique du « care » au centre de leur philosophie d'action pour éviter de contribuer à l'émergence de menaces existentielles. C'est d'autant plus important dans un monde marqué par le changement climatique et les enjeux environnementaux qui dégradent les conditions d'existence.